Du Nicaragua à l'Equateur, un Français oeuvre pour aider les enfants grâce au rugby
La belle aventure de François en Equateur. Crédit photo : Jorge Martinez H - [email protected]
Passé par le Nicaragua, François nous raconte son aventure sur le continent américain et explique le fonctionnement du CONSUR.
François Gauthier a 30 ans et travaille dans le tourisme. Jusque-là, rien d'anormal, sauf que cet... ingénieur de formation exerce son métier en Équateur, "un joli pays avec plein de trésors dont l'Amazonie et bien sûr les Galapagos.Après avoir joué toute son enfance au foot en Bretagne à l'OC Cesson, il tâte le ballon ovale à 18 ans à l'Université de Technologie de Compiègne, "avec les copains en équipe universitaire puis en réserve du RC Compiègne (Fed 2)." Au gré de ses études, il joue également à Bucarest (Roumanie), au RC Graz (Autriche - 1ère Division), avec Los Valents (Montpellier - Vétérans), à Saint Fons (4-5ème série) et enfin en réserve à Rodez (Fed 2 puis 1).

Mais ça, c'était avant un premier départ pour l'Amérique, direction le Nicaragua.
 
Comment on se retrouve au Nicaragua ? Pas trop compliquée l'acclimatation ?
 
À 25 ans, après deux années en Aveyron (comme Castres !) à organiser des voyages, à manger de l'aligot-saucisse et à cirer le banc de la réserve, j'ai voulu de nouveau partir à l'étranger pour y vivre cette fois-ci une vraie expérience. J'ai cherché dans le tourisme en Amérique latine et trouvé au Nicaragua. Bon, je dois vous avouer, je ne savais pas plus que vous où c'était avant d'y aller ! Mais comme j'avais espoir d'y trouver une belle et charmante demoiselle, je n'ai pas hésité une seconde. Au final, j'ai plutôt profité du rhum mais c'était sympa quand même.
 
Le Nicaragua est le 2ème pays le plus pauvre d'Amérique latine, le salaire minimum est de 150 USD [soit 126€, ndlr] par mois et le chômage très élevé. Autant vous dire, oui, c'est très pauvre. J'avais la chance de vivre dans une ville magnifique, Granada, et sous le soleil, ce qui fait plaisir pour un Breton. Grâce au foot dans la rue et au rugby, j'ai rapidement réussi à m'intégrer auprès des locaux, réussi à apprendre l'espagnol avec un bon groupe de potes et à trouver un rythme très cool, très simple et très humain. Les locaux sont adorables et attachants, ils m'ont vraiment beaucoup aidé à m'intégrer. Au bout d'un an, amoureux du pays, j'ai même créé ma propre agence de voyage avec autant de succès que Trinh-Duc devant les perches.
 
Parle-nous un peu du rugby au Nicaragua en général, mais aussi de ton action pour y créer des écoles de rugby !
 
Le rugby commence à peine au Nicaragua, ça doit avoir une petite dizaine d'années. Cette année, ils ont participé pour la première fois au CONSUR C à XV et gagné la médaille de bronze aux 7s des Jeux Olympiques d'Amérique Centrale. Il doit y avoir en tout une centaine de joueurs et joueuses dans le pays, répartis dans 5-6 clubs. Encore aujourd'hui, il n'existe qu'une Liga nationale de 7s, le XV étant seulement accessible en équipe nationale faute de suffisamment de joueurs dans chaque club.
 
Avec une Française, Laure Vivé, elle-aussi amoureuse du rugby et du pays, nous avons décidé d'essayer d'aider le rugby à se développer notamment dans les quartiers défavorisés de la capitale. Grâce aux Jeux Olympiques et beaucoup de culot de la part de ma partenaire, la mairie de Managua, la capitale du pays, nous a appuyé et le Lycée franco-nicaraguayen Victor Hugo aussi. Et cerise sur le gâteau, après seulement quelques emails, Pierre-Yves Tondeur de Terres en Mêlées est venu voyager au Nicaragua et a accepté de consacrer une partie de son temps à former des éducateurs locaux (tout en amenant du matériel). Une super expérience enrichissante et émouvante !
 
Après son départ (et avant les nôtres), nous avons réussi à animer pendant quelques mois des ateliers dans deux quartiers de la capitale avec quelques éducateurs locaux, principalement des joueuses d'ailleurs. Les gamins ont globalement adoré découvrir ce sport totalement nouveau pour eux qui ne connaissent que le football et le baseball. Aujourd'hui, SudAmerica Rugby soutient la Fédération et le programme Get Into Rugby a commencé et est porté par Omar Suarez, un joueur qui mérite toutes nos félicitations pour son travail et son esprit. Grâce à l'aide de quelques étrangers, j'espère que plusieurs écoles vont bientôt naître à travers tout le pays.
 
Ensuite, tu es allé en Equateur, pourquoi là-bas ? On connait la situation du rugby local grâce aux explications de Paul, mais que fais-tu exactement en Equateur ?
Le Nicaragua, c'est magique mais j'avais besoin d'une vie plus dynamique avant mes 30 ans ! Encore une fois, je n'ai pas vraiment choisi mon prochain pays, c'est le seul où j'ai trouvé du travail, toujours dans le tourisme. Bon, je visais l'Argentine, ça sera pour une prochaine fois peut-être. Comme j'ai trouvé un poste intéressant à Quito, je n'ai pas hésité une seconde et décidé de tenter l'aventure.
 
Ici, en dehors de mon travail, je suis joueur, éducateur et entraîneur pour les Cerberos, un club très © valeurs du rugby grâce à quelques anciens Equatoriens qui ont étudié ou voyagé à l'étranger. J'essaye d'aider comme je peux au développement du rugby et de porter des projets de mon club. J'anime notamment des ateliers pour des enfants d'un quartier défavorisé de Quito. En plus du sport, nous essayons aussi de les inciter à lire des livres pendant la troisième mi-temps, c'est le projet Rugby Read porté par Ricardo Ortiz, un Vénézuélien qui a compris que le rugby était une école de la vie. Dernièrement, le temps d'un après-midi, nous avons d'ailleurs réussi à emmener environ 50 gamins au Salon du Livre et à faire des jeux autour du rugby. Ça peut paraître anodin mais c'était vraiment une aventure exceptionnelle pour ces enfants qui n'ont pas l'habitude de sortir de leur quartier et encore moins d'être dans cet environnement "privilégié".

Je suis aussi un des membres fondateurs des BeerBarians, une équipe d'étrangers de tous les clubs d'Équateur qui veut promouvoir les vraies valeurs du rugby dans le pays. Oui oui, c'est aussi très important de montrer que le rugby reste un jeu et que la troisième mi-temps peut commencer avant la première ! Bon, c'est surtout l'occasion de faire des barbecues et boire des bières entre copains parce que le 7s ou le Beach n'est pas vraiment fait pour nous !
 
Tu souhaites lancer un appel à Terres en Mêlées, c'est ça ? 
 
Je souhaite juste remercier encore Pierre-Yves d'être venu au Nicaragua et motiver d'autres éducateurs comme lui à partager leur passion le temps d'un voyage. En Amérique latine comme sur les autres continents, le rugby peut vraiment apporter beaucoup. Nous rigolons souvent des valeurs du rugby malmenées à l'heure du professionnalisme mais elles sont tellement belles que ce serait dommage de ne pas les promouvoir. Par exemple, dans des pays machistes comme l'Équateur, rien que faire jouer des filles et garçons ensemble, c'est déjà un grand progrès. Et quand nous arriverons à mélanger des gamins de quartiers pauvres et riches, ça sera encore une étape supplémentaire. Je peux vous dire que Pierre-Yves est une star au Nicaragua, c'est aussi une expérience humaine unique et magique. Allez, ça fera bien en plus sur votre CV, n'hésitez pas à vous lancer.
 
De quoi as-tu besoin exactement ?
Dans un premier temps, nous avons surtout besoin d'aide pour former des joueurs locaux et les motiver à s'engager dans ces projets éducatifs et sociaux autour du rugby. Si vous avez quelques connaissances, compétences et expériences, partagez-les ! Je me ferai un plaisir de vous servir d'interprète si vous venez en Équateur ou d'en trouver un pour vous si vous visitez un pays voisin et que vous ne maîtrisez pas la langue d'Enrique Iglesias. Si vous pouvez envoyer des formations ou exercices, c'est déjà génial. Bien sûr, si certains veulent donner du matériel (maillots, ballons, etc.), sponsoriser une équipe ou encore promouvoir des projets, c'est toujours bienvenu pour soutenir les écoles. Grâce au Rugbynistère, vous connaissez déjà quelques associations aux 4 coins du globe à aider avec votre club. Si vous pouvez, faîtes-le, toute action même petite fait la différence dans ces pays-là !
 
D'ailleurs, outre le métier d'arbitre promu à raison sur ce site, j'en profite pour inciter tous les joueurs à se former au métier d'éducateur et à s'impliquer dans leur club en tant que bénévole. Il n'y a pas qu'à l'autre bout du monde que des gamins ont besoin de nous.
 
Parlons du développement général du rugby en Amérique du Sud avec le CONSUR. Le Nicaragua dispute le niveau C, quid de l'Equateur ? 
 
L'Équateur participe généralement au Mayor B. Cette année, ils ont été exclus suite à la désorganisation de la Fédération (qui n'a rien à envier à celle de l'attaque de l'Équipe de France !) et sont menacés de descendre au Mayor C. C'est encore très flou mais ce n'est en tout cas pas très encourageant pour le rugby équatorien si SudAmerica décide de sanctionner le pays ou lieu de les aider.
 
Le Mayor C est composé du Guatemala, du Costa Rica, du Panama et du Nicaragua. Le Costa Rica a gagné le tournoi cette année terminant 1er ex-aequo avec le Guatemala mais étant meilleur à la différence de points. Les deux équipes ont un niveau intéressant et en constante progression. Ça reste quand même très limité par rapport à la France au vu du manque de compétition interne dans chacun de ces pays et même de culture de ce sport, peu de joueurs regardant des matchs pendant leur temps libre. Le Nicaragua a battu le Panama en petite finale dans un match très ouvert et termine donc 3ème. Pour la petite information, le Costa Rica est maintenant membre à part entière de World Rugby, ça devrait encore accélérer le développement du rugby dans le pays. Même avant cela, leurs féminines sont déjà très fortes et mériteraient plus d'exposition.
 
Tu peux nous parler du niveau B ?
En l'absence de l'Équateur, le Mayor B était composé cette année de la Colombie, du Venezuela et du Pérou. La Colombie a facilement dominé le Venezuela 53-15 en finale (pas aidé par la situation dans leur pays pour préparer la compétition). D'habitude, c'est l'Équateur qui termine bon dernier, la différence de niveau étant trop grande face à ces trois sélections qui sont très bien préparées physiquement, mieux organisées tactiquement et bien plus expérimentées. Chaque équipe se repose encore sur quelques stars et le défi physique plutôt que sur l'organisation collective. Certains joueurs sont d'ailleurs maintenant suivis par des clubs européens, un Colombien a même été recruté par le LOU. Généralement, l'Équateur gagne le match de barrage contre le vainqueur du groupe C et se maintient donc tant bien que mal. Je dirai que ces équipes feraient de bonnes oppositions pour nos clubs espoirs ou des sélections U21 majeures.
Quid de la 1ère division ?
 
Le Mayor A est composé de l'Uruguay, du Chili, du Brésil et le Paraguay. Là, c'est un niveau très élevé avec de nombreux joueurs évoluant chez nous, généralement en Pro D2 ou Fédérale pour les meilleurs. Les joueurs amateurs peuvent être surprenants comme en attestent de nombreux Argentins. L'Uruguay a encore gagné le tournoi cette année et surtout le droit de jouer les repêchages pour avoir une chance de disputer le Mondial 2019. En finale, ils ont facilement dominé le Chili 27-11 dans un match plein de maîtrise. Le Brésil, depuis les Jeux Olympiques, progresse très très vite et termine 3ème. Le Paraguay semble distancé par ces trois sélections, ça s'annonce chaud pour le match de barrage contre la Colombie en 2019. Étant un peu chauvin (et chauve aussi tout court), je dirai que le niveau général du Mayor A se rapproche du bas de tableau de Pro D2 ou les meilleurs de la poule Elite de Fédérale 1.
 
Ah oui, vous l'aurez compris, il y a des montées et descentes en Amérique latine. Pour éviter les ascenseurs, elles se font tous les 2 ans via un match de barrage. Oui, ça serait bien de copier ça en Europe... Chaque tournoi donne lieu à une finale, c'est aussi un concept différent de chez nous et très sympa, ça correspond bien à la culture latine.
 
L'Argentine ? Elle n'est bien sûr pas concernée, son niveau étant trop au dessus des autres. Une équipe joue le Rugby Championship et une autre joue le America Championship qui inclue aussi les Etats-Unis ou encore le Canada. L'année prochaine, il semble qu'il y aura des changements pour essayer d'homogénéiser le niveau de chaque groupe et aider chaque sélection à s'améliorer. Nous attendons encore des informations, ce sont surtout des bruits de couloir pour l'instant.
 
On peut te souhaiter quoi pour la suite ? Une participation avec l'Equateur dans le staff ?
 
Malheureusement, ça sera compliqué d'intégrer le staff tant qu'il n'y aura pas d'équipe nationale ! Sinon, ça aurait été aussi insolite et drôle qu'un coup de pied de Bastagros. Mais bon, à titre personnel, je préfère de toute façon offrir des sourires aux gamins, c'est plus fun au quotidien. J'espère que nous réussirons en 2018 à continuer d'aider de nombreux enfants équatoriens grâce à votre soutien et à créer quelques écoles de rugby pérennes dans tout le pays. Et que je pourrai encore jouer quelques années pour faire de belles de rencontres sur et en-dehors du terrain à travers toute l'Amérique latine.
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  • Aamo
    180 points
  • il y a 2 ans

Article très interessant

  • Gilhes
    4 points
  • il y a 2 ans

@ François Gauthier
Je pars au Nicaragua en janvier et envisage de m'y installer. Pourriez me donner vos contacts svp.
[email protected]

@Gilhes

Tu peux me contacter à [email protected] 😉
Et selon ton projet, n'hésite pas à communiquer avec les clubs locaux, ils t'aideront avec plaisir à t'installer dans ce magnifique pays. Et oui, la solidarité rugbystique, ça marche aux 4 coins du monde !

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