Vietnam, Chine, Inde... et ballon ovale : Jean-Arthur nous raconte sa formidable aventure
Jean-Arthur découvre le rugby indien.

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Le Rugbynistère des Affaires Etrangères est de retour avec Jean-Arthur, qui nous donne envie de voyager.

Jean-Arthur a 23 ans. Encore étudiant en école de commerce, il est en césure à l'étranger (Vietnam, Chine et Inde) depuis janvier 2016. Tombé dans le rugby le jour où Vincent Clerc fit taire l'Irlande à Croke Park, ce centre/arrière taquine l'ovale depuis 10 ans. Il débute au HAC Rugby, club doyen et à qui la France doit David Auradou, et en portera les couleurs jusqu'en Juniors et avec la réserve Honneur. Parti deux ans en Prépa à Nantes, il n'abandonne pas le rugby, et s'occupe - une fois en école - de l'équipe des Wallabinchs, "plus préoccupée par la 3ème mi-temps que par les deux précédentes." Il nous raconte sa belle aventure asiatique, où l'ovale n'est jamais loin.

Salut Jean-Arthur ! Comment t'es-tu retrouvé au Vietnam ? 

J'ai la chance d'être dans une école qui permet de se libérer 20 mois d'affilée de stages, si possible à l'étranger. J'ai réussi à trouver une boite partante pour me prendre sur cette durée, et ça a commencé par un an à Saigon au Vietnam. C'est d'ailleurs grâce à un de vos articles sur les FABs (French Asian Barbarians) que j'ai pu contacter Antoine Goupille, actuel président des Saigon Geckos, le club de la ville.

Rugby : Entre tournoi de 10's et 3e mi-temps, partez à la découverte des French Asian BarbariansLà bas, ça a été une re-découverte du rugby. On s'entraîne avec un nombre de nationalités incroyable : Anglo-saxons, ANZACS, Japonais, Vietnamiens, Italiens, Russes et bien sur Français, ça apporte vraiment un plus au groupe et au jeu. Les Australiens et NZ prennent très vite les choses en mains à l'entrainement et on comprend rapidement pourquoi ils sont au-dessus. Clairement en France, on apprend à péter l'adversaire, eux c'est bien plus dans l'évitement, les lignes de courses etc.. J'ai été surpris de voir que le rugby en Asie du Sud-Est est super dynamique, chaque grande ville a son tournoi de 10s avec un bon niveau et tout le folklore à l'anglo-saxonne qui va autour.

Avec les Geckos on a participé à pas mal de tournois comme le Bangkok 10s , le Phnom-Penh 10s, l'Indochine Cup, le Saigon 10s (incontournable) ou encore les "derbys" contre Hanoi (l'autre équipe du Vietnam).

Tu as aussi découvert un côté très festif lors des déplacements.

Ici, on ne parle pas de déplacements mais de "tour" et c'est codifié à la British, avec polo/t-shirt/tenues de tournée, Virgin on Tour, règlement intérieur, fine session etc... Et tout ça, ça donne des 3èmes mi-temps hallucinantes. Forcément, quand tu laches une bande de 20 joueurs parmi 300 autres rugbymen dans une ville comme Bangkok tu les retrouves pas sur le parvis de l'église.

Ensuite, c'est au tour de la Chine, et de l'Inde ! Pourquoi là-bas ? 

Au cours de mes stages consécutifs dans cette même boite, j'ai souhaité changer de poste et il s'est trouvé qu'on avait besoin de moi en Inde, j'ai dit banco. Entre-temps, j'ai fait un cours passage de deux mois à Shanghai pour être formé. J'ai pu jouer rapidement avec le Shanghai RFC où le niveau est très solide avec un entraineur hong-kongais vraiment dingue. Puis j'ai posé mes valises en Inde. Ma boite étant dans l'IT, je suis donc à Bangalore, la "silicon Valley" indienne. Après le Vietnam, l'adaptation s'est plutôt bien faite même si les cachets d'Imodium ont au début facilité le transit (confessions...)

Comment as-tu trouvé un club de rugby là-bas ?

Trouver un club ici, ça a clairement été plus difficile. Mais vu que je ne comptais pas me mettre au cricket, j'ai persévéré et trouvé un entrainement de Touch tous les dimanches. C'est familial, mais ça permet de toucher le ballon et de courir un peu. C'est ainsi que j'ai croisé 5-6 Indiens qui ont monté ici une équipe avec que des locaux appelée Racing Bengaluru - d'ailleurs notre emblème c'est aussi un éléphant avec un casque... comme Mahout, du coup si il reste un peu de budget à Jacky on est chaud pour un partenariat. On essaie de s'entrainer une fois/semaine mais c'est compliqué avec les distances et les disponibilités des terrains. Quant aux matchs, les tournois de 7s vont arriver quand la mousson rafraîchira l'atmosphère. Niveau XV, il n'y a qu'un seul championnat entre une dizaine d'équipes à Calcutta, on va essayer de se greffer dessus. Mais on joue quand même hein ! Le week-end dernier, on est allés à Goa affronter le Hong-Kong FC (Natixis Cup tout ça tout ça), défaite 46 à 57, gros match et grande bringue derrière.

Un mot sur la situation du rugby en Inde ? 

Alors, il faut savoir que le ballon ovale est arrivé en Inde bien avant la France. Avec toutes les concessions et colonies, les British ont rapidement importé le rugby ici. D'ailleurs, chaque année, une bande d'Ecossais et d'Anglais se disputaient la suprématie lors d'une partie sur le terrain du Royal Cricket Club de Calcutta. Il y a avait dans ce club un bar qui servait gratuitement en alcool tous les joueurs. Quand ce privilège a été aboli dans les années 1870, les joueurs ont décidé de fondre tous les morceaux en argent et les roupies du bar pour créer la Calcutta Cup.

Aujourd'hui les Indiens n'ont malheureusement gardé que le cricket... L'Inde, c'est le pays avec le plus faible ratio olympique, alors niveau infrastructure rugby, c'est plutôt sommaire : terrain de foot bien sec avec deux bouts de bois en haut des cages. Quant au niveau, le rugby indien ne réussira que par le 7s. Ils ont des joueurs de poches, affutés, avec une bonne technique et des cannes de feu mais un gros déficit de gabarit et de structure. A XV, le championnat n'existe qu'à Calcutta où deux ONG (Khelo Rugby et Future Hope) font un super job pour tirer les jeunes des bidonvilles et leur donner la joie du jeu. Deux ONGs que Djibril Camara connait bien puisqu'il y a fait un tour à l'époque Cheika.

INDE. L'aventure extraordinaire d'un jeune Français, de la création d'un club de rugby à l'aide aux enfants défavorisés J'ai aussi été surpris de voir qu'en Inde, 95% des joueurs sont vraiment des locaux et ça prouve à quel point le rugby ici vit grâce à des passionnés. Petite anecdote : lors du match à Goa, des joueurs venant de Calcutta ont fait 38h de train pour venir jouer 80 minutes... Et c'était juste le billet aller. Avec ce genre de mecs, tout espoir est permis pour le rugby indien !

J'imagine que tu as de belles anecdotes sur ton aventure asiatique.. C'est le moment de se lâcher !

Oui oui oui, il y a de sacrées belles histoire qui s'écrivent quand on part en tournée. Je me souviens d'une ou deux virées au Cambodge assez sympas. La première anecdote, c'etait lors du Cambodia 10s, on fait la bringue une bonne partie de la nuit, on recupère des joueurs presque à poil sur la route du stade et en arrivant, on découvre que le terrain ressemble plus à une rizière qu'autre chose. Pour l'occasion, je jouais 9 pour la première fois. Avec un ballon injouable, un maillot qui pesait 5 kilos, les yeux floues par la boue et pas foutu de discerner les couleurs des équipes, tout ca en jouant encore imbibé par 30 degrés, ce fut un grand moment de détresse... Heureusement que les Tigers (bières locales) coulaient à flots pour nous débarbouiller.

L'autre grand moment qui me revient, c'est lors de ma premiere tournée avec l'équipe, toujours à Phnom Penh décidément: Une fois passé la frontière, tu es officiellement le bizuth du Tour et baptisé par des traditions séculaires, ce fut un trajet en bus et un week-end incroyable. Par chance ou malchance, des amis a moi ont profité du bus pour continuer leur roadtrip au Cambodge, et se sont retrouves baptisés par toute l'équipe au passage. Des super souvenirs ! Si je peux donner un conseil à des équipes en France qui aimerait faire une tournée à l'étranger, venez en Asie du Sud-Est. C'est clair qu'il faut le budget, mais personne ne le regrettera. L'ambiance, c'est exactement ce qu'on peut attendre d'une 3ème mi-temps, le niveau est plus que correct et le dépaysement garanti.

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