Le Burkina Faso peut-il devenir un vivier de joueurs pour l'Europe ?
Le Burkina Faso a impressionné son monde aux Paris World Games début juillet.

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Antoine Yameogo, joueur au sein de l'équipe nationale du Burkina Faso et actif dans la Fédération, nous parle du développement du rugby au Burkina Faso.

Antoine Yameogo, joueur de Gennevilliers 92, nous parle de son deuxième rôle au Burkina Faso. Toujours à cœur de développer le rugby dans son pays d'origine, il soutient l'association Terres en Mêlées, mais il est aussi actif au sein de la Fédération de Rugby au Burkina Faso. Il a accepté de répondre à nos questions sur l'état du rugby burkinabé, mais surtout son avenir et toutes les possibilités qui s'offrent à cette nation. 

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Comment sélectionne-t-on des joueurs au Burkina Faso ?

Le tournoi national à 7, qui s’est déroulé le 20/21 juillet dernier dans la capitale, a permis au staff de faire une large revue d’effectif des joueurs locaux. Un pré-groupe de 20-25 joueurs devrait être établi afin qu’ils commencent la préparation physique et technique en vue de notre prochaine échéance de septembre (CAN à 7 se déroulant au Bénin). Les joueurs sont en mise au vert et en fonction des performances et état de forme, les participants sont écrémés au fur et à mesure jusqu’à ce qui ne reste que les 10-12 meilleurs. Ceux-là représenteront le Burkina lors de la compétition.
La moitié de l’équipe présente au Paris World Games était des joueurs qui ont à peine 18 ans ou tout juste et le reste se composait de seniors aguerris. La génération née entre 1999-2003 est extrêmement douée et bourrée de qualités. C’est la preuve qu’un vrai travail de formation locale existe au Burkina et qu’il s’y trouve des gens très compétents malgré des moyens limités. La Fédération mise beaucoup sur ces jeunes pépites pour l’avenir.. À juste titre !

Vous n’avez pas peur que des "joueurs étrangers" s’intéressent au Burkina Faso ?

Non, au contraire ! Ça me ferait très plaisir que d’autres européens viennent. On a besoin pour développer notre niveau de nous renforcer avec des joueurs de la diaspora. Malheureusement, le Burkina est un petit pays et à mon avis, tu as dû croiser très peu de Burkinabé dans ta vie. Un gros travail que je fais en amont est de recenser les Burkinabés ici. Il y a des joueurs de Fédérale 1, de Pro D2 et des espoirs. J’espère qu’ils seront intéressés, surtout sur le XV puisqu’on a très peu de piliers. Depuis mars, je suis en contact avec un Burkinabé qui est en Italie. Il me met en contact avec d’autres joueurs et je suis en discussion avec deux Burkinabés qui évoluent là-bas. Un qui a à peine 20 ans et l’autre qui finit ses études et rentre au pays, donc potentiellement sélectionnable en septembre. Ils  feront d'excellents renforts dans cette sélection de joueurs locaux. J'espère réellement qu'ils viendront bientôt nous rejoindre !

La vitesse des burkinabés a impressioné durant les Paris World Games.

Le rugby à 7 est donc plus accessible pour l’instant ?

Je pense que comme tous les pays africains, le Sevens est le salut. Il ne faut pas trop de mêlées, de touches, etc. On joue limite à la Fidjienne avec beaucoup de passes, et c’est dans le désordre qu’on est très bon avec des qualités physiques incroyables. On court vite et longtemps, et ce sont les qualités propres du 7. 

On n'a pas peur d’européaniser notre sélection puisqu’on n'en a tellement pas que ce serait plutôt une bonne chose.

Le rugby est intégré dans les programmes scolaires ?

Il sera intégré à la rentrée. Les professeurs de sport sont formés par la Fédération, mais c'est une énorme avancée dans le développement du sport dans le pays. Beaucoup d'enfants vont être familiarisés avec ce sport et on sait combien le sport en milieu scolaire peut développer ce sport en lui-même.

Rachid Sawadogo, 17 ans, est une des pépites du Burkina.

Sous quelle forme World Rugby a intégré le Burkina Faso depuis l’année dernière ?

C’est officiel mais pas de manière permanente. Par exemple, on n’a pas le même statut que la FFR même si c’est bien évidemment incomparable. On est membre temporaire pour l’instant, car il faut valider certains critères auprès de World Rugby avant. Il faut une quinzaine de critères qu’on n'a pas encore. Les excellents résultats sportifs plaident en notre faveur pour l'intégration permanente. On doit progresser sur le côté administratif mais également sportif, mais tout est en bonne voie avec la volonté de tous.

Quels sont les objectifs de la Fédération ?

Je ne veux pas parler au nom de la présidente, mais elle sera d’accord avec moi. Le constat aujourd'hui est que nous sommes en catégorie D. Pour l’instant, on domine les équipes de notre niveau : Mali, Togo, Bénin, etc. Sachant qu’une réforme devait être faite par World Rugby en bougeant les modes de montées et descentes. Nos moyens financiers limités nous empêchent pour le moment de nous déplacer loin, hors de nos bases, pour faire des matchs amicaux. On n'a pas accès à l'avion mais seulement au car, donc les déplacements de 15-20h sont devenus banals mais pourtant personne ne se plaint. C'est donc plus difficile de parcourir 2000 km et aller en Ouganda ou au Kenya par exemple. Mais je suis confiant pour l'avenir, sportivement, le potentiel est là ! On est donc obligés de jouer contre les mêmes pays, mais malgré cela, on progresse encore pour coller le plus rapidement possible à la catégorie Bronze (catégorie C).

On veut le plus rapidement possible passer en catégorie Bronze pour jouer des pays supérieurs. Ce serait logique et mérité

Vous avez une deadline sur ces objectifs ?

Je ne peux pas répondre. Je sais qu’en 2017, quand on a gagné au Niger, on aurait normalement dû accéder à la catégorie Bronze en jouant contre le Ghana. Le gagnant y accédait, mais on n’a pas pu se rendre là-bas pour jouer. Et depuis 2017, il n’y a pas eu de compétitions à XV, donc je ne sais pas comment ça se passe. En septembre dernier, on s’est classé 3e avec des équipes plus fortes comme le Nigeria ou la Côte d’Ivoire. Au final, on gagne 37-0 face à l’Algérie. Ce sont des équipes avec plus de moyens, qui ont donc plus de préparation et de déplacements possibles donc le résultat est extrêmement gratifiant pour nous et nous rempli de fierté.

J'aimerais remercier mes amis qui me donnent à chaque fois que je les sollicite :  Rémi Bonfils, Sébastien Bézy, Jonathan Danty, Paul Gabrillagues, pour ne citer qu'eux. Des clubs comme Garches ou Bagneux aident énormément également."

D’où viennent les subventions attribuées à la Fédération ?

Pour l’instant, c’est le ministère des Sports burkinabé qui donne un budget et Rugby Afrique pour les tournois, les frais de déplacement, etc. Depuis peu, la boîte qui sponsorise Suresnes, Umanis. J’ai rencontré Laurent Piepszownik, le patron, qui a adhéré au projet avec Olivier Pouligny et qui nous donnent un gros coup de mains financier. Au printemps dernier nous avons pu bénéficier d'un jeu de maillot et d'une dotation complète grâce à ce généreux monsieur. Avec son collaborateur, ils ont de suite adhéré au projet. Jusqu’ici, on jouait avec des maillots de foot qui se déchiraient au moindre accrochage. Nous travaillons sur un projet à long terme et de manière pérenne. Nous sommes ravis de partager les mêmes valeurs que cette entreprise et leurs dirigeants. Niveau design, notre équipementier, Air Quinze a fait un excellent boulot et nous a fait bénéficier de vêtements d'une grande qualité visuel. Pour résumer, si on a 15 000 euros pour toute l’année, c’est bien !

Les duels en l'air chez les jeunes burkinabés.

Se faire connaître en Afrique n’est pas trop dur ?

Qu’une équipe burkinabée vienne en France, c’est historique, c’est du jamais-vu. On voit qu’on peut jouer au rugby, qu’on peut venir en Europe. On commence à se faire respecter et le bouche à oreille en Afrique, c’est tout un art. L'organisation du Hinton Sevens souhaiterait nous inviter l'année prochaine, c'est déjà ça de pris ! Toutes ces retombées positives vont nous permettre de plaider notre cause auprès du ministère afin de bénéficier d'encore plus de soutien. 

C’est ce petit tournoi des Paris World Games qui va nous permettre d’entrée dans un cercle vertueux et développer d’autres choses encore, je l’espère. Venir en France était la visibilité qu’il nous manquait. En une semaine, on a gagné 150 followers sur Instagram par exemple.

Le staff pour les Paris World Games.

Comment les joueurs burkinabés voient le rugby français ? Est-ce qu’ils s’y intéressent ?

Oui, bien sûr ! C’est un pays francophone déjà, donc pour ceux qui ont les moyens et à mon avis, on parle de 3% des joueurs sélectionnés, ils ont la télé avec le câble. Les matchs de phases finales sont retransmis sur TV5 Monde, sinon il faut avoir Canal+. Ils n'ont clairement pas les moyens de prendre un abonnement de 15€ avec un smic à 80… Mais ils ont accès aux informations tout de même via YouTube, les highlights, les tributes, etc. Et quand on a croisé Antoine Dupont, Romain Ntamack et d’autres à Marcoussis, ils savaient très bien qui c’étaient et ils sont allés prendre des selfies. Je n'ai pas eu besoin de leur dire les noms. Le jeudi soir de la semaine, j’ai fait un barbecue chez moi et Pierre-Henry Aazagoh est venu apporter des affaires, et ils savaient qui c’était parce qu’ils ont regardé la Coupe du monde moins de 20. Y’a une culture rugby, les mecs sont vraiment passionnés.

Est-ce que le Burkina peut devenir un vivier de joueurs pour l’Europe ?

Avec le quota de JIFF, je ne vois pas trop comment ce serait possible. Mais par exemple, on a entamé des discussions avec Massy qui nous a gentimment accueilli pendant une semaine, sur "comment on pourrait les faire venir ?" Ils ont vu les joueur évoluer et ont été plutôt séduit par leurs qualités. Ayant évoluer en cadet à Massy, je pense que ce club familiale et formateur serait idéal pour accueillir mes compatriotes. Faire venir les plus jeunes en catégorie Crabos ou Espoir serait pour eux un super tremplin. Ils ont largement le niveau pour d'ailleurs... Ils ont autant de qualités que les autres, alors pourquoi pas ! Il faut que nos meilleurs éléments viennent s’aguerrir en Europe, c’est évident. Par exemple, ce week-end il y a le tournoi national à 7 au Burkina et comme il y a déjà 7 joueurs bons dans un club. Ils vont fausser le championnat mais également régresser personnellement. Il faut leur donner "à manger".

Antoine, balle en main, est le seul joueur évoluant en Europe.

La FFR ne vous aide pas ?

À mon retour de la Coupe d'Afrique en septembre, j'aimerais rencontrer Serge Simon pour discuter, via Aristide Barraud pour voir ce qu'il est possible de faire entre nos deux pays. Comme une convention ou des visas spéciaux peut être ? Je crois que ça a été fait récemment avec la Fédération Algérienne. Elle nous a déjà reçu royalement lors du Paris World Games donc même multiplier les stages au CNR serait une belle avancée, bien plus qu'un partenariat pécunnier à mon sens.

Pour finir, quels sont tes projets ?

Je commence à penser à la suite, faut voir toujours plus grand. J’y pense beaucoup, mais j’aimerais vraiment qu’ils viennent faire une tournée l’été prochain. Pourquoi pas faire un tournoi encore plus relevés que le Paris World Games ? Je m’attendais pas à ce que nos mecs aient ce niveau-là, alors pourquoi pas se confronter aux meilleurs au Stanislas Sevens, au tournoi 7 de cœur, etc. Caler ces tournois sur 3 semaines pour faire une tournée. Ensuite, en septembre on a la Coupe d’Afrique mais surtout le tournoi de qualification zone Afrique pour les Jeux olympiques. Il faut être référencé à World Rugby pour le faire, mais avec nos bons résultats sportifs et notre progression, on pourrait profiter d’une invitation comme un pays en moins est déjà qualifié (Afrique du Sud). J’espère que les bons résultats qu’on vise en septembre pèseront dans la balance pour World Rugby… Le dernier projet est celui des Jeux olympiques de la jeunesse en 2022 au Lésotho. On a fini 4e lors des derniers JOJ en juillet 2018 en Algérie. On mise donc beaucoup sur ceux qui ont aujourd’hui 14/15 ans pour faire un résultat. Ils bossent déjà pas mal en faisant des tournois et en s’entraînant.

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Mdr s'il joue en nocturne les defenceurs de l'équipe adverse ne les verront.

"J'aimerais rencontrer Serge Simon" ... Eh bien bon courage 🙁

bel article mais le titre suggere quelque chose de tres bizzare.

Chaque pays dois faire jouer ses enfants et ses hommes (et femmes).
En quoi devrait on compter sur les ressources d'un autre pays ?

@LaGuiguille

Ce n’est simplement que donner la chance à des joueurs talentueux de vivre leur passion

Grâce àu rugby, verra t'on le retour du temps béni des colonies...???

ce serait bien. On pourrait les faire venir à 12-13 ans et les cloitrer dans des centres de formation pour leur faire faire du rugby et de la muscu toute la journée ; on renverrai les blessés et les moins talentueux chez eux par le premier charter et on garderait les quelques meilleurs.

@Grand Sachem aux sages commentaires

On appellerait ça l'esclavage...

@batelier

Ha mais non, on leur donnerait un petit salaire! Juste assez pour que ce soit légal

@Grand Sachem aux sages commentaires

- Super ! Et on pourrait faire ça aussi avec des jeunes Fidjiens, Samoans ou Tonguiens ?
- Ça se fait déjà depuis longtemps, on sélectionne, on dégrossit un peu et hop les voilà dans un centre d'élevage de GIFF.
- Le génie humain est sans limite.

@lelinzhou

decidemment, les neozelandais ont tout inventé en ce qui concerne le rugby

Bel article plein d'espoir .
Et pour une fois que les joueurs du SF sont cités pour autre chose que des licenciements ou des faits divers...

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