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Rugby amateur : tu sais que tu es devenu un ancien quand...

Au rugby amateur, on ne devient pas un ancien du jour au lendemain. Ça commence par une phrase, une anecdote, un genou qui tire… et un vestiaire qui t’écoute. Ça se voit vite.

Thibault Perrin 13/06/2026 à 20h45
Être un ancien, ce n’est pas juste avoir mal au dos le lundi. C’est connaître les terrains, les surnoms, les bénévoles, et deux générations de piliers droits. Ça marque une carrière. Crédit image : Canva
Être un ancien, ce n’est pas juste avoir mal au dos le lundi. C’est connaître les terrains, les surnoms, les bénévoles, et deux générations de piliers droits. Ça marque une carrière. Crédit image : Canva

Il y a un moment où il faut regarder la vérité en face. Tu n’es plus vraiment un jeune.

Pas forcément le plus vieux du vestiaire. Pas forcément celui qui a le plus de saisons au compteur non plus. Mais celui que les nouveaux écoutent avec un drôle de mélange dans les yeux.

Un peu de respect. Un peu de peur. Et parfois une vraie incompréhension quand tu démarres une phrase par : “À mon époque...” Et là, en général, c’est déjà trop tard.

Tu sais que tu es devenu un ancien quand...

  1. Tu commences au moins une phrase par semaine par : “À mon époque...”
  2. Tu connais l’histoire de tous les surnoms du vestiaire. Même ceux qui auraient dû disparaître avec la troisième mi-temps de 2012.
  3. Tu as déjà joué avec le père d’un de tes coéquipiers actuels. Et tu évites de trop le dire, parce que ça pique.
  4. Tu te souviens du temps où les convocations arrivaient par SMS. Avant ça, c’était parfois un coup de fil. Et encore avant, il fallait passer au club.
  5. Tu reconnais les terrains du département rien qu’en voyant la buvette, les poteaux ou l’état du parking.
  6. Tu as déjà expliqué à un jeune ce qu’était une licence cartonnée. Il t’a regardé comme si tu parlais du minitel.
  7. Tu as vu passer plus de coachs que certains joueurs n’ont connu de saisons complètes.
  8. Tu connais le prénom de tous les bénévoles. Et eux connaissent tes blessures, ton boulot, ta voiture et parfois même tes histoires de famille.
  9. Tu dis encore “les petits” en parlant de coéquipiers qui ont 25 ans, une barbe pleine et deux enfants.
  10. Tu te rappelles d’une époque où les troisièmes mi-temps n’étaient jamais filmées.
  11. Tu as un avis très précis sur l’évolution des règles. Même quand personne ne t’a demandé ton avis.
  12. Tu racontes encore ce match où “on n’était que 14 et on a quand même gagné”. Les détails changent un peu chaque année, mais l’esprit reste le même.
  13. Tu as gardé un vieux short, un maillot ou une paire de crampons que tu refuses de jeter. On ne sait jamais. Ça peut resservir.
  14. Tu connais encore par cœur les chants d’équipe d’il y a quinze ans. Par contre, tu oublies parfois où tu as posé ton strap.
  15. Tu t’échauffes plus longtemps qu’avant. Tu récupères moins vite. Et tu as besoin de deux jours pour encaisser un match sur terrain lourd.
  16. Tu repères assez vite les jeunes qui vont rester au club. Et ceux qu’on ne reverra plus après novembre, dès que la pluie arrive.
  17. Tu as déjà répondu à un coéquipier : “Attends d’avoir mon âge, on en reparlera.” Le pire, c’est que tu le pensais vraiment.
  18. Tu as connu une montée, une descente, et plusieurs saisons où le premier objectif était surtout de finir les matchs à 15.
  19. Tu es devenu la mémoire du club. Les anecdotes, les exploits, les énormes cagades, les départs ratés, les retours improbables. Tu as tout en stock.
  20. Et au fond, tu sais que le rugby t’a donné bien plus que des victoires. Il t’a donné des copains, des habitudes, une deuxième maison, et des souvenirs qui resteront longtemps après le dernier coup de sifflet.

Être un ancien, ce n’est pas seulement avoir quelques cheveux gris ou mettre dix minutes à sortir de la voiture le lundi matin.

C’est avoir vu passer plusieurs générations. C’est accueillir les nouveaux sans trop en faire. C’est chambrer les copains, râler sur l’échauffement, conseiller un jeune en douce, puis raconter pour la centième fois cette action où tu aurais marqué “si le terrain n’avait pas été aussi gras”.

Et chaque été, c’est pareil.

Tu annonces que cette fois, c’est la dernière saison. Tu le dis sérieusement. Tu y crois presque. Mais au club, personne n’est vraiment inquiet.

Parce qu’eu rugby amateur, les anciens ne prennent jamais complètement leur retraite. Ils changent juste de rôle. Et souvent, ils restent dans les parages.

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