19 avril 2015, Stade Vélodrome de Marseille. Sous la pluie, devant 40 000 spectateurs, Toulon élimine le Leinster 25-20 après prolongation. Un essai de Bryan Habana à la 91e minute. Un chat tigré errant sur le terrain en pleine prolongation. Et le lendemain matin, une presse qui n'en revient pas de ce que les Varois ont dû endurer pour passer.
Toulon qualifié au bout du bout
Le lundi 20 avril 2015, le titre de Midi Olympique ne laissait aucun doute sur la tonalité du récit : "Au bout du suspense, Toulon s'est qualifié pour sa troisième finale européenne d'affilée." L'envoyé spécial du Midol résumait le sentiment général en une formule : les Toulonnais "ont souffert mille morts face aux avants du Leinster."
Le journal spécialisé relevait le paradoxe : un Toulon présenté comme favori absolu, avec un XV de départ affichant une moyenne d'âge de 31 ans et 178 jours, 53 sélections et 143 points marqués au niveau international par joueur, avait frôlé l'élimination devant son public. L'Equipe, sobre, titrait simplement : "Champions Cup : une finale Toulon-Clermont."
Habana, héros malgré lui
Bryan Habana reconnaissait lui-même qu'il n'avait pas eu le rayonnement d'un champion du monde lors de ses seize premiers mois à Toulon. Ce 19 avril 2015 changeait tout. L'essai de l'ailier sud-africain en prolongation est devenu l'un des essais les plus célèbres de l'histoire de la compétition.
La presse anglophone était formelle : c'était Habana qui avait sauvé le RCT, pas la machine toulonnaise dans sa globalité. Bleacher Report notait que la puissance athlétique de Toulon avait bien été présente, mais que le Leinster avait répliqué par une 'physicalité remarquable' et une capacité à perturber les lignes de passe.
"Ne plus faire de calculs" : la composition probable de Toulon avec ses cadres face au LeinsterUn RCT en fin de course, mais bien présent
Le portrait du RCT brossé par les journaux de l'époque était celui d'une galaxie de stars vieillissantes mais redoutables. La composition toulonnaise affichait Halfpenny à l'arrière, Habana et Delon Armitage aux ailes, Bastareaud et Giteau au centre, Michalak à l'ouverture, Guirado au talon, Ali Williams et Bakkies Botha dans la cage, avec Fernandez Lobbe et Chris Masoe en 3e ligne.
Une équipe All-Star, comme plusieurs observateurs le formulèrent. Toulon était présenté comme double champion d'Europe en titre, en route vers un triplé inédit. Pas un exploit, donc. Une confirmation attendue, mais arrachée dans la douleur.
Côté irlandais, le ton était celui d'une équipe qui n'avait pas démérité. Luke Fitzgerald, avant le match, avait prévenu que ce serait serré et que le Leinster était prêt à aller à la guerre. Après la défaite, les journaux irlandais soulignaient que le Leinster avait dominé en conquête en première mi-temps et mené 9-3, avant de se faire déborder par la profondeur de banc varoise.
11 ans plus tard
Onze ans plus tard, le contexte a radicalement changé. Leo Cullen lui-même, interrogé avant cette demi-finale 2026, confie que Toulon "a causé beaucoup de douleur" à la fin de sa carrière de joueur et au début de celle de coach, avec "des journées très difficiles" en mémoire.
Leinster vs Toulon : choc brutal entre attaque XXL et défense de fer en Champions CupEn 2015, Toulon était l'ogre européen que personne ne pouvait renverser. En 2026, c'est le Leinster qui est (toujours) une institution, et Toulon le club qui revient d'une longue traversée du désert. Le même duel, les rôles inversés, et toujours la même question : qui souffrira mille morts cette fois ?
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