News

Pour créer une dynastie (à la toulousaine), avoir les dents longues ne suffit pas

Ce n'est pas la même chose de gagner et de durer. Toulon, La Rochelle, et bientôt Bordeaux ? Toulouse, lui, sera encore là dans dix ans.

Thibault Perrin 25/04/2026 à 15h58
Trois clubs ont cru pouvoir imiter Toulouse ces quinze dernières années. Crédit image : Screenshot Canal +
Trois clubs ont cru pouvoir imiter Toulouse ces quinze dernières années. Crédit image : Screenshot Canal +

Trois Champions Cup d'affilée pour Toulon entre 2013 et 2015, avec un doublé en 2014. Deux titres européens pour La Rochelle en 2022 et 2023. Et Bordeaux qui élimine Toulouse deux années de suite en Champions Cup et qui s'offre un titre en 2025. Chaque décennie semble produire son prétendant au statut de grand club aux côtés du Stade Toulousain. Chaque décennie finit par rappeler que durer, c'est autre chose que gagner.

Deux modèles, une seule voie

Il y a deux façons de construire un club compétitif au plus haut niveau. La première, c'est d'assembler une génération gagnante par le recrutement, de concentrer les ressources sur une fenêtre de cinq à sept ans, et d'aller chercher des titres pendant que l'effectif est au sommet. C'était le modèle Toulon des années Mourad Boudjellal. Et dans une moindre mesure, celui de La Rochelle sous Ronan O'Gara. Quid de Bordeaux ? D'aucuns diront que ça y ressemble aussi. L'avenir dira si l'UBB a construit pour durer ou pour exister.

146 essais encaissés : record historique et fin de saison "faussée" en TOP 14 ?

La seconde, c'est de construire une infrastructure humaine et technique capable de se régénérer de l'intérieur, d'absorber les départs et de produire elle-même sa propre relève. C'est clairement le modèle toulousain. Ces approches ne produisent pas les mêmes résultats dans le temps, et l'histoire récente du rugby français le démontre avec une régularité presque brutale.

Maintenant que tout commence

L'effectif professionnel de l'UBB cette saison parle de lui-même. Ben Tameifuna a 34 ans, Adam Coleman aussi, Jefferson Poirot, 33 ans, Maxime Lucu, 33 ans. Ils ne seront pas faciles à remplacer. Certains joueurs portent en effet le club depuis des années. D'autres comme Penaud ont été recrutés récemment pour amener l'équipe encore plus loin. Il y a certes des jeunes talents dans les rangs girondins. Des éléments comme Bielle-Biarrey ou Depoortère qui peuvent porter le groupe pendant encore plusieurs années. Pourtant, c'est maintenant que tout commence si Bordeaux veut durer au sommet.

Cette folie à 342 millions € des All Blacks va scotcher le XV de France

L'objectif, éviter le schéma qui a notamment précipité la chute de La Rochelle. En 2023, Dulin, Danty, Botia, Skelton et Atonio jouaient tous ensemble leur meilleur rugby. Deux ans plus tard, le club maritime ratait les phases finales du Top 14 pour la première fois depuis 2018. La réponse au mercato, bien que qualitatif à certains postes, n'a pas réussi à maintenir le club à flot. Bordeaux n'en est pas (encore) là. Mais la prolongation de Lucu, meilleur joueur bordelais lors du quart de finale contre Toulouse, jusqu'en 2029 dit quelque chose sur la philosophie du club. On semble miser sur le présent. La question de l'après restant ouverte.

Ce que Toulouse fait différemment depuis trente ans

Laurent Marti, président de l'UBB, n'a jamais caché que le Stade Toulousain était un modèle. Et s'il y a bien quelque chose dont il faut s'inspirer, c'est la manière dont les Rouge et Noir préparent l'avenir au quotidien. C'est dans l'ADN du club. Mais c'est plus facile à dire qu'à faire pour la concurrence.

Pendant que Bordeaux était écrasé 45-15 à La Rochelle la semaine suivant le quart de finale européen, Toulouse envoyait un XV largement remanié s'imposer à Castres. Quatre avants de moins de 25 ans dans le pack, dont Paul Mallez et Josh Brennan, tous deux formés à Ernest-Wallon. Ce n'est pas qu'un hasard de calendrier. C'est la démonstration que le modèle toulousain produit en continu, que la transition générationnelle déjà amorcée ne crée pas de vide parce que le vide a été anticipé des années à l'avance.

Toulouse face à son plus grand défi : gérer (encore) une bascule générationnelle inévitable

Créer une dynastie, pas si simple

Bordeaux peut encore gagner des trophées. Son effectif actuel le permet. Mais bâtir quelque chose de durable suppose de préparer l'après pendant qu'on gagne, pas une fois que la fenêtre s'est refermée. Toulon a connu son heure de gloire européenne et n'a pas réussi à la transformer en domination structurelle. En 2023, La Rochelle a déclaré par la voix de son entraîneur vouloir faire une dynastie avant de rentrer dans le rang en deux saisons.

Bordeaux, avec plusieurs piliers de son jeu qui avancent en âge ensemble et sans filière de formation comparable à celle de Toulouse, prend le même risque. Même s'il faut rappeler que les jeunes bordelais ont remporté le titre chez les Espoirs en 2025. En quête d'un quadruplé, le Stade Toulousain, lui, sera encore à la lutte pour le titre dans dix ans. C'est ça, la vraie définition d'une dynastie.

Jacques-Tati-en-EDF
Jacques-Tati-en-EDF

Pas tout à fait d'accord. Le modèle toulonnais ok, on a tous vu et on voit toujours tous ce que ça donne. Des hauts et des bas, une équipe composée de joueurs recrutés essentiellement. C'est le modèle de club le plus marqué par cette forme de fonctionnement. La Rochelle c'est un peu pareil, mais malgré tout le modèle ne ressemble pas au modèle toulonnais. la preuve en est l'émergence de quelques jeunes joueurs issus de la formation. Le problème à mon sens, vient de son entraîneur qui souhaitent façonner une équipe selon sa conception du jeu et se fiche un peu de la formation. Par contre en ce qui concerne l'UBB, je ne suis pas d'accord. Bien que l'UBB devienne le rival principal du ST et soit un véritable danger pour le ST et pour mon affect ... :)) ... L'UBB a des joueurs recrutés qui ont de l'expérience (Coleman, Big Ben, Lucu, ...) Mais le club a entrepris une véritable formation de ses jeunes. Ce n'est pas simple d'engager une telle politique actuellement où il semble vouloir mieux acheter des joueurs pour se construire une équipe efficace rapidement. La formation bordelaise est en cours, même si elle n'est effectivement pas en place comme au ST qui avait anticipé cette structuration du club il y a de nombreuses années. Pour preuves Depoortere, Moefana, Jalibert, Ibsaine, Affane, Aouad, Lamothe, Sa, Cazeaux, Gardrat, Uberti, Drault, tous formés à l'UBB ou CASBG ou la région.... avec en plus un recrutement souvent effectué dans la région sud ouest (pays basque/landes/Pyrénées atlantiques ...) ce qui semble relativement normal vu que Bordeaux est la capitale régionale. L'effectif est aussi composé de joueur venus d'ailleurs, mais comme au ST (Bon un peu plus peut-être ...) et d'autres clubs. On a aussi des équipes jeunes qui performent ainsi que les féminines et un stade avec beaucoup d'affluence.
Donc, même si je le répète l'UBB vient faire de l'ombre et plus sur le ST heureusement ou malheureusement, force est de constater que ce club est en train de se structurer sur un modèle de formation et de jeu pérène et sain. Je parie qu'il ne divaguera pas comme l'a pu faire le RCT. Sauf peut-être si son staff est décimé ou s'ils changent de président. ET c'est tant mieux pour notre sport. La section paloise est aussi sur ce modèle. Plus fragile peut-être, mais Piqurronies semble pour l'instant tenir les choses. Le risque à Pau, revenir à un délire NZ comme il y a quelques saisons. Comme si la région n'avait pas assez de bons joueurs ni de structures adaptées ainsi que de sponsors avec Total ...


👍 1