Le Japon se positionne officiellement
La Japan Rugby Football Union a officiellement lancé sa candidature pour accueillir la Coupe du monde de rugby 2035. L’annonce a été faite mercredi à Tokyo par son président, Masato Tsuchida, lors d’une conférence de presse. Une manifestation d’intérêt a déjà été transmise à World Rugby, avec une option de repli pour l’édition 2039 si nécessaire.
« Nous voulons créer la meilleure Coupe du monde non seulement pour le monde du rugby, mais aussi pour le Japon et le reste du monde », a expliqué Tsuchida. La décision finale est attendue en novembre 2027, après la désignation d’un hôte privilégié au printemps de la même année.
Un souvenir encore brûlant : pourquoi le Japon marque des points
Impossible d’évoquer cette candidature sans replonger dans l’édition 2019. Première Coupe du monde organisée en Asie, elle avait dépassé toutes les attentes. Sur le terrain, le Japon avait enflammé le pays en terminant à la première place de son groupe avec quatre victoires au compteur. En tribunes, l’engouement avait été total pendant 44 jours, bien au-delà de Tokyo.
Le tournoi avait attiré 242 000 visiteurs internationaux, restés en moyenne 17 jours, un record à l’époque. Plus marquant encore, 60 % d’entre eux découvraient le Japon pour la première fois, et 90 % affirmaient vouloir y revenir.
Un modèle économique qui parle à World Rugby
Là où le dossier japonais devient redoutable, c’est sur l’impact économique. La Coupe du monde 2019 a généré près de 4,47 milliards d’euros pour l’économie japonaise, dont plus de 2,5 milliards injectés directement dans le PIB.
Les supporters étrangers ont dépensé en moyenne 315 euros par nuit, presque le double de l’Angleterre 2015. Au total, les fans de rugby avaient dépensé 4,6 fois plus que le visiteur moyen au Japon. Résultat : plus de 46 000 emplois créés ou maintenus. Pour World Rugby, en quête de modèles durables et expansifs, ces chiffres pèsent lourd.
Un enjeu sportif… mais surtout stratégique
Au-delà du souvenir, le Japon incarne un levier de développement majeur pour le rugby mondial. Marché structuré, infrastructures existantes, public curieux et respectueux, fuseaux horaires attractifs pour l’Asie-Pacifique : tous les voyants sont au vert.
Dans un contexte où World Rugby cherche à élargir sa base au-delà des bastions historiques, une nouvelle Coupe du monde au Japon ferait sens, surtout après l’Australie en 2027 et les États-Unis en 2031.
A ce titre, et compte tenu du roulement entre les deux hémisphères, on peut cependant imaginer que le Mondial 2035 pourrait être organisé dans une nation du sud. On sait que l'Argentine lorgne sur la Coupe du monde depuis des années à l'instar de l'Afrique du Sud.
Une concurrence sérieuse sur la ligne de départ
Le Japon n'est déjà pas seul dans la course. L’Espagne travaille activement sur un dossier ambitieux, pendant qu’une candidature conjointe de l’Arabie saoudite, du Qatar et des Émirats arabes unis pourrait aussi émerger. Un trio aux moyens colossaux, mais encore novice sur le plan rugbystique. À l’inverse, le Japon peut s’appuyer sur une expérience réussie, une crédibilité sportive et un héritage tangible laissé en 2019.
Si le Japon obtenait 2035, ce serait un signal fort : celui d’un rugby réellement globalisé. Pour les nations asiatiques, ce serait un accélérateur de développement. Pour World Rugby, la confirmation qu’un Mondial peut être un succès populaire et économique hors Europe. Pour le Japon enfin, une nouvelle vitrine mondiale, capable de renforcer durablement sa place dans l’élite rugbystique.
Six ans après avoir marqué l’histoire, le Japon revient dans la mêlée avec un dossier solide et une ambition claire. En 2035 ou en 2039, le message est passé : le pays du Soleil-Levant veut redevenir la scène d’un rugby mondial ouvert, festif et ambitieux. Et au vu du précédent, difficile de ne pas l’écouter.
