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France Féminines - Manon André : « Le rugby ne peut être que bénéfique pour les filles »
Retour aux affaires pour Manon André.

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Découvrez l'interview de Manon André, 3ème-ligne de Blagnac St-Orens et de l'équipe de France de rugby, qui nous parle notamment de son association.
Seuls les initiés connaissent cette internationale qui n'a pourtant rien à envier à Yannick Nyanga. Plus de 40 caps en équipe de France, des larmes coulant sur ses joues lors de la Marseillaise et une fâcheuse tendance à découper ce qui ressemble de près ou de loin à une Anglaise. Mais Manon André, c'est bien plus que ça... Preuve par l'exemple.

Salut Manon, merci d'avoir accepté notre demande d'interview. Tout d'abord, tu reviens de blessure il y a peu, d'une pubalgie qui t'a tenue éloignée des terrains pendant plus de sept mois. Qu'est-ce que ça te fait de revenir à la compétition en battant les triple-championnes de France en titre avec le BSORF ?

Ça fait plaisir. Sur le plan sportif, de revenir et de battre une équipe qui ne m'a jamais réussi en neuf saisons. Mais surtout, sur le plan humain, de se sentir attendue par les coéquipières qui galèrent depuis septembre. Je n'ai joué que 20 minutes, mais c'était prévu, je n'avais que ça dans les jambes.

Créit vidéo : Denis Agasse

Postules-tu déjà à une place au sein du XV de France ou est-ce un peu prématuré ?

Non, pas du tout. Je n'ai pas encore la condition pour postuler, je ne suis pas à 100%. Moi, quand je rentre sur un terrain, je pense qu'il ne faut pas faire semblant et tout donner. C'est un privilège de porter le maillot, que ce soit celui de ton club ou de ton pays.

En parlant du XV de France, vous avez remis les pendules à l'heure contre l'Italie (39-0) Comment vit-on une telle performance en tant que spectatrice ?

Vu les sept mois que je viens de passer à me demander si un jour je pourrais rejouer au rugby, j'ai vraiment vécu ce match comme une spectatrice. Malgré cela, je sais ce qu'il se dit dans les vestiaires, je connais le projet de jeu, je connais les filles. Mais je n'ai aucune rancoeur, je les regarde avec plaisir et maintenant mon objectif c'est de postuler à nouveau et faire partie de ce groupe.

Qu'est-ce qui motive ce XV de France lorsque vous rencontrez une équipe anglo-saxonne ? L'envie de casser du rouquemoute ?

Il y a toujours cette histoire entre les anglo-saxonnes et les Françaises. On se connaît, car on s'affronte tous les ans. Jouer des matches internationaux c'est motivant, mais les Anglaises restent celles que j'aime le moins. Cependant, c'est contre les Irlandaises que j'ai une sérieuse revanche à prendre.

D'ailleurs, à propos de spectatrice... Ça te fait quoi de voir la différence de traitement entre les Féminines et les hommes ? Des stades de villes moyennes, des salaires ridiculement faibles, une exposition médiatique minimale...

Nous n'avons pas de statut professionnel et il n'y a que la médiatisation qui pourra changer cela. Moi, ce n'est pas le rugby qui me fait vivre, c'est Rebonds, l'association qui vise à travailler avec les enfants des quartiers difficiles. Aujourd'hui, les filles qui veulent atteindre le haut niveau, c'est une gamelle entre midi et deux pour aller s'entraîner, finir à 18h et aller en salle de muscu...

Au-delà du discours féministe, c'est dommageable pour l'équipe de France. Des filles tirent trop sur la corde et se blessent, faute de soin, de structure médicale, de suivi. C'est sûr que je suis beaucoup plus fatiguée avec mon statut actuel que si j'étais professionnelle. C'est d'ailleurs un peu indécent, car au vu des performances, on mériterait mieux. Mais je ne parle jamais de sacrifices, ce sont des choix que j'ai fait et que j'assume. Je suis salariée de l'association. Je ne gagne pas un kopeck avec le rugby. Avec Rebonds, c'est un échange de bons procédés. Ils me payent et me permettent d'être de tous les rassemblements. Pour ma part, je travaille dur avec les jeunes et fais profiter l'association de mon statut d'internationale. Mais j'ai toujours joué le jeu. Même si je rentre tard, je fais mes heures dès le matin. Et au niveau humain, personnel, professionnel, cette vie m'apporte énormément.

France Féminines - Manon André : « Le rugby ne peut être que bénéfique pour les filles »

D'ailleurs pour paraphraser Bernard Lacombe (conseiller du président de l'Olympique Lyonnais), cela lui semble normal que vous soyez moins bien traitées... Qu'est-ce que tu me réponds si je te dis : "je ne parle pas de rugby avec des femmes, qu'elles retournent à leurs casseroles" ?

Pauvre type ! J'ai juste envie de lui dire qu'il me fait pitié... n'a-t-il aucun respect, ne serait-ce que pour sa mère ?

Les casseroles, toi tu les récures pas, tu les traînes... Comment as-tu vécu ta suspension lors du dernier Tournoi des VI Nations (Manon aurait eu un contact dans la zone oculaire d'une irlandaise, ndlr)

J'ai vécu ça comme une injustice. J'ai effectivement attrapé l'adversaire en lui posant la main sur la tête, car elle était en train de taper une coéquipière. Et là... au bout du temps qui lui était imparti, le commissaire visionne à nouveau le match et décide de me citer. La seule récompense que l'on a en pratiquant ce sport est celle de jouer. Et pour rien, on m'enlève ce plaisir. En plus, se faire juger dans un aéroport, en anglais, avec un avocat qui tente de construire une défense... Ma vie personnelle a joué, car je suis impliquée dans une association et l'article du Rugbynistère a aussi joué en ma faveur, de même que mon passé vierge.France Féminines - Manon André : « Le rugby ne peut être que bénéfique pour les filles »VIDEO. L'insertion des filles par le rugby avec l'association Rebonds et l'internationale Manon AndréTu ne sembles pas en phase avec ce bon Bernard... Tu essayes même de développer le rugby avec l'association Rebonds. Comment arrives-tu à convaincre de jeunes filles de pratiquer un sport de bourrin ? D'ailleurs tu as été confronté à ce problème avec tes parents...

Je n'ai pas fait du rugby pour éviter de faire la vaisselle. J'ai commencé car j'ai un cerveau, un coeur et une envie de pratiquer ce sport. Quand je vois tout ce que cela m'a apporté, je me dis que ça ne peut qu'être bénéfique pour ces filles avec qui l'on travaille avec mon association Rebonds. Malheureusement, c'est difficile à cause des stéréotypes. Certaines filles et familles considèrent que le sport n'est pas compatible avec le fait d'être une fille... et a fortiori le rugby. Mais au contraire, c'est le sport où il y a le plus de règles, celui où l'on rencontre le plus de mixité sociale. On croise des grosses, des petites, des coiffeuses, des ingénieures. Une fois qu'elles portent le maillot, elles sont égales et s'enrichissent les unes les autres.

Qu'est-ce que ça leur apporte à ces filles ?

Nous créons un espace de socialisation. Nous travaillons avec un public issu de quartiers en difficulté (CUCS ou Contrats Urbains de Cohésion Sociale, ndlr). Nous mettons en place des séances 100% féminines. Nous travaillons actuellement avec 200 jeunes filles mais cela reste difficile de les amener à une pratique régulière en club. Seules 20 ont franchi le pas. L'objectif n'est pas d'en faire des championnes à tout prix, mais d'en faire de belles personnes. De plus, nous travaillons avec une assistante sociale pour amener les familles vers les dispositifs de droit commun et parfois, aussi, sortir les mamans de leur enfermement.

Quelles sont les échéances à venir, tant avec les Bleues, qu'avec le BSORF ou Rebonds ? Et quelles sont tes objectifs personnels ?

Au niveau professionnel, je suis en train de développer l'association sur le territoire de Comminges et de l'Ariège. Le travail est intéressant mais difficile, car rien n'est jamais acquis.

Au niveau sportif, je souhaite retrouver mon niveau d'avant ma blessure, pouvoir enchaîner les séances. Mais au niveau collectif, c'est bien sûr d'accrocher une place de demi-finaliste et finaliste du Top 8... Je ne l'ai jamais vécu.

Enfin, personnellement, je souhaite vraiment retrouver le maillot bleu pour pouvoir vivre à nouveau des émotions intenses, même si je ne veux pas trop m'emballer pour l'instant.

Le Roi Dodo
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  • Kad Deb
    29857 points
  • il y a 4 ans

Bel article ! Si on aime vraiment le rugby et ses Valeurs (c), on ne doit pas négliger le rugby féminin. Les filles envoient aussi du bois : c'est le même jeu et le même engagement. Ce sont juste les gabarits et la puissance qui diffèrent.
Bernard Lacombe ferait d'ailleurs moins le malin s'il se retrouvait face à face avec Manon André ou n'importe laquelle des 3e lignes de l'EdF ! 😊

  • epa
    36788 points
  • il y a 4 ans

C'est toujours bon de suivre des personnes généreuses et pleines de qualités. Merci

  • mounjet
    23246 points
  • il y a 4 ans

Mademoiselle, je ne vous remercie pas!!
Vous faîtes passer tous vos collègues masculins pour d'insupportables décérébrés tout juste bons à fracasser de l'irlandais, en comparaison du vent de fraîcheur et d'intelligence que vous véhiculez...
Tellement plus intéressante...

  • Loyam
    37059 points
  • il y a 4 ans

J'apprécie cet article, d'autant que cette personne nous prouve, qu'une femme avec un cerveau bien fait, peut très bien jouer au rugby. Il n'est pas l'un ou l'autre, bien au contraire.

Bonne chance pour la suite de sa carrière autant sportive que professionnelle.
Et je confirme Lacombe est un pauvre type. 😊

  • ced
    100335 points
  • il y a 4 ans

une grande joueuse, quand on voit le potentiel (qui monte) c'est bon pour le rugby féminin mais même pour le rugby tout court.
samedi dernier il y avait plus de monde à Aimé Giral que pour les matchs de l'Usap ou des Dragons, l'EDF féminine vient bientôt pour un match à 7, ça va être gavé et tant mieux.

Tout ce qu'on peut te souhaiter Manon, c'est de retrouver la pleine possession de tes moyens (plutôt impressionnants d'ailleurs), et de revenir en force parmi tes copines!
Allez les bleuEs!!!!

Bel article et bel essai.
Allez les filles!

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