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AMATEUR. Tarbes, Lannemezan, Lourdes relégués : le rugby des Hautes-Pyrénées se meurt-il ?

C'est un nouveau cycle que va entamer cette terre historique du rugby français, avec 3 de ses 4 principaux clubs relégués cet été.

Theo Fondacci 23/04/2026 à 18h45
Auch a battu Lannemezan 2 fois cette saison. Screenshot : YT RC Auch
Auch a battu Lannemezan 2 fois cette saison. Screenshot : YT RC Auch

3 clubs. Cet été, ce sont 3 des 4 principales formations des Hautes-Pyrénées qui descendront à l’échelon inférieur. Voire même pire pour Tarbes, bastion historique du rugby français (2 fois champion de France au siècle dernier) et dont on vient d’apprendre qu’il repartira de Fédérale 3 suite à son dépôt de bilan en Nationale 1.

Avec un dénominateur commun tout de même pour ces 3 entités du 65 : l’argent. Appelez-le comme vous voulez - le blé, la monnaie, les pesos, la kichta - mais une chose est certaine, c’est qu’il en a manqué à ces formations qui ne se battaient pas vraiment avec les mêmes arguments que la concurrence.

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Hasard ou non mais dans un univers où les belins sont le nerf de la guerre, les plus petits budgets de leur division (respectivement N1 et N2) seront donc relégués en vue de la saison prochaine. Avec un Stado qui n’aura donc pas su éponger le départ vers Auch en 2025 de l'ex-président et principal pourvoyeur financier du club, Lionel Terré. Quand les 4 points retirés pour "manque de transparence financière" auront eu raison de l’avenir de Lourdes en Fédérale 1.

"Le partenaire qui se contentait d’un panneau autour du stade et 2 bières offertes après le match, c’est fini"

Une situation expliquée en grande partie par le manque de soutien des collectivités locales mais aussi des partenaires du Bigorre et du plateau de Lannemezan. C’est que les Hautes-Pyrénées ne sont pas vraiment Byzance…

"On souffre d’une situation d’enclavement et surtout de la concurrence de villes proches de nous qui raflent tout. Entre Pau à l’ouest, Auch et Toulouse au nord, que ce soit pour le sportif ou les études, de très nombreux jeunes s’en vont chaque année et c’est très compliqué de s’en sortir. Et puis, à l’inverse, c’est plus facile de faire venir des gars au bord de la mer qu’à Lannemezan", nous explique en préambule l’ancien co-président du CAL, Lionel Bégué. Et le quinquagénaire de détailler avec son sens de la formule :

"Pour faire simple, la télévision ne s’intéresse logiquement qu’aux divisions pros, et les sponsors ne viennent donc pas chez nous. Derrière, on souffre d’une évolution sociétale et pas qu’inhérente au rugby : Le partenaire qui se contentait d’un panneau autour du stade et 2 bières offertes à la fin du match, c’est fini ! Aujourd’hui, l’entrepreneur qui est prêt à filer 10 000, 50 000 euros ou 100 000 euros pour un club, à votre avis, il préfère les mettre ici ou s’exporter à 30 minutes, du côté de Pau, où il sera reçu en loges et où il pourra inviter et discuter avec des partenaires financiers ?"

Un modèle qui n’était donc pas viable en Nationale 2, dans un championnat qui récolte les inconvénients mais pas les avantages d’un niveau professionnalisant. "C’est une division qui coûte beaucoup mais qui ne génère quasiment rien. Les déplacements que Lannemezan a dû se coltiner toute la saison dans le Sud-Est, à La Seyne, Macon ou Rumilly, c’est un billet de 100 000 euros absorbé par le club. A tel point que les Espoirs ont fini par faire des forfaits pour s’éviter de la dépense."

Avec, au bout d’une saison galère et d’une démission complète du staff en place suite à la prochaine éviction de l’entraîneur J-P Delarue, une relégation qui pourrait finalement assainir le CA Lannemezan. "Il aurait fallu descendre bien avant. Je le disais déjà à qui veut bien l’entendre quand j’étais encore à la tête du club. Cette Nationale où l’on veut faire du pro avec des structures amateurs, ce n’était pas fait pour nous."

"On reverra plus des clubs comme Lourdes ni Tarbes en Nationale, c’est fini."

"Donner envie aux gens de revenir au stade"

Et un Cercle Amical qui va donc retrouver une Fédérale 1 qu’il connaît bien, dans une division qui sait offrir des derbys endiablés, à l’image du dernier Bagnères/Lourdes joué devant 3 500 personnes. Autant qu’elle semble être taillée pour permettre au CAL d’être de nouveau un incubateur de talents du cru.

"Pourquoi vous croyez qu’il y a plus de monde pour aller voir jouer les Baronnies (club basé à Sarlabous et qui va être relégué Fédérale 3, NDLR) que Lannemezan en Nationale ? Parce que, outre les résultats, les gens veulent voir des gamins du coin, qui sont passés par nos écoles de rugby et dont les familles sont du 65, pas des Géorgiens, des Fidjiens ou des mecs venus de l’autre bout de la France. Ils ne se retrouvent pas dans ce rugby-là."

Et ce personnage bien connu du bassin haut-pyrénéen de conclure : "Il faut que notre club, comme les autres qui ont cédé à l’engrenage du professionnalisme, reparte de la base. (…) Il faut réduire la voilure. Repartir avec des budgets très simples et des primes de match. Je cite souvent l’exemple de Mauléon, un club formidable dont le meilleur sponsor reste encore et toujours la buvette les jours de match. Mais pour ça, il faut donner envie aux gens de revenir au stade."

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En espérant que les clubs des Hautes-Pyrénées parviennent à suivre ce chemin et se restructurer petit à petit, comme avait su faire le voisin gersois du FC Auch suite à sa dissolution en 2017. Un chemin long et sinueux, en vue de jours meilleurs pour le rugby du 65. Celui qui vit pousser Antoine Dupont, et bien d’autres grands noms du rugby français…

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