Amis du commun des mortels, vous êtes plutôt de la team mardi/jeudi ou mercredi/vendredi ? On ne cause évidemment pas de la fréquence à laquelle vous préparez les repas à la maison, mais plutôt de celle à laquelle vous vous entraînez, dans votre club amateur.
Car le rugby a cela de particulier que sauf cas exceptionnels, tous les clubs s’entraînent 2 fois par semaine, de la Régionale 3 à la Fédérale 2. Avec évidemment des niveaux de durée et d’intensité variables, entre la 6ème et la 10ème division française.
AMATEUR. ''Ça aime le rugby'' : Gaillac, ce vrai-faux Castres Olympique de la Fédérale 1Et puis, dès lors qu’on touche à la Fédérale 1 ou la Nationale 2, tout se professionnalise : on porte généralement à 3 le nombre de séances par semaine, voire 4 en Nationale 2, selon l’enjeu du week-end et la fraîcheur des troupes. Le truc, c’est que l'essentiel des joueurs ne vivent pas (que) de ça et qu’à côté, ils travaillent.
Pas tous "en planque à la mairie" ou en profitant de leur chômage d'anciens pros, comme la légende veut bien le raconter. Mais parfois durement, pour certains, entre jobs à responsabilités et/ou métiers physiques, qui déchargent grandement les batteries.
"Ça fait 1 an que je n’ai pas touché à la PlayStation."
Imaginez partir à 7h du matin de la piaule, passer la journée à couper du bois puis aller vous entraîner jusqu’à 20h ou 21h, 3 à 4 fois par semaine. Avant de se farcir des déplacements de 4, 5, parfois 6 heures de route, un week-end sur deux.
C’est désormais le cas de l’ancien 3ème ligne du RCT et du Stade Français Julien Ory, revenu aux sources en portant les couleurs de La Seyne aujourd’hui et qui a récemment monté sa société d’élagage, pour laquelle il ne compte plus ses heures. "C’est un nouveau rythme très soutenu auquel je dois m’habituer. Je me dis que je le fais pour moi mais heureusement que je suis une pile électrique car sinon, je ne tiendrai pas", nous expliquait-il en début de semaine, sur les coups de 21h30.
TOP 14. 27 ans, 53 matchs de Top 14 mais toujours chômeur : le drôle d’été de Julien OryPourquoi si tard ? Disons que l’homme aux 53 matchs de Top 14 doit combiner deux journées en une. "Toute la journée, c’est la course. Je pars tôt le matin, je dois gérer mes devis, les rendez-vous chez les clients, et, quand les chantiers sont finis, c’est direction le stade immédiatement. D’ailleurs, depuis que j’ai commencé mon activité, il n’est pas rare que j’arrive ric-rac pour la séance d’entraînement qui débute à 18h30."
Avant, quand je rentrais de l’entraînement vers 17h30, j’avais du temps à tuer et je jouais souvent à la PlayStation. Aujourd’hui, ça fait 1 an que je n’ai pas touché à une manette (rires).
"C’est plus dur de jouer en amateur qu’en pro."
D’autant que le forcené s’inflige aussi 2 à 3 séances de musculation en nocturne pour garder la forme et ses biceps façon King Size qui ont fait sa réputation. "C’est le minimum pour conserver de la force et de la masse. Car en Nationale 2, ce sont des hommes que nous avons en face. Il faut pouvoir se les coltiner tous les dimanches, après s’être tapé sa semaine de travail."
En pro, tout est facilité pour que tu ne sois concentré que sur ta performance du week-end. Quand tu arrives au club le matin, tes repas de la journée sont prêts, tes affaires de sport sont pliées, les kinés sont à ta disposition et tu n'as pas de soucis financiers… En amateur, tu dois te démerder tout seul, ou presque. Tout combiné, c’est impossible d’arriver à 100% pour jouer le week-end.
Le videur du Macumba, le salon de l’agriculture : les notes (saignantes) des Bleus face à l'ItalieUne nouvelle vie qui fait prendre conscience de plusieurs choses à ce passionné de chasse et de nature originaire du Brusc (83). "Déjà, ça fait relativiser sur l’importance du rugby. Aujourd’hui, si je me blesse le dimanche, personne n’ira faire les chantiers à ma place le lundi." Et tirer cette conclusion : "c’est plus dur de jouer en amateur qu’en pro."
La prime aux fédérales 2 et 3 ?
Et "Ju", 29 ans aujourd’hui, n’est pas un cas isolé à ce niveau-là. Dans l’élite du rugby amateur, nombreux sont les joueurs qui finissent sur les rotules, une fois la journée terminée. Entre travail, entraînement, musculation et longs déplacements le week-end, on vous garantit que la majeure partie de ces athlètes de l’ombre ne sont pas à 35h par semaine.
"On ne va pas se plaindre car ça reste notre passion et qu’on est aussi payés pour ça. Mais, à vrai dire, on a tous les inconvénients du rugbyman pro, sans les avantages", nous résumait un jour l’ancien 3ème ligne de Cognac et du RC Nîmes (Nat 2) Lucas Gulizzi. Qui a d’ailleurs aujourd’hui décidé de quitter cette vie-là pour partir s’installer en Suisse et jouer à un niveau moindre, à 27 ans.
Idem pour le pilier droit de l’US Seynoise Marvyn Maréval, qui n’exerce pas le job le moins énergivore, la semaine. Ce solide (1m86 pour 129kg) chaudronnier/soudeur passe en effet une grosse partie de sa sainte journée debout, à déplacer des charges lourdes, souder et assembler les métaux, sans compter les bornes effectuées en chaussure de sécurité dans l’atelier, comme sur les chantiers.
C’est vrai que certains peuvent parfois penser que je suis nonchalant, voire flemmard à l’entraînement. La réalité, c’est que je suis exténué après le boulot. Je me suis d’ailleurs blessé en début de saison en portant une lourde charge à cause de laquelle je me suis embronché dans les escaliers. Résultat, arrachement osseux et plusieurs semaines loin des terrains. (...) S’entraîner avec un certain niveau de performance en Nationale 2, après une journée de soudure, c’est vrai que ça n’est pas facile. Mais c’est la passion de ce sport et l’envie d’aller le plus loin possible qui nous tient…
VIDEO. AMATEUR. Ce pilier de 130kg décroche la caravane et inscrit l'essai que tous les gros ont rêvé de marquerUne situation que connaisse également une multitude d’autres joueurs d’Auch, Tyrosse, Gaillac, Drancy, Rumilly, St-Jean-Royans et de ces divisions "bâtardes" où les joueurs touchent une enveloppe non-négligeable à la fin du mois, sans être professionnels pour autant. Une limite qui entraîne souvent des arrêts avant la trentaine à ces niveaux-là.
AMATEUR. Croissance à 2 chiffres : Dans l'ombre du tout-puissant football, comment se développe le rugby en Corse ?À laquelle de plus en plus de talents de niveau Nationale décident de parer en allant se vendre aux échelons inférieurs de la Fédérale, qui leur assurent parfois de (très) beaux fixes ou primes de matchs, sans trop se fouler non plus. Mais c’est un autre sujet…
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