Top 14, USA, Hong Kong et Nouvelle-Zélande : l’incroyable aventure de Simon Bienvenu
Simon Bienvenu sous les couleurs de Sandy Bay. Crédit photo : Matthew Kwan.
Trois-quart centre formé au Stade toulousain puis au Racing, Simon Bienvenu (23 ans) ne cesse de voyager grâce au rugby. Après les USA et Hong Kong, il est désormais en Nouvelle-Zélande. Récit.

Gammes au Stade toulousain 

J’ai commencé très tôt le rugby à Saint-Pierre-des-Corps. Ma famille est ensuite partie dans le Sud et j’ai joué à l'US Verfeil avant de rejoindre le Stade Toulousain. J’ai fait toutes mes gammes là-bas, y passant presque dix ans. Que ce soit en club ou sélection, j’ai pu évoluer avec de nombreux joueurs désormais au haut niveau comme Dupont, Jelonch, Pourteau, Pirlet… En U23, on était notamment allé en finale avec Camara, Cros, Baille, Marchand, Ramos, Aldegheri… À Toulouse, j’ai vraiment découvert la culture du mouvement, du jeu après-contact. C’est un club qui fait rêver et c’est légitime. Je jouais en Espoirs mais on montait souvent s’entraîner avec les pros. Quand tu te retrouves à plaquer Fritz, à croiser Dusautoir… Je me souviens d’un de mes premiers entraînements : on faisait de l’attaque de ligne et Élissalde pose le ballon, on doit défendre, je prends David dans le buffet (rires). C’était quelque chose mais on s’adapte vite au rythme. Je garde de très bons souvenirs de mon passage chez les Rouge et Noir. J’ai passé deux ans au centre de formation puis j’ai rejoint le Racing. 

Découverte du Top 14 avec le Racing

Tout est très professionnalisé au Racing. Quand j'y étais, on avait des séances vidéos collectives, individuelles, parfois trois-quarts. Un clip vidéo par joueur après chaque match en Espoirs, ainsi que nos statistiques personnelles. C’est très très structuré. Il y avait également énormément d’entraînements spécifiques. La philosophie était vraiment de jouer, tenter. Comme à Toulouse, j’étais en Espoirs mais je m’entraînais avec les pros et j’ai eu l’occasion de jouer un match de Top 14 face à Agen (NDLR : le 5 mai 2018). À ce moment là, l’équipe était encore en course sur tous les tableaux et notamment qualifiée pour la finale de la Coupe d’Europe contre les Saracens. Il y avait trois matchs dans un laps de temps assez court. Le staff nous a tous réunis dans une salle et a annoncé les trois groupes pour les matchs. J’étais dans celui pour affronter Agen, un match délocalisé à La Rabine. On avait une équipe expérimentée quand même (Imhoff, Rokocoko, Talès) et puis tu te retrouves avec quelques potes d’Espoirs, promus pour l’occasion, ‘’peinardo’', énorme (rires). C’était génial évidemment : stade plein, le Top 14 que tu as idéalisé… Mais j’étais également frustré de n’avoir joué que sept minutes (rires). L’intensité ? En fait, quand tu t’entraînes fréquemment avec les pros, que tu as fait des amicaux, tu sais à quoi t’attendre. Ce n’était pas une ‘’totale découverte’’ je dirais. Ça reste une vraie fierté d’avoir pu jouer en Top 14, qui plus est dans une équipe comme le Racing. 

Dans de tels clubs, tu as souvent mangé ton pain noir avant d’être lancé. La différence est souvent faible entre les différents joueurs et quand tu as une opportunité, il faut pouvoir la saisir. En Espoirs, on voulait prouver qu’on n’était pas des plots. Quand il faut s’opposer à Le Roux, Tameifuna, t’es finalement préparé et tu vas t’envoyer. Je me dis qu’il est peut-être plus simple d’aborder un match avec les professionnels qu’un match d’Espoirs. En U23 ou U22, tu as tous les statuts : ceux qui s’entraînent énormément, beaucoup, peu, qui veulent percer, qui bossent déjà… En pro, t’intègres un système précis. Rokocoko, par exemple, te dit ce que tu dois faire et tu te concentres seulement sur tes tâches. Le Racing, c’était top, j’avais en plus eu l’occasion de faire des tournois avec France 7 développement. Mais quand tu es en concurrence avec Chavancy, Vakatawa, Rokocoko, Vulivuli, Tuitavake et parfois Lambie ou Carter qui sont décalés, il est compliqué de s’imposer. Je voulais avoir du temps de jeu et plus haut qu’en Espoirs, Laurent Labit m’avait dit que je pourrais jouer en PRO D2, que cinq clubs notamment étaient intéressés. Mais rien ne s’est fait et je me suis rapidement retrouvé sans contrat. J’ai la sensation que le niveau Espoirs Élite n’est pas du tout considéré : tu joues dans ce championnat et tu fais des oppositions fréquentes contre des types qui ont gagné la Coupe du Monde et les clubs de Fédérale 1 ne te proposent quasiment rien. 

Opportunité aux USA

J’avais toujours été ouvert à l’opportunité de partir à l’étranger pour me développer en tant que joueur et en tant que personne. Quitter le confort du centre de formation. J’avais ces idées en tête et j’ai eu un contact avec Austin aux USA. Alain Hyardet était le manager du club et je devais signer. Et puis j’ai eu un premier refus de visa. La connaissance du rugby là-bas est très faible et il est vraiment compliqué d’avoir un VISA pour jouer. Disons qu’il est plus simple d’en obtenir un quand tu es international que quand tu as suivi le cursus ‘’classique’’ français. Il y a ensuite eu le ‘’Shutdown’’, le moment sous Trump pendant lequel personne n’a bossé donc il était impossible d’avoir des papiers. Ça a trainé, j’étais dégoûté. Pas de visa, donc pas d’Austin alors. Je me suis entraîné avec Albi au départ pour garder le rythme, j’étais également avec mon prépa. Je suis passé des entraînements cadrés du centre de formations aux sprints dans mon village. Il a finalement fallu huit mois pour que j’obtienne mon VISA et je suis arrivé le 20 avril. L’équipe avait perdu tous ses matchs de championnat. 

Quatre matchs avec Austin

Quand j’ai débarqué aux US, il restait six matchs de championnat. J’en ai joué quatre puis j’ai fait une commotion. Avec l’équipe, je suis notamment allé à Toronto et New York. Jouer au rugby à New-York, c’était inimaginable vraiment. J’ai trouvé les joueurs américains de l’équipe  en difficulté sur des éléments de jeu basiques. Au moment d’évoquer les systèmes sur le terrain, des systèmes basiques, ça devenait très compliqué. Ils ont d’ailleurs une très mauvaise connaissance du rugby européen, ils sont plutôt tournés vers le Super Rugby. Pour eux, le championnat est le meilleur niveau possible et du coup, ils ont l’impression d’être les meilleurs. Hyardet voulait d’ailleurs envoyer certains joueurs faire des préparations en France pour qu’ils voient le niveau. Et puis le staff a été licencié. 

Autant dire que mon aventure aux États-Unis a été assez spéciale. Je m’entendais bien avec Alain et on s’est d’ailleurs vus après son licenciement, j’ai également rencontré le président et celui qui avait été nommé manager en fin de championnat. Ils m’avaient notamment parlé de la draft et ils ne savaient pas vraiment quels éléments ils pourraient garder. Cette fin avec Austin a été difficile, je ne savais pas vraiment où j’en étais. J’ai finalement quitté le club : je suis encore en contact avec certaines franchises, Los Angeles et Dallas notamment qui vont intégrer la Ligue, ça reste des possibilités car ça m’intéresserait de retourner jouer là-bas. J’ai l’impression que le rugby américain peut vraiment se développer. Soheyl Jaoudat : ‘’Si la Ligue se débrouille correctement, le championnat américain pourrait devenir vraiment fou’’Soheyl Jaoudat : ‘’Si la Ligue se débrouille correctement, le championnat américain pourrait devenir vraiment fou’’

À l’intersaison, je devais aller m’entraîner avec Bath et il était prévu qu’Austin prenne en charge mes frais. Avec le départ de Hyardet, ils m’ont dit que ce n’était plus possible. J’avais parlé de mon séjour à Bath à Matt Worley, un pote du Racing qui est désormais en D2 anglaise. Il savait que je cherchais un nouveau point de chute et que j’avais également besoin d’un stage dans le cadre de mon Master par correspondance à l’EM de Grenoble. Et il m’a parlé de Hong-Kong. En fait, Matthew est originaire de HK, il était arrivé au Racing via le partenariat qui lie le club à Honk-Kong, par Natixis. Cet été donc, Matthew m’a mis en contact avec Thierry Barrot, un ancien joueur de Tulle et Montauban notamment, qui a aussi fait la Coupe de l’América. J’ai pu trouver un stage et partir y jouer au rugby.

Virée à HK

Le rugby y est semi-professionnel pour la plupart des joueurs, hormis les internationaux du pays. C’est un rugby totalement différent de ce que j’avais pu connaître : par exemple, tu arrives juste avant les matchs et tu joues dans la foulée. Il fait également très chaud et humide donc au départ il est assez difficile d’attraper les ballons franchement (rires). À Hong-Kong, il y a énormément d’expatriés donc un vivier de joueurs assez important dans six divisions masculines (!) : Néo-Zélandais, Australiens, Fidjiens, Écossais… Des joueurs passés par la Premiership, des internationaux à 7 gallois et samoans notamment, ça donne un niveau vraiment sympa. J’ai donc joué en D1 avec l’équipe de Sandy Bay. Il y a six équipes, tu joues d’abord la Coupe avec cinq matchs puis le championnat de six équipes où tu affrontes tout le monde en aller/retour puis demi-finale et finale. 

Avec Sandy Bay, nous sommes allés jusqu’en demi-finale. J’ai été marqué par le niveau des entraînements car tous les entraîneurs sont professionnels et travaillent pour la Ligue. Dans les équipes, le côté social est très important. Comme il y a plein d’expatriés, la plupart ont connu ta situation et sont vraiment accueillants. Avec le Coronavirus, la fin du championnat a été bouleversée et on a notamment joué la demi à huit clos. Ceux qui étaient allés en Chine sous moins de quinze jours d’ailleurs n’ont pas pu jouer donc on avait des absents. Au bilan, je porte un regard très positif sur mon aventure à Hong-Kong. Sur le plan individuel, j’ai pu terminer deuxième meilleur marqueur de l’équipe avec six essais et en concurrence avec mon coloc néo-Zélandais (rires). L’essence même du rugby à Hong-Kong est vraiment de mettre de la vitesse, de jouer tout simplement. Et puis, tu es proche de tout. J’ai pu aller en week-end en Corée du Sud, visiter Bali, le Cambodge, la Thaïlande. C’est fou franchement. Après les USA, j’avais besoin de ça, de rejouer rapidement et je garde un souvenir génial de mon passage là-bas (NDLR : Simon a quitté HK fin février). La fin du championnat correspondait à la pleine saison en France et je voulais continuer à jouer. Je gardais également en tête de continuer de tenter de jouer au meilleur niveau et à la fin du championnat j’ai étudié quelques possibilités. Notamment de rallier l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, où le championnat n’a pas encore débuté. 

Objectif Mitre Ten 

J’ai eu une opportunité en Nouvelle-Zélande : dans un village au nord d’Auckland, chez les Western Sharks. J’y ai signé, je découvre actuellement la Nouvelle-Zélande et bientôt la ‘’club competition’’, le championnat local. Les meilleurs joueurs de cette compétition seront ensuite sélectionnés pour évoluer avec Northland dans la Mitre Ten, l’antichambre du Super Rugby. C’est un niveau vraiment intéressant et mon nouvel objectif est de pouvoir intégrer cette formation de Northland. Cela va être difficile, il va falloir performer mais j’espère y arriver. Je ne connais pas encore le niveau mais de vrais ‘’monstres’’, désormais chez les Blacks notamment, sont passés par là. J’espère pouvoir m’imposer en Nouvelle-Zélande. 

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Merci pour cet article. Au top.
Un club de Pro D2 ou de F1 qui le recrute à la fin de sa formation au Racing doit-il payer une indemnité de formation ?

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