Club le plus titré du rugby français et européen, le Stade Toulousain ne remportera encore pas la Champions Cup cette saison. Pour la deuxième fois de rang, les Rouge et Noir ont été sortis de la course au titre par l'UBB. Désormais, les hommes d'Ugo Mola sont entièrement focalisés sur le TOP 14. Loin d'être une consolante pour les Toulousains, le championnat représente un réel objectif. Ils pourraient, en cas de succès, réaliser un nouveau quadruplé après 94-97.
Une perspective qui motive très certainement ses troupes à l'orée de la fin de la saison et du coup d'envoi des phases finales. Depuis la prise de fonctions de Mola, Toulouse a décroché 5 Brennus et 2 Coupes d'Europe grâce à une génération exceptionnelle. Laquelle rêve encore d'inscrire son nom au palmarès du TOP 14 et de la Champions Cup. Mais la réalité rattrape peu à peu le club aux 24 Brennus.
Antoine Dupont : pourquoi sa trajectoire pourrait « copier » celle de Brian O’DriscollLe Stade Toulousain est peut-être en train de vivre un moment charnière dans son histoire récente. Pas que sur le terrain, mais aussi dans la gestion de son avenir. La bascule générationnelle est-elle déjà en train de se faire à Toulouse, et à quelle vitesse ? Le club rouge et noir a déjà anticipé avec de nombreux jeunes. C'est une de ses forces. Mais va-t-il être forcé d'accélérer le processus ?
Quand les cadres approchent de la sortie
Cyril Baille a 32 ans, un contrat jusqu'en 2027, mais une cheville qui le contraint à jouer moins de 35 minutes en moyenne cette saison. Dorian Aldegheri, 32 ans également, va pousser jusqu'au Mondial 2027 avant de raccrocher. François Cros, 32 ans, opéré d'un genou, va tout donner pour être en Australie en 2027. Julien Marchand a soufflé ses 30 bougies, Rodrigue Neti aussi. Anthony Jelonch a 29 ans, et un contrat jusqu'en 2027. Thomas Ramos va fêter ses 31 ans en juillet, et son prochain contrat sera sans doute le dernier.
Ce ne sont pas des signaux isolés. C'est une vague qu'il va falloir prendre sans se noyer. Car au-delà des joueurs qui vont terminer leur carrière à Toulouse. Il y a aussi ceux qui vont partir ailleurs. Et historiquement, la formation haut-garonnaise n'est pas la plus active sur le marché des transferts. Sans parler du fait qu'elle est dans le viseur des instances après plusieurs affaires liées au salary cap. Le Stade va donc devoir la jouer fine à l'avenir sur le marché des transferts.
Ce que cachent les dates de contrat
Ce qui se joue à Toulouse, c'est une superposition de deux générations, avec tout ce que ça implique humainement. La génération dorée d'Ugo Mola a tout gagné. Et a encore de l'appétit. Les cadres d'aujourd'hui ne vont pas lâcher le morceau tout de suite. Mais il va bien falloir laisser la place même si certains éléments sont encore loin de raccrocher. Antoine Dupont a 29 ans et a prolongé jusqu'en 2031. Thibaud Flament a 28 ans, sous contrat jusqu'en 2030. Romain Ntamack a 26 ans, Joshua Brennan 24 ans. Le renouvellement ne sera pas total. Il est progressif, segmenté poste par poste, et c'est précisément ce qui en fait la complexité.
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Ce qui est frappant dans l'effectif actuel, c'est que les remplaçants de demain sont déjà là. Guillaume Cramont, 25 ans, talonneur sous contrat jusqu'en 2030, monte en puissance dans la rotation derrière Marchand et Mauvaka. Théo Ntamack, 23 ans, s'installe en troisième ligne. Léo Banos, 23 ans, grappille du temps de jeu dans la même zone. Mathis Castro-Ferreira, 22 ans, pousse lui aussi en troisième ligne. Au centre, Paul Costes a 23 ans et surtout Kalvin Gourgues, 21 ans, commence à peser sérieusement dans le groupe. Sans oublier Thomas Lacombre, 21 ans, qui fait rarement de mauvais matchs.
Ces joueurs ne sont plus des espoirs au sens vague du terme. Ils sont dans le groupe, ils font des matchs, ils apprennent le rugby gagnant de l'intérieur. La transition est déjà amorcée, même si elle n'est pas encore visible sur le tableau d'affichage.
Le vrai défi de Mola : gérer l'entre-deux
Ugo Mola et son staff ne sont pas face à un choix binaire entre garder les anciens ou lancer les jeunes. Ils sont face à une période de chevauchement qui n'a peut-être pas officiellement commencé. Mais qui va durer deux à trois saisons, pendant lesquelles il faudra gérer des ego, des corps fatigués, des ambitions de jeunes joueurs, et des résultats qui, mécaniquement, pourraient baisser. C'est le prix de toute transition dans un club de standing. Et Toulouse ne sera pas exempt. La vraie question n'est pas si cette période arrivera, mais si le staff l'a suffisamment bien anticipé pour en limiter la durée et l'impact.
Cette situation, le Stade Toulousain l'a déjà connu peu ou prou il y a dix ans entre la fin de l'ère Novès et le début de la prise de fonctions de Mola en 2015. En l'espace de quelques années, le club rouge et noir a vu partir ou arrêter de nombreux joueurs emblématiques : Jauzion, Poux, Bouilhou (2013), Beauxis (2014), Nyanga (2015), Clerc, Picamoles, Poitrenaud, Harinordoquy (2016). L'année 2017 ayant été particulièrement marquant. Puisque Dusautoir, Albacete, Johnston, Steenkamp, Maka, Lamboley ou encore McAlister ont tous quitté Toulouse cette année-là. Et on peut même ajouter Fritz, David, Maestri et Fickou en 2018.
Une période qui n'a pas été simple à gérer pour le Stade. Personne à Ernest-Wallon n'a oublié la saison 2016-2017 marquée par une triste 12e place en TOP 14 avec seulement 11 succès au compteur. Puis Toulouse a enclenché un nouveau cycle sous l'impulsion de talents comme Dupont, arrivé en 2017 comme Kolbe, Ramos, revenu de prêt ce même été. Des joueurs d'expérience (Kaino et Ahki, 2018), Arnold (2020) ont aussi ajouté leur pierre à l'édifice et épaulé la nouvelle génération. Ce sont désormais à Dupont, Marchand et cie de jouer les grand-frères.
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Le paradoxe du Stade Toulousain, c'est que sa culture de la gagne est à la fois son meilleur atout et son plus grand obstacle dans cette transition. Les jeunes qui arrivent ne débarquent pas dans un club lambda. Ils arrivent dans une institution où chaque titularisation se mérite, où la comparaison avec les anciens est permanente, où la pression collective est immense. Costes, Gourgues, Ntamack fils, Banos ne seront pas jugés comme des 'espoirs' qui progressent. Ils seront jugés comme des Toulousains, avec tout ce que ce mot implique. C'est une chance et un poids en même temps.
La bascule générationnelle du Stade Toulousain ne sera pas un événement. Ce sera un processus, lent, peut-être douloureux, et passionnant à suivre pour tous ceux qui aiment le rugby français.
J'en parlais il y a peu...