Jamais une équipe n'avait autant souffert défensivement en TOP 14. A l'orée de la 22e journée, Montauban a encaissé 146 essais, un total qui égale — voire dépasse selon les sources — le record historique en saison régulière. Et ce n'est pas fini puisqu'il reste cinq matchs à jouer.
Triste record pour l'USM
Samedi dernier, la défaite à Sapiac face à Toulon (22-47) a été fatale sur le plan statistique. Sept essais encaissés supplémentaires ont porté le total de l'USM à 146, pour 1016 points concédés en 21 journées. C'est fois deux par rapport aux autres formations de l'élite. La différence de points affiche -613. A titre informatif, Toulouse, c'est +374.
Jusqu'ici, c'est Agen qui était crédité de la pire marque lors de la saison 2020-2021. Mais les sources divergent. Certaines parlent de 146 essais encaissés sur l'ensemble de cette saison cauchemar. Tandis que d'autres pointent à 141. Dans un cas comme dans l'autre, l'USM a déjà rejoint ou battu cette marque avec une poignée de matchs encore à jouer.
Replacer Montauban dans l'histoire défensive du Top 14
Pour mesurer l'ampleur de ce record, il faut regarder les autres naufragés défensifs de l'ère moderne. Bayonne en 2016-2017 avait terminé sa saison autour de 107 essais encaissés. Toulon lors de la saison 2005-2006 avait franchi la barre des 100, avec 102 réalisations concédés. Bourgoin en 2010-2011 s'était arrêté à 90, et le Stade Montois en 2012-2013 à 79.
La courbe est éloquente. Entre le Stade Montois et Agen, il y a un gouffre. Entre Agen et Montauban, le gouffre s'approfondit encore. Ce n'est pas seulement une question d'équipe prise à défaut défensivement : c'est une saison hors normes statistiques, dans un championnat qui a lui-même évolué vers davantage de vitesse et de finition offensive. On n'a jamais marqué autant d'essais en TOP 14 que cette année.
7 599 points, 7,2 essais par match : la saison la plus offensive de l'histoire du TOP 14 ?Un calendrier qui n'arrange rien
C'est là que l'histoire prend une dimension nouvelle. Montauban n'a pas fini de souffrir. Il reste cinq journées, avec des déplacements à Montpellier (J23) et à Pau (J26), plus la réception du Stade Français (J24). Trois affiches face à des canditats au titre qui pourraient être à sens unique.
Le match à Pau mérite une attention particulière. La Section paloise, actuellement deuxième, se bat pour sa qualification directe en demi-finale. En cas de classement serré, elle aura besoin d'un bonus offensif, et Montauban pourrait être la proie idéale pour consolider une différence de points. Le même raisonnement vaut pour Montpellier et le Stade Français. Le Racing 92 se déplace d'ailleurs à Sapiac ce week-end dans une situation similaire.
C'est le paradoxe cruel de cette fin de saison : Montauban, déjà relégué, pourrait involontairement peser sur le classement des équipes qui jouent encore quelque chose. Bordeaux et Clermont, qui s'affronteront sans passer par l'USM en fin de calendrier, ont tout intérêt à ne pas laisser les autres faire leur plein de points sur un adversaire diminué.
Une marque symbolique
Au-delà du symbole, cette saison montalbanaise pose une question structurelle au rugby professionnel français. Montauban a été promu en qualité de champion de Pro D2 avec un budget de 13,8 millions d'euros. Le premier budget du Top 14 dépasse les 40 millions. L'écart n'est pas qu'une question de talent individuel : c'est un gouffre de préparation physique, d'automatismes défensifs collectifs, de profondeur de banc.
"1/3 de mes joueurs ne sont pas capables d’y jouer", faudrait-il revoir le système d’accession en TOP 14 ?Le système de montée directe, sans filet de sécurité structurel, produit parfois ces saisons-laboratoires où une équipe valide absorbe 146 essais en 21 journées. Sébastien Tillous-Borde a maintenu le cap et ses joueurs ont montré du caractère. Mais il n'a également pas caché qu'un tiers de ses protégés n'est pas capable de jouer en TOP 14. Et qu'un autre n'en a pas envie. Le record, lui, devrait atteindre des sommets jusqu'ici jamais vus.
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