Si vous regardez parfois plus loin que le bout de votre nez et avez déjà décelé chez d’autres sportifs un grand potentiel pour la balle ovale, vous vous êtes forcément demandés ce qu’aurait valu Teddy Riner sur un terrain de rugby ?
Antoine Dupont : pourquoi sa trajectoire pourrait « copier » celle de Brian O’DriscollIl est vrai qu’avec ses 2m04 pour 140kg hors-taxes en forme, l’homme aux 11 titres de champion du monde de judo aurait certainement fait un bon 2ème ligne dans un registre à la Meafou ou Skelton. Mais en dehors d’un entraînement dirigé avec l’ASM Clermont en 2018, la légende vivante de l’art martial japonais n’a jamais trop tâté le cuir.
Le seul Français vainqueur de Teddy Riner joue en Fédérale !
Au contraire du dernier français à l’avoir battu. Quoi, un coq en pâte a déjà fait tomber l’homme aux 154 victoires consécutives en poids lourds ? Oui ma bonne dame, et il s’appelle Joseph Terhec. C’était en 2020, en quarts de finale des championnats de France par équipes, après que ce dernier a poussé le monstre du PSG 3 fois à la faute. Et donc à la disqualification. Pas sa plus belle victoire en termes d’esthétisme, mais sans aucun doute la plus retentissante, lui qui est d'ailleurs reconnu comme "le judoka à avoir battu Teddy Riner".
Toute cette parenthèse judo pourquoi, au fait ? Non pas que Le Rugbynistère veuille se rapprocher de France Judo ou de Karaté Bushido, mais plutôt que ledit Terhec joue désormais au rugby. En même temps, avec ses 1m83 pour 135kg sur la balance, le Normand a le profil d’un bon numéro 3.
Bingo : c’est d’ailleurs pour cela que l’ancien numéro 16 mondial chez les poids-lourds (!) pousse désormais à droite de la mêlée de Gretz Tournan Ozoir, un club de région parisienne qui jouera les barrages de Fédérale 3 ce dimanche, face à Pontarlier (25). "Si le club monte en Fédérale 2, je pense que je resterai. Sinon, j’hésite à aller voir plus haut du côté de la Fédérale 1 ou tout simplement à arrêter pour accorder plus de temps à ma famille."
Un essai à Brive
C’est que Joseph vient tout de même de fêter ses 31 ans - dont 20 de judo - mais aussi d’avoir son premier enfant. Pas épargné par les blessures (il ne jouera d’ailleurs pas les phases finales suite à une lourde blessure au pied contractée le week-end dernier contre Epernay) et après avoir passé sa vie à concourir à haut-niveau entre club et équipe de France, il ne veut aujourd’hui plus que du plaisir et surtout "plus de contraintes". "Mais savoir jusqu’où je peux me mesurer dans le rugby me titille", nous confie-t-il ce mercredi.
Il faut dire que l’histoire entre Terhec et le rugby tient finalement d’un challenge, pour ne pas dire un pari. "J’ai rencontré Arnaud Méla (avons-nous besoin de présenter cette figure du CA Brive ?) il y a 7 ou 8 ans, et nous sommes restés bons amis. Depuis, il n’a cessé de me "tanner" pour que je me mette au rugby. Quand j’ai arrêté ma carrière de judo en 2024, il m’a même pris à l’essai pendant 1 semaine du côté de Brive pour me former aux rudiments de ce sport. Disons que ces quelques jours à pousser les mêlées au milieu d’une équipe de ProD2 furent très formateurs."
Sans le statut de JIFF, impossible pour le club corrézien d’engager ce beau bébé à l’imposante barbe noire qui faisait tout sauf tache au milieu des colosses du CAB.
"Pour l’anecdote, ma semaine à Brive avait fait beaucoup de bruit. Et pourtant j’étais un sombre inconnu qui n’avait jamais touché un ballon de rugby. Mais, sans le savoir, j’ai débarqué à l’entraînement le jour de l’arrivée de Courtney Lawes. Forcément, tous les médias étaient là et rapidement, les journalistes ont commencé à se demander qui j’étais. J’ai reçu des messages de tous les côtés dans la foulée (rires)."
La Fédérale 1 dans un coin de la tête, la 3ème mi-temps aussi
Contacté par d’autres clubs de ProD2 en quête d’un joker, le défi n’aboutit pas et le vice-champion du monde par équipe (de judo) rentre là où est sa vie - en région parisienne - où il s’installe pour faire valoir son diplôme de kiné. Mais ce compétiteur né va jusqu’au bout de la démarche et prend une licence en Fédérale 3 du côté du GTO 77 pour suivre un ami. Rapidement, l’athlète (il soulève 180kg au développé-couché ou encore 300kg au soulevé de terre !) fait des dégâts dans la dernière division fédérale, où ses charges et ses carreaux en défense ont déjà bonne réputation.
Fort comme un Turc sur les appuis, ancré dans le sol tel un rocher anti-stationnement sur les rucks et très mobile et explosif pour son gabarit, le jeune papa se démarque également par sa capacité à se relever très vite. Héritage de son passé en kimono... "Je n’ai que des bonnes sensations et surtout de bons retours sur mes prestations. Ma seule frustration, ce sont les blessures, qui m’empêcheront d’ailleurs de jouer les phases finales cette saison. Mais c’est vrai que j’aimerais bien aller me tester face à des clients de Fédérale 1, sur les contacts comme en mêlée."
Cela a bien failli se faire cette saison déjà du côté de Floirac (leader de la poule 1 de Fed 1 et paré pour monter en Nationale), où il devait débarquer au mois de décembre. Avant qu’une cheville en vrac et l’annonce d’un heureux événement ne bouleverse ses plans.
"Ça m’a mis un coup sur la tête et j’ai donc préféré rester ici pour plus de sécurité et être proche de ma compagne. Ça m’a permis de faire la 2ème partie de saison avec le GTO et de profiter d’un esprit de camaraderie excellent. C’est aussi ça que je venais chercher dans le rugby avec notamment ses 3ème mi-temps et ses clubs house, et je ne suis vraiment pas déçu."
Bien loin de l’INSEP, de Teddy Riner et du judo. Et de tout ce qui a rythmé la vie de Joseph Terhec pendant 20 ans, finalement….
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