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Le match d'une vie (ou le piège ultime) ? Jalibert face à son plus grand test contre l'Irlande

Le talent est là, la confiance aussi. Face à l’Irlande, Matthieu Jalibert doit désormais convaincre au plus haut niveau avec le XV de France.

Thibault Perrin 27/01/2026 à 14h35
Pourquoi le France–Irlande est un tournant majeur pour Jalibert. Crédit image : Screenshot Youtube RugbyPass
Pourquoi le France–Irlande est un tournant majeur pour Jalibert. Crédit image : Screenshot Youtube RugbyPass

Un rendez-vous qui ne trompe personne

Le 5 février prochain, en ouverture du Tournoi des 6 Nations 2026, Matthieu Jalibert devrait être titulaire à l’ouverture du XV de France face à l’Irlande. La blessure de Romain Ntamack a ouvert la porte, mais le Bordelais n’est pas là par défaut.

Depuis plus d’un an, il enchaîne les performances de très haut niveau avec Bordeaux-Bègles, en Top 14 comme en Champions Cup.

Associé à Antoine Dupont face aux Irlandais, il sera observé comme rarement. Le rendez-vous est immense, le contexte brûlant, et les attentes à la hauteur du talent.

“Il montre à tout le monde que c’est un grand joueur”

La reconnaissance est venue de l’intérieur. Antoine Dupont n’a pas hésité à saluer publiquement Jalibert « De toute façon, cette année, il montre à tout le monde que c’est un grand joueur. Pour ma part, ça s’est toujours très bien passé à chaque fois que j’ai joué avec lui. Évidemment, on n’a pas gagné tous les matchs qu’on a joués. Mais j’ai toujours apprécié jouer avec lui. Comme je l’ai dit, il a beaucoup d’appétence pour le jeu offensif comme moi. Il aime relancer les ballons. Il aime prendre des risques. Ce qui est mon cas aussi. Je pense qu’on a la même mentalité au rugby. »

Une déclaration forte, presque un adoubement, qui place aussi Jalibert au centre du projet offensif des Bleus. On sait à quel point le jeu tricolore tourne autour de Dupont. Mais si le Bordelais parvient à prendre le jeu à son compte comme il le fait en club, le Toulousain aura peut-être encore plus de libertés. On ose imaginer les dégâts que ça pourrait occasionner dans les défenses.

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Pourquoi ce match est différent

Ce France–Irlande n’est pas qu’un test de plus pour Jalibert. C’est peut-être le premier où tout s’aligne vraiment. Maturité, confiance, continuité, leadership. Là où, par le passé, son talent a parfois semblé été bridé en bleu, il arrive aujourd’hui avec un bagage complet.

À l’UBB, il joue ose, attaque la ligne, distribue au pied comme à la main et assume les choix forts dans les zones clés. Ce n'est pas pour rien qu'il domine plusieurs catégories offensives. Face à l’Irlande, référence dans la pression défensive et la lecture du jeu, l’ouvreur sera jugé sur sa capacité à gérer le tempo autant qu’à créer. D'autant que la 3e ligne irlandaise ne va pas se priver pour le presser.

Techniquement, c’est là que tout se joue. Savoir quand accélérer avec Dupont, quand calmer le jeu, quand jouer au pied dans le dos de la montée irlandaise. Ce n’est plus seulement une question de talent pur, mais de maîtrise collective. Et c’est précisément ce qui a parfois manqué à Jalibert en équipe de France. Là où un Romain Ntamack se fond parfaitement dans le projet en étant plus un ouvreur de contrôle.

L’ombre de 2023 et la nécessité de franchir un cap

Impossible de ne pas repenser à la Coupe du monde 2023. Déjà titulaire après la blessure de Ntamack, Jalibert n’avait pas été “mauvais”, mais pas aussi décisif qu’attendu. Le contexte, la pression, le système… autant d’éléments qui avaient pesé. On ne peut s'empêcher de penser qu'il a une deuxième chance au tirage. Le genre d'occasion qu'il ne peut pas vraiment se permettre de manquer.

Depuis le Mondial français, le Bordelais a grandi. Dans son jeu, avec une meilleure défense, mais aussi dans sa gestion émotionnelle. Ce match face à l’Irlande est l’occasion de montrer qu’il n’est plus seulement un ouvreur flamboyant de club, mais un patron international capable de porter les Bleus.

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À moins de deux ans de la Coupe du monde 2027 en Australie, ce rendez-vous peut peser très lourd. S’il réussit, Jalibert peut s’installer durablement comme l'option incontournable à l’ouverture. Quand bien même la concurrence toulousaine serait de retour.

Il peut aussi prouver que le XV de France n’est pas dépendant d’un seul duo Dupont-Ntamack. À l’inverse, une prestation en demi-teinte relancerait immédiatement le débat, dans un pays où le poste de numéro 10 est scruté comme nulle part ailleurs. Et où la quête du "grandiss" n'a jamais cessé.

Pour les Bleus, une charnière Dupont–Jalibert sur la même longueur d’ondes pourrait faire franchir un cap offensif à cette équipe qui a déjà prouvé qu'elle pouvait être redoutable. Pour Jalibert, c’est la possibilité de sortir définitivement de cette étiquette de joueur “brillant en club, irrégulier en sélection”.

La concurrence comme moteur

Quand certains le présentent aujourd’hui comme le meilleur ouvreur d’Europe, ce n’est pas anodin. La comparaison avec le Springbok Sacha Feinberg-Mngomezulu illustre bien le standing atteint par Jalibert. Le Bordelais est sans doute possible l'un des meilleurs 10 du monde à l'heure actuelle.

Mais à ce niveau, seule la vérité internationale compte. Et l’Irlande, à domicile ou non, reste l’un des juges de paix les plus exigeants du rugby mondial. Surtout avec la pression qui entoure ce premier match du Tournoi, si souvent compliqué pour l'équipe de France.

Une occasion à ne pas laisser passer

Oui, Ntamack est blessé. Mais Jalibert n’est plus dans l’attente d’une opportunité. Il est dans l’obligation de saisir sa chance. Ce France–Irlande n’est peut-être pas officiellement le match le plus important de sa carrière. Mais dans les faits, il pourrait bien en être le tournant.

Si le Bordelais s'installe à l'ouverture dans ce Tournoi avec des performances notables, il sera très difficile de le sortir lors des prochains rendez-vous internationaux. A commencer par la Coupe des Nations avant un 6 Nations 2027 qui sera la dernière répétition grandeur nature en vue de la Coupe du monde.

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guedin81
guedin81

Faudrait déjà que ce soit lui qui soit sélectionné. Je n'en doute pas mais ce qui se passe dans la tête de FG reste dans sa tête...


Vieille Gloire
Vieille Gloire

Il a super bien progressé, et c’est ça qui me plaît le plus: un joueur capable d’aller plus loin que ses limites, ou que ses propres idées limitantes.


En attaque, il survole clairement. Sa lecture du jeu et sa capacité à faire jouer l’équipe sont aujourd’hui au niveau international, il en a les moyens et le talent.


Mais il faut bien se dire une chose: on va aussi l’attendre sur d’autres aspects, tout aussi déterminants.


Notamment sur le jeu au pied. Sur sa capacité à réussir des 50/22, à assurer des coups d’envoi et de renvoi précis pour permettre à nos ailiers de récupérer des ballons en l’air, sur la gestion des pénaltouches, mais aussi sur les chandelles et les coups de pied d’occupation quand il faut remettre l’équipe dans l’avancée.


Bref, il a comprit : on ne joue pas Sainte-Colombe, mais il va falloir envoyer des rafales au bon moment.


Enfin, bien sûr (et là-dessus il n’y a pas d’exception, c’est valable pour tout le monde) la défense restera un vrai point d’observation.


Pour rappel, face aux rosbifs, même s’il sort du terrain avec un score favorable, il termine à 5 plaquages réussis sur 10, soit 50 %. À ce niveau-là, c’est un indicateur clair.


Il veut définitivement endosser le costard du numéro 10 international ? Sa fiabilité défensive devra obligatoirement accompagner son talent offensif. Il a beaucoup travaillé pour ça. Maintenant, il doit le montrer au plus haut niveau, avec l’équipe de France et ça commence par le 🍀