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A l'Est, du nouveau, l'aventure rugby d'un Français dans les Balkans et en Pologne.
J'ai connu une Polonaise qui cassait du rugbyman au petit-déjeuner.

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Rencontre avec Jean-Baptiste, un jeune Picard qui nous raconte ses expériences au Kosovo, en Serbie et en Pologne. Encore plus fort, il épelle Radosavljević du premier coup.

Le rugby m'a saisi assez tôt. C'était le collectif qui m'attirait avant tout et je devais peut-être un peu m'ennuyer dans ma région. Bon après, la Picardie, c'est sûr que ce n'est pas une terre de rugby moderne. Même si l'ancêtre du rugby, la chôle (soule), est un sport bien picard à l'origine ! Bref, j'ai quand même mis pas mal de temps à choisir ce sport. Entre mes 6 et 9 ans, j'ai alterné entre le football, le tir à l'arc, le hockey et le handball. La bougeotte. Finalement, je suis resté au rugby dès 9 ans en rejoignant le Rugby Club Compiègne. En poussin ou benjamin, c'était un peu l'anarchie sur le terrain, mais tu pouvais tout simplement courir et te dépenser.

Mon plus grand souvenir, c'est celui qui a marqué toute une génération, la demi-finale France/All-Blacks en 1999. C'était un dimanche, car toute la famille était réunie pour une après-midi « jeu de société ». Au début, j'étais le seul à regarder, selon mon père, c'était foutu d'avance. Puis progressivement, toute la tribu est arrivée devant le poste pour vibrer devant cet exploit. Quelle équipe, ce XV était totalement fou. Et puis bon, les années sont passées, entre les joies des titres et les grosses défaites, le rugby suivait son chemin dans ma vie de lycéen et d'étudiant. Le gros changement, ça restera le début de ma carrière professionnelle. J'ai dû bouger à Pristina au Kosovo en 2011. Ma première semaine là-bas c'était un week-end de coupe d'Europe de rugby (H-Cup à l'époque). Dès le commencement, j'ai pu rencontrer au détour d'une pinte dans un pub irlandais d'autres passionnés qui venaient juste de mettre en place un superbe projet.

Il n'y avait aucun club de rugby au Kosovo, et nous pouvions appliquer l'exemple sud-africain et irlandais où ce sport a été facteur de réconciliation (Note de la Rédaction : le Kosovo est un pays indépendant de la Serbie depuis 2008, qui ne le reconnaît pas officiellement, dont la population est à majorité albanaise depuis le gouvernement socialiste de Tito. Je félicite personnellement les piliers qui auront lu et compris cet aparté !). Ce n'était pas simple. Dans un premier temps, tu dois déjà surmonter l'animosité ambiante que tu peux avoir entre les deux communautés que nous ciblions, les Albanais et Serbes du Kosovo. Et puis, tu dois aussi te montrer patient, car si tu veux mettre quelque chose en place dans ce pays, c'est possible. Mais bon, l'administration n'est pas forcement la plus efficace qui soit...

Nous avons instauré une association qui avait pour but de promouvoir le rugby, les Kosovo Roosters, avec un noyau initial qui était majoritairement composé d'Albanais. Au final, nous sommes arrivés à cinq clubs incluant quasiment toutes les communautés du pays. C'était superbe. Nous avons directement eu le soutien de l'ambassade de France à l'époque. Le projet était très chronophage, car il fallait partir de zéro. À la fois sur le plan sportif, mais aussi administratif et organisationnel. Tu devais trouver un terrain pour les clubs, te faire connaitre au niveau national, avoir déjà des démarches avec le World Rugby (IRB à l'époque) pour voir comment pouvait se réaliser la reconnaissance du XV du Kosovo. Nous avions réellement ce double objectif : réconciliation et la création d'une véritable fédération.

Au niveau sportif, les personnes qui venaient en voulaient vraiment, tous motivés et c'était plaisant à voir. Hommes et femmes étaient les bienvenus, notre volonté était de ne faire aucune discrimination. Dans les Balkans, nous avons pu jouer contre des clubs au Monténégro et en Albanie. D'ailleurs, je dis souvent que j'ai été international non-officiel de rugby, nous avions réalisé des sélections au niveau de nos équipes pour affronter les clubs étrangers, et j'ai officieusement trois capes internationales (rires). Grâce au soutien de l'ONG Sport sans Frontière, nous avons pu avoir une session d'entrainement avec Pierre Rabadan (qui était au Stade français à l'époque) et l'actuel président de Provale, Robin Tchale-Watchou (USAP à l'époque). Quand j'ai vu Robin arriver, j'ai totalement halluciné sur la taille de ses cuisses, tu pouvais en prendre juste une et elle était déjà plus large que mon buste.


>> Découvrez la suite de l'aventure de Jean-Baptiste, p. 2 <<

Après, j'ai dû partir du Kosovo pour le boulot. C'était très particulier de quitter cette aventure. Ce projet est par nature hyper motivant, mais il a quand même du mal à s'implanter durablement dans le pays. Vu que tu es au commencement, il faut tout construire, ça reste très lié à la volonté et à l'ambition des acteurs qui animent et incarnent le projet. Tu n'as pas le temps d'élaborer des structures permanentes pour que ce soit fonctionnel. Depuis lors, l'aventure connait des hauts et des bas selon les personnes qui gèrent les Kosovo Roosters.

Restant dans les Balkans, j'ai posé mes bagages du côté de Belgrade en Serbie. Ici, j'ai joué une année avec le fameux Partizan Rugby Club, le club le plus titré de Serbie et ultra dominateur pendant l'époque yougoslave. En Serbie, c'est plus le XIII et le VII qui ont la côte. L'équipe du XIII est surprenante. Elle est actuellement 12e au niveau mondial devant l'Italie, l'Espagne ou le Canada. Quand tu t'y connais un peu en XIII et vu les moyens des Serbes, ça reste impressionnant. Je n'ai pas pu jouer directement en Serbie. J'ai dû attendre plus d'un mois pour avoir la fameuse « clearance » de la FFR… En gros, si tu veux t'inscrire dans une autre fédération nationale que celle dont tu viens, tu dois avoir une attestation affirmant que tu n'es plus affilié à ton club d'origine. Ça peut aller très vite, ou ça peut prendre du temps… Je m'occupais de l'eau et des oranges lors des premières semaines en regardant les autres jouer…

Au niveau sportif, c'était intense. Les Serbes misent beaucoup sur le physique. Centre de formation, je suis progressivement passé de troisième ligne au Kosovo (fallait bien remplir les trous) à ailier à Belgrade. Je ne calcule plus le nombre de marrons et crampons dans les rucks ou autres regroupements. Lors d'un match, un gars m'avait marché sur le visage avec des chaussures en fer pendant un ruck, l'arbitre avait assisté à la scène et était juste devant nous. Je me relève, en sang, et je fais signe à l'arbitre en montrant ma tête, le gars m'a simplement répondu : « Vous êtes en Serbie, on joue différemment »… Autre pays, autres mœurs dira-t-on.

Même en rugby, il y avait cette fameuse rivalité que tu as au football entre l'Étoile Rouge de Belgrade et le Partizan. Autant les autres matchs tu pouvais passer à côté sans que l'entraineur ne soit trop regardant, mais celui-là, il ne fallait pas te louper ! C'était une saison assez particulière. Nous avons dû faire un match de barrage pour ne pas descendre de la première division et à la fin de l'année, nous remportions la coupe nationale de rugby de Serbie (NdlR : la première division serbe ne comporte que 3 clubs, il est donc plutôt facile de passer de « reléguable » à « champion » en une saison.). Un vrai plaisir. Ce n'était pas facile au début, car à la différence des Kosovo Roosters où nous communiquions en anglais, ici c'était en serbe. Alors pour les combinaisons et lancements de jeu, c'était galère au début. Mais une superbe aventure humaine, une fois de plus.

Et puis, j'ai dû encore bouger, en Pologne cette fois. Mon expérience là-bas tourna assez court, trois entrainements, car le club était vraiment beaucoup trop loin de là où je vivais. Je mettais deux heures aller/retour et mon emploi du temps ne me le permettait pas. Par contre, j'ai essayé de promouvoir le rugby auprès de mes collègues en organisant des rencontres de « touch ». C'était nécessaire de le vendre comme cela, les gens peuvent penser que ce sport est uniquement dans le contact et que tu n'as aucune autre alternative. Certes, à la différence du football tu ne peux pas jouer où tu veux, mais tu as tellement de possibilité de pouvoir courir avec la balle, le touch en fait partie.

Désormais, c'est Bruxelles depuis quelques semaines… Et je dois encore attendre cette fameuse « clearance » pour pouvoir jouer les matchs le dimanche ! Mon premier entrainement m'a remis dans le bain. Après ne pas avoir touché le cuir pendant quasiment une année, j'arrive avec une session spéciale plaquages vu que l'équipe s'était trouée lors du dernier match… Pendant une semaine j'ai eu une démarche de zombie… Au niveau du XV de France, j'ai supporté les Bleus en essayant d'être positif. Cela ne sert à rien de se morfondre, nous avons beaucoup de talents même si nous avons pris du retard. A l'étranger, beaucoup se souviennent des fulgurances des Bleus lors des années 90 ou 2000. L'équipe était fortement appréciée à l'époque par les amateurs de rugby. Il est vrai que c'est assez frustrant ces derniers mois, voire années, autant au niveau international que national (NdlR : Jean-Baptiste est supporter du Stade Toulousain…) et j'ai même mes moments d'énervements (les récents matchs de Toulouse en Coupe d'Europe), mais ce sport me fera toujours rêver, comme lorsque j'ai commencé. Dans toutes mes aventures rugbystiques, et j'espère encore en vivre beaucoup, j'ai toujours essayé de m'intégrer dans de nouvelles cultures, mais en partageant cet amour du rugby. Peu importe la langue, le pays, tu vis cela à fond, tu découvres et partages. C'est tout.

Yann Béli
Yann Béli
Cet article est rédigé par Yann Béli, un grand merci pour sa contribution ! Vous pouvez proposer des textes de deux manières :
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  • sha1966
    63894 points
  • il y a 5 ans

merci encore une fois de nous faire partager un moment de vie autour du rugby !!!!!

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