Aux Fidji, le démarchage direct est terminé
À quelques jours des phases finales du Vodafone Super Deans, le grand championnat scolaire fidjien, la Fédération fidjienne et l’association des joueurs ont serré la vis autour du recrutement des jeunes. Dans une directive publiée le 20 août, elles interdisent à un agent, un club ou un intermédiaire d’approcher directement un joueur scolarisé de 19 ans ou moins, ainsi que sa famille. Le premier contact doit passer par le chef d’établissement, qui informe ensuite la Fédération avant toute discussion avec le joueur.
La procédure va beaucoup plus loin qu’un simple contrôle des agents. Tout contrat étranger, bourse ou accord de transfert doit être présenté avant signature, avec examen du salaire, du logement, de l’assurance, des garanties en cas de blessure, du visa, des clauses de rupture ou du rapatriement. Koli Sewabu, directeur général de la FRFU, affirme avoir vu des joueurs blessés à l’étranger perdre leur rémunération à cause de contrats insuffisamment protecteurs. C’est ce scénario que Suva veut éviter.
Pour les clubs français, un filtre de plus
Et pour les clubs français, le changement tient surtout dans la manière d’entrer dans le dossier. Le formidable vivier fidjien reste accessible, mais le contact rapide avec une famille après avoir repéré un adolescent devient beaucoup plus encadré. Un club intéressé devra désormais entrer par l’établissement scolaire, accepter les vérifications prévues et intégrer la FRFU ainsi que la Fiji Rugby Players Association au processus. Le recrutement reste possible, avec davantage de paperasse et surtout davantage de regards posés sur l’offre proposée.
Le rugby français possède déjà ses propres garde-fous. La FFR rappelle qu’un agent peut mettre un joueur mineur en relation avec un club avec l’accord de ses représentants légaux. Mais qu’aucune rémunération ne peut être versée à l’intermédiaire pour cette opération. Les centres de formation agréés doivent également prévoir l’hébergement, les transports, la scolarité et l’encadrement du mineur. La nouveauté fidjienne ajoute donc un contrôle dans le pays de départ, avant même que le dossier n’intègre réellement la filière française.
Cette précaution compte d’autant plus que les clubs français ont un intérêt sportif à repérer tôt. Le statut JIFF ne dépend ni de la nationalité ni du lieu de naissance : un joueur peut notamment l’obtenir après trois saisons dans un centre de formation agréé, dans les conditions fixées par la LNR. Un jeune Fidjien arrivé assez tôt peut donc s’inscrire dans une trajectoire particulièrement intéressante pour son club. Derrière le phénomène que l’on remarque pour ses appuis ou sa puissance se cachent aussi plusieurs années d’école, de logement, de visa et de construction humaine.
Ce que cette nouvelle règle change concrètement
Le nouveau circuit devrait surtout compliquer la vie des recrutements les moins structurés. Une organisation qui travaille avec des agents accrédités, détaille ses conditions d’accueil et prépare ses démarches en amont dispose déjà d’une bonne partie des garanties réclamées. World Rugby impose d’ailleurs le recours à des agents accrédités pour l’activité de représentation et exige qu’un contrat d’agence concernant un joueur de moins de 18 ans soit contresigné par un parent ou son tuteur. Les Fidji ajoutent désormais leur propre contrôle avant le départ du joueur.
Protéger sans fermer la porte
À six jours de la reprise de la Pro D2 et deux semaines de celle du Top 14, le sujet rappelle aussi ce qui se joue très loin des matchs professionnels du week-end. Certains jeunes actuellement observés pendant le Deans pourraient demain intégrer une académie européenne. Les Fidji n’entendent pas fermer cette route : leur propre communiqué insiste sur leur volonté de maintenir les opportunités à l’étranger. Ils veulent surtout éviter qu’un adolescent l’emprunte avec un contrat mal compris dans la valise.
Ce serait bien que le Tonga et les Samoa imitent leurs homologues Fidjiens...même si leurs moyens sont largement en deça des Fidji.