Dans le grand banditisme, les périodes de règne des vieilles figures du Milieu ont toujours une fin. Zampa, le Belge et leurs puissants clans ont tous connu le même sort dans la région marseillaise, quand il ne reste aujourd’hui plus rien ou presque de leurs voisins de la Brise de Mer, malgré l’influence énorme de cette organisation corse dans les années 80 et 90 notamment.
Dans le rugby, pourtant, un “parrain” résiste encore et toujours à l’usure du temps sans baisser les armes : GILBERT. La marque anglaise règne depuis des décennies sur la balle ovale mondiale, au point d’être devenue une extension naturelle de la main des joueurs pour l'attirail rugby. Mais voilà qu’en ProD2, au moment le plus sensible de la saison, un autre acteur vient bousculer les habitudes.
Un nouveau ballon pour les phases finales
Comme depuis plusieurs années désormais, la LNR impose en effet les ballons de la marque BeRugby pour les phases finales de ProD2, avec laquelle elle a signé un partenariat. Un détail ? Pas vraiment. Car durant toute la saison, l’immense majorité des clubs travaillent, s’entraînent et jouent avec des ballons GILBERT.
Changer de modèle à l’approche de matchs couperets revient presque à demander à un joueur de changer de crampons la veille d’un match… Le mécontentement est d’ailleurs remonté ces derniers jours après plusieurs déclarations relayées autour des demi-finales.
Certains acteurs du championnat n’ont pas caché leur agacement face à ce ballon imposé au moment où chaque détail peut décider d’une montée. “Ce ballon ne plaît pas. (...) C’est nul, et je pense que je peux parler au nom de tous les acteurs", confie le manager breton Jean-Noël Spitzer.
Des ballons plus flottants
Car tous les rugbymen le savent : d’une marque à l’autre, un ballon ne réagit jamais pareil. Grip, rebond, trajectoire au pied, vitesse de rotation… chaque modèle possède ses particularités. Et n’importe quel joueur expérimenté du Top 14 à la R3 saurait vous distinguer immédiatement les différences entre un GILBERT et des marques moins installées dans le paysage mondial du XV.
Notamment au niveau de la manière de flotter de certains ballons, qui donnent des trajectoires moins “naturelles”, notamment dans le jeu au pied. Sensation que confirme l’ouvreur et buteur vannetais Maxime Lafage : “Il prend un peu les courants d’air.”
Des jambes de grive mais la frappe de Roberto Carlos : d’où Melvyn Jaminet puise-t-il cette puissance hors du commun ?Évidemment, ce sont les buteurs qui pourraient donc être les plus impactés par ce changement soudain. À ce niveau de compétition, la réussite se joue parfois à quelques centimètres ou à une sensation de contact légèrement différente. Position de la valve, rigidité de la gonfle, poids et forme du ballon : tout entre dans une mécanique répétée des milliers de fois à l’entraînement. Modifier cet élément à la veille des phases finales peut ainsi devenir un vrai facteur de perturbation mentale et technique.
Et le contexte rend ce détail encore plus explosif avec des demi-finales de ProD2 souvent verrouillées, tendues, disputées sous pression. Dans ces rencontres où l’écart est souvent aussi grand qu’Arthur Retière, un seul geste perturbé pourrait basculer une saison entière, si l’on grossit le trait.
6/7 pour le buteur aixois en barrage
Reste désormais à voir si cette "polémique" aura une véritable incidence sur le terrain. Le week-end dernier, cela n’a par exemple par empêche le jeune Manuel Vareiro de réaliser un beau 6/7 au pied, quand son seul échec survint sur une tentative depuis le bord de touche qui s’écrasa sur le poteau.
Tout en sachant que le moindre grain de sable ressenti lors de Vannes/Oyonnax ou Colomiers/Aix viendra alimenter encore davantage les critiques autour de ce ballon BeRugby imposé par la Ligue. Parce qu’on ne fait pas de l’ombre au “parrain” GILBERT comme cela…
Choix vraiment étonnant de la LNR.
Même à tout petit niveau tout le monde sait qu'un ballon ça change les habitudes de jeu pour tous. Alors au niveau pro c'est vraiment gros.
S'il y avait eu une consultation des joueurs encore ça passerait, mais franchement là c'est pas vraiment les respecter.
Au fait, fait divers, Laporte et Berugbe c'est une histoire d'amour.
C'est pas faux, l'impact d'un ballon différemment réalisé, avec un équilibre différent de celui dont se servent les joueurs d'habitude peuvent perturber les buteurs mais aussi le jeu à la main. Surtout s'il fait chaud ...
tous ceux qui tapent au pied, à savoir 9, 10 et 15 en grande partie, même si les buteurs sont souvent l'un de ces trois là...
et en effet, la différence de grip et de poids a également un impact sur le jeu à la main...
je trouve ça super nase que pour gagner quelques billes ils dénaturent le jeu en changeant de ballon...
Et les lanceurs en touche et receptionneurs qui captent à une main aussi, et les défenseurs pour lire les trajectoires, ...
En fait juste en changeant de modèle de balle, cela perturbe la confiance et l'expérience de joueur de chacun. Ce qui est plutôt couillon pour les matchs les plus visibles et où il y a le plus d'enjeux.
oui, j'avais englobé tout ça dans le jeu à la main, mais le talonneur aussi est pas mal impacté en effet.
mais quand même, je continue de penser que ceux qui tapent dedans sont le plus concernés dans le sens où quand tu fais une passe, si ça a un impact, ça en a beaucoup moins que quand tu cherches un 50-22.
le poids, l'élasticité, la flotaison, ce sont des paramètres essentiels quand tu joues au pied. et on sait comme la précision au pied peut changer un match de ce niveau.
De mon expérience, le lancer en touche est le geste le plus pointu du rugby actuel, c'est de l'horlogerie. Le tempo est obligatoire, et chaque paramètre ne doit pas être loupé (trajectoire, force, direction, hauteur,...). C'est tellement un exercice délicat qu'ils ont changé la règle pour qu'il y ait moins de coups de sifflets sur les lancers pas droit.
Par contre, c'est très vrai aussi que les buteurs sont très impactés par les changements de ballon, notamment car ça change potentiellement les repères de placement sur tee et pour traverser le ballon à la frappe. Ce qui est très perturbant mentalement pour les buteurs ; Et pour le pied courant aussi dans une moindre mesure.
(Au passage, il faut aussi avoir en tête qu'à même modèle de ballon les comportements peuvent être très différents d'un ballon à l'autre et qu'en plus c'est évolutif selon ce qu'à vécu le ballon)
je dis pas, mais la variation due au ballon est moins conséquente dans ce qui est comme tu dis de l'horlogerie. parce que c'est surtout l'aspect collectif de l'acte qui demande une telle précision.
et de ce que j'en pense, parce que moi, c'est plutôt le jeu au pied que je connais bien d'expérience, c'est moins contraignant dans l'exercice du but que dans le jeu courant.
quand tu butes, tu observes les éléments du moment, vent, humidité... tu cales tes réglages et tu te lances. le ballon est un réglage de plus à traiter. certes c'est nul de se le rajouter, mais ça s'arrête là.
dans le jeu courant, il y a toujours une part de momentané, dans la lecture, l'intuitif, l'improvisation c'est sur tout ça que tu poses ton coup de pied et la force de l'habitude en terme de contact, de toucher du ballon est encore plus ton pilier. certes il n'y a pas de points au bout, mais la démarche est plus complexe tant le contexte en lui même peut être variable.
Et pourtant, quand un club achète des ballons, 2 types de joueurs sont consultés et ont le dernier mot : les buteurs, et les talonneurs :)
oui ils ont leur mot à dire, encore heureux...
mais un talon ça lance combien de fois par match?
en général, le ratio entre touche et jeu au pied courant c'est 1 pour 2. sans compter tout ce qui est coup de pied arrêté.
et ça c'est sur un match classique, ça peut s'emballer.
par exemple la demie vannes oyonnax, c'est 12 pour 42 la moyenne des deux équipes soit 1 pour 3,5.
un talon lance en général entre 10 et 15 fois pour le titulaire.
à côté un demi de mêlée va faire une 30aine de passes au bas mot, on va dire un ratio de 2 ou 3 passes pour 1 touche.
pour en revenir à ce match, mickael ruru avec une très grosse possesion monte à 55 passes soit 4.5 fois plus de passes que de touches.
tout ça juste pour dire que ces ratios là, ce sont des moyennes mais qu'ils peuvent exploser dans certains matches.
je veux bien accorder au talon toute l'importance qu'il a au sein de l'équipe et c'est rien de le dire. j'ai un profond respect pour eux, ce qui ont joué avec moi le savent.
maintenant quand il s'agit de l'impact que peut avoir un changement de ballon, je t'assure que ceux qui tapent dedans, notamment la charnière, sont plus impactés que le talonneur. et là aussi, c'est rien de le dire.
Il n'y a qu'à voir l'importance du jeu au pied d'un Lucu, Dupont ou Jalibert pour abonder dans ton sens et demander au Leinster si le jeu au pied de Lucu leur a fait mal sur la finale! Pour avoir joué talon, je confirme que le lancer est plus une question de réglages (certes pointus) qui necessitent la précision de l'ensemble des participants (lanceur, lifters,sauteurs) beaucoup plus que l'implication du seul talon!
Ça m'étonnait aussi que Gilbert n'la ramène pas sur les ballons ...
😛
Je ne cherche pas le débat, c'était juste pour apporter un élément factuel au sujet. Quand je travaillais dans le milieu en tout cas c'était le cas, tant chez les pros que semi-pro.
Talonneurs et buteurs étaient les plus consultés sur les sujets de changement de balle. Ca a peut-être changé.
@balobal
Oh là là, moi non plus ! (je n'en ai pas les moyens, d'ailleurs...).
Mon commentaire était une simple vanne à l'attention de l'ami @gilbertgilles.
Mais c'est vrai qu'avec ton pseudo, il y aurait aussi pu avoir matière ... ;p
haha, oui bien sûr, aucun soucis, je répondais plutôt à un message du dessus qui ressemblait à une démonstration :)
Très bien vu le Gilbert, j'ai ri ! ;)