21 ans, 21 matchs dans les jambes et deux sélections en Bleus. La saison dernière, Kalvin Gourgues n'existait pas dans le paysage professionnel. Cette saison, il est titulaire au Stade Toulousain, aligné en Champions Cup et convoqué par Fabien Galthié. Dans une interview accordée à La Dépêche, le centre toulousain a évoque Paul Seixas, 19 ans, qui vient de confirmer sa participation au Tour de France après avoir remporté la Flèche Wallonne et terminé deuxième de Liège-Bastogne-Liège derrière Tadej Pogacar. Gourgues dit ne pas trop suivre le vélo. Mais il conclut, tranquillement : "C'est comme ça qu'on marque l'histoire du sport."
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Ce qui relie Gourgues et Seixas n'est pas qu'une question d'âge. C'est une posture. Seixas met la pression à Pogacar dans la côte de la Redoute, se fait lâcher dans le final, et termine quand même deuxième du monument. Il n'a pas géré, il a tenté. Gourgues fait pareil sur un terrain de rugby. Il n'attend pas qu'on lui libère la place, il la prend. Douze essais cette saison, dont un de 80 mètres contre Bordeaux, inscrit dans un match perdu 44-20. Et ce soir-là, c'est la défaite qui lui reste en mémoire, pas les 80 mètres. Ce détail dit tout sur le bonhomme.
Ce rapport décomplexé au très haut niveau n'est pas donné à tout le monde. Il l'est encore moins quand on sait d'où Gourgues repart. La saison précédente, un caillot de sang dans l'artère poplitée lui vaut plusieurs opérations et des complications en série. Les médecins lui annoncent qu'à quelques jours près, il aurait pu perdre sa jambe gauche. Il revient, joue, marque, est sélectionné. Sans en faire une épopée. "Je suis très heureux de continuer à prendre du plaisir sur le terrain", dit-il. Voilà le cadre dans lequel il joue sans peur.
LBB, Gourgues, ces pépites précoces
Ce profil n'est pas nouveau dans le rugby français, mais il se fait rare au niveau de précocité atteint par Gourgues. Yoram Moefana avait été aligné en bleu après six matchs de Top 14. Gourgues, lui, l'a été après onze. Deux joueurs formés à Bordeaux et Toulouse, deux clubs qui ont en commun de ne pas beaucoup 'protéger' leurs jeunes du grand bain. Ce n'est pas un hasard. On pourrait aussi mentionner le Bordelais Louis Bielle-Biarrey, le plus jeune joueur français de l'histoire à disputer une Coupe du monde, à seulement 20 ans et 87 jours.
"Une marge de progression monstrueuse", Kalvin Gourgues, l'arme plus du tout secrète de ToulouseDu côté de Toulouse, on sait très bien ce qu'on tient entre les mains. Quand le Stade gagne, Gourgues n'y est pas souvent étranger. Toulouse a des internationaux à tous les postes. Pourtant c'est un gamin de 21 ans, formé maison, qui est en train de s'installer comme titulaire dans un des secteurs les plus disputés de l'effectif. Ça dit quelque chose sur la profondeur du vivier toulousain. Et ça pose une question concrète pour la saison prochaine : comment gérer un joueur qui progresse aussi vite dans un effectif déjà pléthorique ? Pour rappel, l'international italien Tommaso Menoncello est annoncé à Ernest-Wallon.
Bientôt taulier chez les Bleus ?
Malgré son âge, et la concurrence, Gourgues a une vraie carte à jouer chez les Bleus. Galthié cherche de la vitesse et de la percussion au centre depuis la Coupe du monde. Gourgues coche les deux cases, avec en prime une polyvalence qui permet de le placer du 10 au 15. À deux ans du Mondial 2027, avoir dans le groupe un joueur de cet âge et de ce profil, c'est une option sérieuse, pas une curiosité. La bataille s'annonce néanmoins rude face aux Bordelais Moefana et Depoortère sans oublier les Palois Gailleton et Brau-Boirie.
Une chose est sûre, la génération qui arrive ne se pose pas les questions que les précédentes se posaient. Seixas fonce sur Pogacar. Gourgues évolue sur la pelouse comme s'il jouait son dernier match. Comme pour Seixas, ce n'est pas de l'arrogance. C'est de la confiance construite dans la victoire. Quand on a toujours gagné, on y va.
"J'espère pour lui qu'il gagnera le tour. Ça serait très grand." Gourgues parle de Seixas. Mais la phrase lui colle à la peau aussi. Gagner la Coupe du monde avec les Bleus l'an prochain. Ce serait très grand. Et rien, dans ce qu'il montre cette saison, ne dit que c'est hors de portée.
RUGBY. Kalvin Gourgues : une (vraie) solution en 10 au Stade Toulousain ?
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