Quatre essais sur ses deux dernières sorties, et Antoine Dupont a remis le feu aux débats. Après Montpellier (40-18) le 27 septembre, le demi de mêlée du Stade Toulousain a récidivé contre Bayonne, dimanche 11 octobre, lors d'une victoire spectaculaire (45-34). Deux doublés en deux matchs disputés, quatre essais en cinq apparitions cette saison : les chiffres donnent le sourire aux supporters rouge et noir. Mais après sa grave blessure au genou droit, une question demeure. A-t-on vraiment retrouvé le Dupont capable de dicter sa loi à presque toutes les défenses ?
Deux doublés qui ne disent pas tout
Contre l'Aviron, son premier essai, dès la 10e minute, a illustré sa faculté à repérer un intervalle et à s'y engouffrer. Le second, inscrit en fin de rencontre, doit davantage à son sens du soutien et à une passe déviée d'Ange Capuozzo. Entre les deux, le Toulousain a aussi servi Romain Ntamack d'un petit coup de pied dans le dos de la défense. Une passe décisive qui en dit peut-être plus sur son influence que son doublé : le numéro 9 a pesé bien au-delà de ses deux essais.
Le vrai baromètre se joue loin de l'en-but
Car pour juger Dupont, mieux vaut regarder ce qui se passe avant l'en-but. Depuis son retour à la compétition, le 29 novembre 2025 contre le Racing 92, il a dû retrouver ses repères après une rupture des ligaments croisés subie avec les Bleus en mars. La vitesse de lecture autour des regroupements, le timing du départ au ras, la capacité à fixer un défenseur avant de libérer un partenaire : voilà ce qui fait sa singularité. Face à Bayonne, ces réflexes ont ressurgi à plusieurs reprises.
Autre signe encourageant, les connexions avec Ntamack. Sur son essai, l'ouvreur a indiqué l'espace à exploiter et Dupont a ajusté son jeu au pied. On retrouve cette compréhension presque instinctive qui a accompagné tant de grandes soirées toulousaines et françaises. Et pourtant, le principal intéressé a reconnu au micro de Canal+ : « Sur mes jeux au pied, je n'ai pas été des plus efficaces ». Son jeu au pied de pression a notamment connu du déchet. La différence entre un Dupont décisif et un Dupont au sommet se situe aussi dans cette précision répétée pendant quatre-vingts minutes.
La feuille de match officielle apporte un autre repère : 100,4 mètres parcourus pour Dupont, meilleur total toulousain contre Bayonne. Toulouse a eu 56 % de possession, sans dominer l'occupation du terrain (48 %). Ces données soulignent le volume offensif du demi de mêlée dans une rencontre où le collectif a parfois subi. Elles ne renseignent toutefois ni sa vitesse maximale ni la justesse de toutes ses décisions. Quant aux 34 points encaissés, ils rappellent que les sept essais toulousains ont masqué quelques fragilités.
Exeter et les Bleus pour mesurer la suite
L'enjeu dépasse désormais la ligne d'en-but. Quatre titularisations en cinq apparitions de Top 14 lui ont déjà donné davantage de continuité que pendant la phase régulière précédente, perturbée par sa convalescence. Dimanche 18 octobre, Toulouse reçoit Exeter pour débuter sa campagne de Champions Cup. Face à une opposition européenne, on scrutera autant la qualité de ses sorties de camp et l'animation de la charnière que ses éventuels essais. Pour les Bleus aussi, à l'approche des rendez-vous internationaux de novembre, retrouver un Dupont maître du tempo constituerait une excellente nouvelle.
Alors, le « vrai » Dupont est-il de retour ? Il en montre incontestablement davantage que son seul instinct de marqueur : son soutien intérieur et son entente avec Ntamack retrouvent de l'éclat. Mais lui-même sait que son jeu comporte encore des approximations. Son bilan actuel autorise l'enthousiasme, pas le verdict définitif. À 29 ans, après deux grosses blessures au genou dans sa carrière, le Toulousain a surtout retrouvé ce luxe précieux pour un joueur de son calibre : pouvoir enchaîner et laisser les matchs parler.
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