Ecrit par vous !
Moi, joueur de soule de l'an de Grâce 1318, j'étais à MHR Stade Toulousain !
Tolosa se fait estriller sans point se faire occire ! Puah, quelle couardise !
Moi, joueur de soule du 14ème siècle, me voici toujours coincé dans votre époque, face à votre Rugby. J'ai assisté à Montpellier - Toulouse. Voici mon histoire.

[Point vocabulaire du moyen-âge en fin d'article pour vous-autres, damoiseaux des temps modernes qui lisez mon récit]

"Rugby" ?! Je puis vous dire que votre jeu pour donzelles m'a fort intrigué. J’ai décidé par une heureuse rencontre d’y esgarder de plus prés.

À la suite de cette journée aussi lontine que pénible, j’suis allé à la brune1 quelques fois et quelques jours ! Même pas l’temps de déperdre2 c’que j’avais vu que vot’ Rugby, il commençait derechef3, en plus un sabbatum4 ! Quelques godets avec un tavernier fol dingo, Robert, et me voilà invité sans respit5 à aller assister aux jeux de Montpellier les opposant aux guerriers de Tolosa.

Nous arrivâmes dans l’antre des chevaliers toute de fer forgé, encore une invention de ces Romains ! Point le temps de trouiller6, voilà qu’un sorcier tout de noir vêtu me boute7 et s'exclame : “Monsieur, sécurité, veuillez enlever votre épée !”.

"Mon camarade ! Même dans les plus anciennes bordeleries des Pyrénées ma mérovingienne ne me quitte point !".

Robert m’adolcie avant que je ne pourfende8 ce vilain en autant de morceaux qu’un gigot un soir de ripaille à la table de Monseigneur.

Nous voici passés dans l'arène !

Ces satanistes arborent les affublements9 des défunts de la semaine passée, et chantent des “Allez Allez Montpellier” à tout coup sûr ecrit par un barde frémissant. Me voilà le culle10 posé sur des sièges aussi durs et froids qu’chez moi, les paumes pleines de la gourdasse dégoulinante de cervoise. Raah mon esprit est enfin préparé à subir votre berèle11 qu’est le Rugby. J'enquerre à Robert de savoir si Agelmaar le Normand joue encore. “Non ! Mais on a Guitoune ! Et c’est tout comme !”. Ainsi soit-il.

Je découvre un pré aussi vert et odorant que les dents de cette bonne vieille Cunégonde, la fille du tamelier. Robert m’expliqua qu’il était interdit par le jeu de traverser ces longues lignes blanches sur le pré, “Et moi ! Qui m’arretera si je les passe !”. Je me rassis sans ma douce excalibur. Quelques breuvages plus tard, voici que le cheval blanc d’Henry IV m’apparait devant moi, me rappelant de nouveau la visite d'une autre époque, affublé de la tunique Montpelliéraine. "Sacrée cervoise que vous avez-là !". Et le voilà suivi d'un loup-garou affublé d’une tunique adverse, cette fois-ci, ce n’est pas le breuvage et que trépasse si je faiblis12, il ne trouillera point mes chalants13 ! “Arrête Lancelot, c’est Ovalion ! La Mascotte du Stade Toulousain”.

Las je suis de vos coutumes. 

Que les jeux de "Rugby" commencent !

MORBLEU ! Une grande boîte avec des gens qui jactent ! Comme un tableau de ce défunt Cimabue14 mais bien mieux joli ! “C’est l’écran géant Lancelot, t’inquiète pas”, me dit Robert,

Voilà qu'ils annoncent la composition des équipes.

Des gogo… des gogo… DES GODONS15 ! Rahh ! On jette des Godons en pâture aux lions ! Vot’ Rugby me plait bien Robert ! Dans une autre époque ils ont cramé la Jeanne les puterelles !

La haie16 commence et voilà que tous les bons gaultiers17 s’élancent sans traitrise. Cette vessie qui passe de palme en palme pour aller d'l'avant. Ces encontriements18 de jouvencelle à s'attraper les gambettes que vous appelez "plaquages". Ce damelot19 plus proche de la cour que de la faide20, vot’ “numéro 10” frappant à toute vergogne dès que la vessie lui frôle les paumes. Ce lacrimable21 chevalier que vous appelez “entraineur”, et qui s’empresse de jacter pour un sou sans même daigner venir en aide. Ces accoutrements dont même la mère de La Bath ne donnerait le sou. Ce troubadour en vert à qui vous aimez tant porter courroux mais devant qui vous courbez l'échine pour prouver votre respect dès qu’il anele22 dans sa guimbarde. Pas un gueux qui trépasse d’une malemort23 sur votre herbe digne du Roy magré le score ! C’est c’la vot’ Rugby ?

Le jeu fini, mon balluchon à la main, écuyer féal Robert de l’autre, je m’en allais mirer si vous n'aviez pas tout morti24 de ce que je chéris le plus : la souvenance de ma bonne vieille soule et des valeurs d'antan me revint prestement...

Ah ma douce mie...

BONNE FORTUNE ! Au sortir, me voilà épris. Coeur battant et menton frétillant. Non pas de vot’ Rugby, mais de cette gentedame avec qui j'échange un sourire. Je n'en peux ni ho ni jo25, mon coeur me pousse à la courtiser, mes yeux m’en empêchent et Robert m'interrompt prestement : "N'y va pas mon ami, nombreux sont ceux qui se sont cassés les dents". Serait-ce votre excalibur qu'une jeune damoiselle ? Que nenni, et la cervoise en a décidé autrement. Me voilà face à elle et de ma bouche en sortit du miel :

Si ma dame veut bien son amour donner, Je suis prêt à le prendre et à rendre grâce, et à le cacher et à le clamer, et pour son plaisir, dire et faire, et ce qui a tant de prix le chérir, et pour sa louange m'élancer...26

D’une risette sa réponse, je me permis de lui enquerrer27 son prénom : “Moi ? C’est Isabelle, Isabelle Ithurburu”. Je reviendrai quérir l'acquiscement de la courtiser, je le créant28


Point Vocabulaire du Moyen-Âge

  • 1 : Aller à la Brune = sortir pendant la nuit
  • 2 : Déperdre = oublier
  • 3 : Derechef = immédiatement, à nouveau
  • 4 : Sabbatum = samedi
  • 5 : Sans respit = sur-le-champ
  • 6 : Trouiller = avoir peur
  • 7 : Bouter = pousser, jeter
  • 8 : Pourfendre = traverser de sa lame
  • 9 : Affublement = vêtement
  • 10 : Culle = derrière, fessier
  • 11 : Berèle = jeu, en particulier amoureux
  • 12 : Que trépasse si je faiblis : je lutterai jusqu'à la mort
  • 13 : Chalants : amis, connaissances
  • 14 : Cenni di Pepo dit "Cimabue" = peintre italien majeur, l'une des plus grandes figures de la pré-Renaissance
  • 15 : Godon = Anglais
  • 16 : La haie = chasse aux bêtes, fauves
  • 17 : Bon Gaultier = joyeux luron
  • 18 : Encontriement = contact, rencontre
  • 19 : Damelot = jeune homme de noble origine
  • 20 : Faide = Système de vengeance opposant deux familles ennemies, pouvant aller jusqu'au meurtre Si par exemple, un homme libre avait offensé la famille d'un autre et qu'il en était jugé coupable par les tribunaux, la famille lésée possédait un droit de faide sur la première. Concrètement, un meurtre pouvait en entraîner un autre (pas forcément celui du meurtrier lui-même : tout membre de son groupe familial pouvait être visé)
  • 21 : Lacrimable = déplorable
  • 22 : Aneler = souffler, pousser son haleine
  • 23 : Malemort = mort tragique
  • 24 : Mortir = tuer
  • 25 : N'en pouvoir ni ho ni jo = ne rien pouvoir y faire
  • 26 : Tiré d'un poème de Guillaume de Poitiers, duc d'Aquitaine (1100-1124)
  • 27 : Enquerrer : demander
  • 28 : Je te créant = je te donne ma parole

Merci à Oussama Boukercha pour cet article ! Vous pouvez vous aussi nous soumettre des textes, pour ce faire, contactez-nous !

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