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Le rugby géorgien : une réussite à l'empreinte frenchie

Samedi 28 juin, c'est le top départ de la Coupe du Monde U20 de rugby. La France affrontera les Fidji à Koutaïssi, en Géorgie, pays hôte de la compétition. Pays mystérieusement bien placé dans les classements World Rugby, on a décidé de s'y intéresser.

Mayeul Duponcel 25/06/2026 à 12h30
La Géorgie accueille la Coupe du Monde U20 à partir du 28 juin. Screenshot : Youtube - World Rugby
La Géorgie accueille la Coupe du Monde U20 à partir du 28 juin. Screenshot : Youtube - World Rugby

Quand les seize meilleures équipes mondiales de moins de 20 ans posent leurs valises à Tbilissi et Koutaïssi à la fin du mois de juin. Peu de spectateurs étrangers, y compris français, savent à quel point ce rendez-vous est le fruit d'une histoire tumultueuse.

Car le rugby géorgien, avant de devenir une fierté nationale après avoir battu pour la première fois les All Blacks (babies), est né dans la confidentialité, à la frontière avec l'extinction, et s'est reconstruit sur les ruines d'un pays en guerre civile.

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Un terrain culturel déjà préparé

Avant même l'arrivée du ballon ovale moderne, la Géorgie a conçu un jeu qui préfigurait déjà les mêmes valeurs : le lélo (qui deviendra plus tard le surnom de la sélection). Depuis plus de 150 ans, ce sport rassemble chaque Pâques des centaines d'hommes s'affrontant pour pousser jusqu'à une rivière un ballon en cuir imbibé de vin, pesant 16 kilos.

Une lutte collective et physique qui, selon les Géorgiens, explique en partie pourquoi le pays du Caucase s'est naturellement approprié le rugby, une fois celui-ci introduit sur les terres.

Un sport sous contrôle soviétique

Les historiens du sport situent les premières tentatives d'implantation du rugby dès 1928, puis entre 1940 et 1948 (sans succès). C'est finalement un Arménien originaire de Marseille, Jacques Haspékian, qui pose les véritables bases du jeu dans les années 50.

Intégrée à l'URSS, la Géorgie fonde malgré tout sa propre fédération en 1964, se rapprochant des autres nations européennes regroupées au sein de la FIRA (Fédération Internationale du Rugby Amateur).

Mais le développement du rugby à cette époque reste indissociable de la vision politique qu'en ont les dirigeants soviétiques : un sport encadré, instrumentalisé, mais qui ne perce pas vraiment auprès du grand public. Jusqu'à la fin des années 80, le rugby géorgien demeure ainsi une discipline confidentielle.

L'homme de Béziers qui change tout

Après une décennie perdue pour cause de guerre civile, la fédération nationale, intégrée à l'International Rugby Board ne recense que 18 clubs.

Le déclic survient en 1997. Un technicien français, nommé Claude Saurel, débarque en Géorgie pour évaluer l'état du rugby local. Le constat est sans appel : le pays est en ruine, les infrastructures sont dévastées, avec un manque criant de terrains d'entraînement. Pire encore, certains joueurs ne mangent pas à leur faim.

Claude Saurel s'indignant de la situation, il trouve une solution audacieuse : exporter les talents géorgiens vers la France. Il convainc les clubs de recruter les joueurs, leur offrant une condition de vie meilleure qu'en Géorgie.

La stratégie porte rapidement ses fruits : la sélection nationale commence à se faire un nom dans le Championnat européen des nations. Nommé entraîneur national en 1999, Saurel conduit la Géorgie à sa toute première qualification pour une Coupe du Monde, en 2003.

Dans les années 2000, l'argent commence à toquer aux portes du rugby géorgien, via les oligarques. Le mécénat de l'oligarque Bidzina Ivanichvili vient renforcer l'élan du développement. Projets de construction de nouveaux stades, nouveaux terrains : le nombre de licenciés explose, passant de 2500 en 2007, à 20 000 dix ans plus tard.

Au coeur de cet essor, la capitale, Tbilissi. Elle rassemble une part considérable de la population et surtout de la jeunesse géorgienne. Koutaïssi accompagne ce mouvement, en second pôle d'impulsion.

Mais cette diffusion reste très inégale sur le territoire. Dans les régions méridionales où vivent les minorités arménienne et azérie, l'ancrage du rugby demeure timide, le sport restant largement associé à l'identité géorgienne.

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L'exode des talents

En juillet 2022, à Batoumi, la Géorgie décroche sa première victoire historique contre une nation du "Tier 1", l'Italie, avant d'enchainer face au Pays de Galles quelques mois plus tard à Cardiff.

La Nation prend de l'ampleur dans le paysage rugbystique européen. Toutefois, le passé refait surface. L'exode des talents vers des pays européens plus confortables est le principal danger géorgien.

Même si la formation se développe sur le territoire du Caucase, beaucoup de jeunes partent rapidement à l'étranger, notamment en France, pour poursuivre leur progression dans un cadre plus rémunérateur.

C'est le cas de Davit Niniashvili, parti à Lyon, et actuellement à La Rochelle, mais aussi de Beka Gorgadze à la Section Paloise.

Ce paradoxe résume bien la trajectoire du rugby géorgien : un sport devenu fierté nationale, mais dont son rayonnement dépend de l'exportation de ses talents vers le Top 14...

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