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AMATEUR. Champion de France après 400 matchs, l'OVNI Benji Roquebert raccroche l'esprit tranquille

Le rugby amateur salue son plus grand étendard, Benjamin Roquebert, 3/4 centre et légende vivante de l'US St Sulpice.

Theo Fondacci 16/06/2026 à 18h55
Après plus de 400 matchs et 20 chez les séniors de st-Sul, Roquebert raccroche sur un titre de champion de France de Fédérale 1.Photo : USSS
Après plus de 400 matchs et 20 chez les séniors de st-Sul, Roquebert raccroche sur un titre de champion de France de Fédérale 1.Photo : USSS

"Je me donne encore deux ans. Après, il est probable que j’arrête", déclarait-il pour nos confrères de VICE il y a près de 10 ans. Dimanche dernier, Benjamin Roquebert, 38 piges désormais, était pourtant bien sur le pré du stade Antoine Béguère de Lourdes pour y disputer la finale du championnat de France de Fédérale 1.

"Cette saison, le lundi matin, c’était quasiment impossible pour moi de me lever. J’avais mal partout et je me disais que j’étais un fou-furieux à continuer de jouer comme ça, sous infiltration, avec mon genou rongé jusqu’à l’os et mes muscles qui ont fini par fondre au soleil."

Le graal du rugby amateur, on ne peut mieux représenté par cette affiche so "rugby de clocheré entre St-Sulpice-sur-Lèze et Peyrehorade, 2 patelins qui cumulent à eux deux tout juste 6000 habitants. Qui ont pourtant su coiffer les ogres de Floirac, d’Annonay ou de Tours, et de toutes ces formations aux budgets drastiquement supérieurs au leur, lors des tours précédents.

"C’était l’année où jamais pour que j’y participe", plaisante celui qui vient (normalement) de jouer le dernier match de sa carrière, après 20 saisons de bons et loyaux service en équipe première de l’USSS. "Pourtant, on n’a eu qu’une recrue et demi cette année, mais les planètes se sont alignées. On a peut-être appris des échecs en quart de finale lors des 3 dernières saisons et dimanche, ça nous a sourit. Ce fut dur, mais qu’est ce que c’est bon…"

À 40 dans les cuisines du club

C’est avec une voix enrouée que nous répondait donc "Benji" ce mardi midi, après presque 24h de bringue en continu suite à la victoire 24 à 18 face aux Landais. Mais toujours avec la même bonhommie : "Ce titre récompense le travail accompli depuis des années avec nos petits moyens et l’état d’esprit exceptionnel qui existe dans ce club. Ça fait rayonner nos campagnes et notre vallée. Alors, on a fêté ça comme il se doit."

Et en 3ème-temps, autant vous dire que St-Sul et Roquebert sont labellisés. "Tu sais, chez nous, le rugby commence par les moments partagés à table. C’est notre socle. Alors, en rentrant au stade dimanche soir après la finale, on s’est enfermés dans les cuisines du club à une quarantaine de mecs, pour chanter à en perdre la voix, lever le coude et verser quelques larmes, entre nous."

Ce titre glané face à une équipe qui leur ressemble à l’issue d’une "fête du rugby exceptionnelle" restera donc gravé dans le marbre de la vallée de la Lèze. Parce qu’il s’agit du premier bouclier majeur de l’histoire du club centenaire au triple S, bien sûr, mais aussi car il scelle la carrière de l’idole du village. "Je vis les plus beaux moments de ma vie juste derrière la naissance de mon fils, alors je sais qu’il faut que j’en profite, même si j’ai du mal à réaliser."

Tantôt Bastareaud, Tantôt Giteau

L’histoire d’amour entre ce joueur connu aux 4 coins du rugby hexagonal et le stade Gaston-Sauret a en effet débuté il y a fort fort lointain, au tout début des années 2000. "J'ai commencé à 12 ans à Saint-Sulpice et je vais mourir ici", symbolise le colosse avec son sens de la formule.

S’il dit s’être aguerri avec le temps et les matchs en équipe première dès sa majorité, le gonze a pourtant toujours été au-dessus du lot. Ou du moins en marge de ses coéquipiers. "Je suis passé au centre en séniors parce que je butais. Et des deux pieds, s’il-vous-plaît."

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C’est à dire qu’en dépit de sa carcasse (1m84 pour 118kg) d’un pilier gauche explosif de Top 14, cet ancien numéro 8 a toujours eu l’apanage d’un 3/4 de talent. Un pied droit de 65 mètres, donc, mais aussi une passe ciselée des deux côtés et une vista intacte, le tout monté sur deux énormes barriques et une force d’arrachage à faire pâlir un power-lifteur. De quoi lui conférer une palette large comme un king-size et une capacité à jouer aussi bien comme Bastareaud que comme Giteau, en fonction de ce que le jeu demande.

"Des joueurs comme lui, je n’en ai jamais croisé aucun autre en Fédérale ou en Nationale", nous confirmait il y a quelque temps l’ancien président de Lannemezan Lionel Bégué. "S’il l’avait voulu, il aurait fait une carrière professionnelle à en rhabiller certains."

La vie à laquelle aurait pu aspirer en ProD2 ou en Top 14 ? Les multiples propositions émanants de clubs majeurs de la scène nationale ? Benji s’en moque, heureux comme un pape et pas peu fier de n’avoir jamais quitté ses plaines fétiches de Haute-Garonne. "A 20 ans, je suis parti à Colomiers. Je n’ai tenu que trois mois. Je ne m’y retrouvais pas. La muscu, tout ça, ce n’est pas mon truc."

Vous vous en doutez, ce n’est donc pas à Basic-Fit que le gazier s’est construit cette carcasse capable de résister aux vents et aux marées. Mais plutôt grâce à un bel héritage génétique, aux marches à travers les collines et à un travail de sape à la ferme familiale, où il bosse toujours. Un Clark Kent du Sud-Ouest, finalement, les abdos en moins.

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"Pour moi, le rugby, c’est deux entraînements de 1h45 par semaine avec les copains, le dîner du jeudi soir au club house, le match du week-end et nos bringues de déglingos ensuite. A Saint-Sulpice, on a toujours fonctionné comme ça et ça nous réussit. Nos qualités font aussi nos défauts, mais je crois que c’est pour ça qu’on nous aime. J’espère que ça continuera de tenir longtemps comme ça, avec ou sans moi."

Pour l’heure, les champions de France de Fédérale 1 s’envoleront ce mercredi pour 5 jours de célébrations sur l’île de Chypre. Avant de "faire tourner le bouclier sur toutes les fêtes du coin cet été pour faire profiter un maximum les gens qui nous soutiennent et les amoureux du rugby du dimanche à 15h."

Entre deux journées de moisson que commenceront son père Jean-Paul et son frère Jérémie dès cette fin de semaine. En attendant le renfort des 115kg plombes de Benji, dont on ne refuse jamais le coup de main. Sur comme en dehors des terrains…

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