La Fédérale 1 comme tremplin après Massy et le Stade français, zoom sur Karim Qadiri, le ''facteur X''
Karim Qadiri crève l'écran avec Beaune en Fédérale 1. Crédit photo : Héloïse Kosc.
À 23 ans, Karim Qadiri a déjà joué en PRO D2 avec Massy puis en Top 14 avec le Stade Français. À Beaune désormais, il régale en Fédérale 1. Portrait. 

Poule 1 de Fédérale 1, 15 septembre dernier, Beaune reçoit Suresnes. Les locaux s’imposent par 34-20 face à un favori au haut du tableau. Grand artisan du succès du CSB, l’ailier Karim Qadiri claque un quadruplé, inscrivant l’ensemble des essais de sa formation, dont trois entre la 55e et la 63e minute. L’international marocain (1,92m ; 100kg) débute la saison en fanfare : ‘’il y a des matchs comme ça où tout te réussit. On espère que ça arrive le plus possible, là tout allait dans mon sens, j’étais de tous les coups. Contre Suresnes tout m’a souri’’. Qadiri participe à sa deuxième saison en Fédérale 1 et il faut s’en aller loin des vignes et prendre racine au cœur de l’Ile-de-France pour comprendre ce qui a amené l’un des tous meilleurs finisseurs de sa génération jusqu’à Beaune. 

Karim débute le rugby à six ans sur les terres de Massy et suit ainsi les traces de son grand frère, Billel. Chez les pensionnaires de Jules Ladoumègue, il gravit les échelons jusqu’à intégrer le pôle de Lakanal. ‘’En minimes, on participait à des détections pour les stages départementaux. On savait qu’il y avait les recruteurs de Lakanal. À ce moment-là, j’avais du mal au rugby, j’étais une ‘’chips’', je jouais souvent avec l’équipe 3 de Massy, c’était difficile. Alors je me suis dit qu’il fallait tout donner sinon il allait falloir trouver autre chose’’ se remémore celui qui a toujours évolué à l’aile. ’Je pense qu’à Lakanal, il recherchait vraiment des profils, j’avais ces qualités qui sont innées : la vitesse, les appuis et puis je faisais déjà 1,80. Ils ont misé sur moi’’. Qadiri est sélectionné pour les tests puis dans la structure, il connaît ensuite le Pôle France et défend les couleurs de l’équipe de France U18 puis U19. ‘’J’avais fait des stages plutôt convaincants, il y a un blessé et on me propose le Pôle France, je n’ai pas hésité dix minutes’’.

Deux apparitions en PRO D2

Le joueur formé à Massy fait partie des rares surclassés à avoir évolué deux saisons au CNR (il y en a deux autres sur la génération 96, Michael Simutoga et Robin Aulas). Et il jongle en même temps avec les études d’infirmier qu’il vient tout juste de commencer. ‘’Je préparais le concours infirmier en fait, j’avais les cours, Marcoussis et puis les entraînements avec Massy’’. Dans le club qui l’a vu débuter en mini-poussins, Karim découvre d’ailleurs la PRO D2, un soir d’avril 2015 contre Agen. Avant de remettre le couvert un mois plus tard, à Sapiac. 

‘’Didier Faugeron entraînait l’équipe de France U19 et il était pressenti pour prendre Massy. Je pense que c’est lui qui a fait la connexion avec le staff et j’ai pu jouer deux matchs’’. L’ailier garde un souvenir clair de sa découverte de la PRO D2. ‘’Très honnêtement ? Malheureusement, j’ai été mauvais, il faut être franc, on voyait bien mes lacunes, j’avais raté ces deux matchs. Je pensais être prêt mais je ne l’étais clairement pas. Pour moi, c’était tard mais en fait c’était trop tôt’’. Si sa plongée dans la rude deuxième division est difficile, Qadiri rempile au RCME alors que le club descend en Fédérale 1. ‘’Je faisais mes études en même temps et c’était injouable avec les stages, je ne m’entraînais qu’une fois par semaine, j’avais tellement la dalle que je m’étais mis une pression énorme et au final je pataugeais à l’école comme au rugby. Mais ça m’a fait progresser mentalement, c’est une certitude’’. Se présente alors l’opportunité du Stade français. 

Ryan Chapuis : ‘’Karim a tout pour exploser : des qualités physiques impressionnantes, il est très grand pour un ailier, va très vite et est très puissant avec un gros raffut. C’est un joueur qui peut faire de grosses différences’’.

Xavier Perron, lequel entraînait déjà les Espoirs Rose et Bleu se souvient : ‘’on était allé le chercher avec Vincent Krischer (NDLR : désormais à Oyonnax), Karim menait ce double projet et on voulait l’accompagner. Lui permettre de faire ses stages tout en poursuivant une démarche haut niveau dans le rugby. Il a très vite eu l’occasion de jouer en Top 14’’. Qadiri participe à la préparation estivale avec le collectif Espoirs. Et est bombardé en Top 14 le 24 septembre 2016. À Toulouse. ‘’Je fais une semaine d’entraînement avec le groupe de Gonzalo Quesada, il y a une cascade de blessés et on m’annonce que je vais commencer au Stade toulousain. À ce moment là, j’étais en stage en réanimation de nuit à l’hôpital, je bossais de 18 heures à 6 heures, je dormais quatre heures et j’allais à l’entraînement. La semaine de Toulouse, le Stade a appelé l’hôpital pour modifier mes horaires’’, raconte l’intéressé.

Huget comme vis-à-vis

Aux côtés de Rabah Slimani, Jérémy Sinzelle ou encore Sergio Parisse, Qadiri entre de plein-pied dans l’aventure Top 14, et se retrouve notamment face à Yoann Huget, Thierry Dusautoir ou encore Toby Flood.’’C’était fou, énorme, même s’il y avait des blessés, on était allé me chercher moi et j’ai pris ça comme une vraie marque de confiance. J’avais la pression mais les joueurs m’ont mis à l’aise. Je me rappelle du team run, j’apprends que je vais commencer, et Julien Arias vient me voir : ‘’T’as déjà raté des plaquages ? T’as déjà fait des en-avants ?’’, je lui dis que oui, après il me dit, ‘’T’as déjà réussi des plaquages ? T’as déjà réussi des passes ?’’, je lui dis de nouveau oui et il me dit ‘’ça va encore t’arriver, alors fonce maintenant’’, ça te met en confiance, c’est un Monsieur, Arias. Après je pense que c’est la pression qui m’a fait sortir avec des crampes à la 55e (rires)’’. 

Qadiri rend une copie propre, continue à s’entraîner régulièrement avec les pros tout en étant convaincant en Espoirs. En octobre, il participe à dix minutes à Krasnoyarsk en Challenge, le zéro degré ambiant ne l’empêche pas de scorer. Dix minutes jouées en Challenge, un essai. Qui dit mieux ? À propos de son ancien joueur, Xavier Perron parle d’un profil avec ‘’de grosses qualités athlétiques, très rapide. Karim est très fort sur le rugby de contre-attaque, dans le un-contre-un. En confiance, il peut faire des choses exceptionnelles. Avec les Espoirs, il pouvait franchir quasiment systématiquement’’. À la fin de la saison, l’ailier signe au centre de formation tout en validant son diplôme d’infirmier. Costaud. Avant de déchanter.

‘’Le monde pro te met des piqûres de rappel constamment, quand tu arrives, tout est beau, tout est rose. En juillet, je signe un contrat au centre de formation pour deux ans, en décembre, on vient me dire que ce serait bien de trouver un prêt. Qu’en gros, il faudrait aller voir ailleurs et que si je ne trouvais pas de prêt ce serait un départ définitif. Je prends un gros coup sur la tête, franchement j’étais au fond du seau, tu te dis que t’es nul. Mais je veux leur prouver et je me déchire le ligament de cheville. Trois mois de coupure’’. Le staff de l’équipe fanion a changé et certains joueurs essuient alors les plâtres. Au terme de sa deuxième saison chez les soldats roses, Qadiri plie bagages. 

Facteur X

‘’Pour être franc, au début j’ai eu du mal à me dire qu’il fallait aller en Fédérale 1. Mes potes jouent alors en Top 14, en PRO D2 et moi je ne trouve pas de club. Mais il faut être honnête avec soi-même, les types qui jouent à ce niveau-là ont fait des choses que je n’avais pas encore faites, que je devais faire, sinon j’y aurais signé aussi. Et l’opportunité Beaune s’est présentée’’. Perron, l’ancien coach de Qadiri abonde en ce sens : ‘’il fallait que Karim aille tester un palier intermédiaire comme la F1. C’est très bien pour lui, il avait ce besoin, après le Stade, de se confronter à un jeu plus rugueux, plus important sur la densité des collisions, contre des adultes expérimentés et avec une certaine pression’’. Qadiri passe de la Tour Eiffel aux vignes bourguignonnes, de la capitale au Stade Jean Guiral. Forcément le choc est brutal mais cela ne l’empêche pas de performer. Il débarque aux côtés de Nassim Aanikid, pilier et compère du Stade français. En 2018/2019, sur 22 rencontres de phase régulière, Qadiri participe à… 22 matchs comme titulaire. Et plante la bagatelle de sept essais, participant activement au maintien acquis par le CSB. 

L’ailier a débuté sur les mêmes standards cette saison, auteur de six essais depuis l’entame du championnat dont un quadruplé face à Suresnes donc. Il crève l’écran en Fédérale 1. L’arrière Soheyl Jaoudat, qui a rencontré Qadiri en sélection marocaine, appuie sur la ‘’palette complète’’ de celui qu’il a rejoint à Beaune à l’intersaison. ‘’Il est très dense, en un-contre-un, tu ne sais pas s’il va te rentrer dedans, raffûter ou faire un appui inter-exter, c’est un vrai facteur X’’. Jeff Goufan, troisième-ligne du RC Vannes, partenaire de Qadiri avec l’association de seven des Scavengers, insiste, quant à lui, sur les qualités de ‘’créateur’’ de l’ailier. ‘’S’il a un ballon, il peut faire la différence n’importe où. Karim démarre très fort avec une grande envergure, c’est vraiment compliqué de le stopper quand il est lancé’’.

La Fédérale 1, le tremplin

Qadiri le dit aisément, au moment d’entrer sur le terrain, la ligne d’en-but est son objectif premier : ‘’je ne sais pas si c’est un défaut ou une qualité mais je veux toujours marquer, je suis un ‘’craqueur’’ aussi, si tu ne me donnes pas le ballon sur une situation, je peux craquer, bouder (rires), quand je suis sur le terrain, je veux scorer’’. Soheyl Jaoudat peut en témoigner. ‘’On se déplace à Villeurbanne avec Beaune. Karim passe toute la défense en revue, s’il sort extérieur il me décale et je vais marquer franchement. Mais au lieu de ça, il fait un retour intérieur, est plaqué et sa cheville lâche ! On peut en rigoler maintenant que ça va mieux mais il aime bien croquer, je le connais, et quand c’est la situation inverse il faut lui donner des ballons (rires)’’. 

Qadiri est aussi un ‘’geek’’ qui a construit son propre ordinateur avec son meilleur ami (!), véritable amateur de jeux vidéo, il a la capacité de mettre l’ambiance dans un groupe. ‘’Je pense que partout où il est passé, tout le monde l’aimait bien’’, souligne Jaoudat. ‘’Dans le vestiaire de Beaune, il gère la musique, avec Nassim (Aanikid), ils mettent l’ambiance’’. En atterrissant en Bourgogne, Qadiri a tenté de se servir de la Fédérale 1 comme un tremplin. Pour voir plus haut ? Pour Xavier Perron, ça ne fait que peu de doutes : ‘’Il a déjà des qualités physiques au-dessus de la moyenne de la PRO D2. Ça peut tout à fait être le prochain palier, il faudra qu’il trouve un projet qui lui permette de s’exprimer, tourné vers le jeu. Il en a les capacités’’. La patience de Qadiri lui sourirait alors. À lui de continuer à régaler en Fédérale 1, à coups de franchissements, d’essais et de parties de World of Warcraft. Et avec le conseil de Julien Arias, dans un coin de la tête. 

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Super article, merci!

  • duodumat
    11108 points
  • il y a 1 semaine

Excellent article. Bravo !

Un article comme on aimerait en voir plus souvent...

Bel article qui nous montre aussi que tout n'est pas tout rose mais qu'à force de travail et persévérance, ça paye...
Bon courage à lui et à tous ceux qui connaissent et connaîtront des moments plus délicats !

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