Évolution du rugby, commotion, formation : après les questions, quelles solutions ?
Le débat est ouvert sur l'évolution du rugby.
Passé l'émotion, quelles solutions pourraient être trouvées pour résoudre les problèmes liés à l'évolution du rugby ?

Le problème : L’évolution du rugby

D’un sport qui faisait la part belle à l’évitement, le rugby a évolué vers une discipline où le contact est devenu omniprésent, sans qu’une certaine notion d’équilibre soit installée entre les deux formes de jeu. Soyons clairs : le contact a toujours été présent, et le combat doit continuer d’exister sur un terrain. Mais l’essence du rugby n’est-il pas d’éviter l’adversaire par la passe, la vitesse, les crochets et d’utiliser la force lorsqu’on n’y arrive pas ?

En 2018, les nouvelles générations - qui n’ont connu que le rugby pro - ont été formés à ce rugby fait de contacts. La cause de cette évolution ? La formation et la détection, qui vont de paire. Combien de joueurs ont été sélectionnés dans les équipes départementales / régionales ou “recrutés” sur leur physique plutôt que sur leur talent ? Les clubs qui recrutent de se dire : “ils ont le gabarit, maintenant on bosse la technique.” Sauf qu’à quinze ans, il est trop tard ! Et les joueurs qui traversaient seuls le terrain à l’école de rugby ne font plus autant la différence, une fois opposés à des adversaires de mêmes dimensions physiques. À l’image du football qui a longtemps privilégié les joueurs physiques à ceux de petite taille, plus techniques, le rugby subit une politique menée chez les jeunes depuis le milieu des années 2000. Qui a ses conséquences, tant sur le niveau de jeu, que sur la santé des joueurs.

La solution :

Et si on changeait le mode de fonctionnement de la formation ? Le débat sur les catégories de poids chez les jeunes - comme c’est le cas en Nouvelle-Zélande - a été relancé. Pour ne pas être aussi extrême, pourquoi ne pas… supprimer les contacts dans les matchs des jeunes, jusqu’en U15 ? 

Si on inculque aux enfants les notions d’évitement, tout en leur interdisant d’aller au contact, le réflexe restera à vie. Jouer au Touch, ne plus passer par le sol, faire de la vitesse et de la passe une force pour passer la ligne de défense… La différence se fait là. Lorsque l’enfant grandit et se développe physiquement, il peut ensuite passer au renforcement musculaire et à un jeu où les plaquages et les percussions - plus faciles à apprendre - seraient présents, le reste étant déjà assimilé. Cette révolution mettrait du temps à donner des résultats, mais elle aurait le mérite de faire avancer les choses. Plus de technique dans le jeu, c’est moins d’affrontement direct.

L’Île-de-France propose quelques innovations intéressantes, pour le moment limitée à ce comité.

Développement du niveau scolaire, nouvelles règles pour l'école de rugby : la politique innovante de l'Île-de-France


Le problème : L’âge des joueurs en cause ?

Dans un communiqué, le syndicat Provale a pointé du doigt la titularisation de Samuel Ezeala sur la pelouse de la U Arena. “L'intensité, le rythme et la fréquence des matches peuvent poser la question de la présence sur le pré d'un jeune joueur de dix-huit ans dont le morphotype ne correspond pas à ceux des athlètes ''hors norme'' évoluant en Championnat.” Alors, trop jeune, Samuel Ezeala ? Même le journal L’Equipe s’est posé la question. Pourtant, Franck Azéma a mis les choses au clair : l’âge du joueur (18 ans) n’est pas un problème.

ASM : Franck Azéma met les choses au clair après le communiqué de Provale sur le cas EzealaLa solution :

L’âge des joueurs n’est pas vraiment un problème. Mis en cause par le communiqué de Provale, Azéma explique : “Il n’a pas joué parce qu’il est jeune mais parce qu’il est bon et sa très bonne première période le prouve comme je suis certain que l’avenir le montrera. [...] Sam a des mensurations et aussi des performances physiques et musculaires au dessus de nombreux joueurs chevronnés de mon effectif.” Voilà qui est dit. Dans un tweet, Frédéric Michalak est allé dans le sens du manager auvergnat, ouvrant un autre débat : celui de la technique de plaquage.


Le problème : La technique de plaquage

L’ancien ouvreur international le dit : le mauvais placement des appuis et la mauvaise épaule engagée nous expose souvent aux commotions.Le cas de Samuel Ezeala en est l’exemple, puisque le jeune Espagnol plaque mal Virimi Vakatawa. Surtout, il évalue mal la course du Fidjien d’origine : pris à contre-pied, il ne peut pousser sur ses jambes au moment d’engager l’épaule. Rajoutez à ça la tête placée du mauvais côté et la vitesse à laquelle court le Racingman lorsqu’il percute le Clermontois déjà sur les talons, et vous comprendrez la conséquence du choc.

La solution :

Comme le dit Frédéric Michalak, le plaquage et la technique de plaquage doivent être assimilés à l’école de rugby, là où commencent la majorité des futurs professionnels… ou joueurs amateurs, ne les oublions pas. C’est donc aux éducateurs d’avoir les armes (et les moyens !) pour donner les clés aux apprentis rugbymen. Gardons aussi à l’esprit qu’un accident est possible - comme c’est le cas lorsque Ezeala se fait prendre à contre-pied et n’a pas le temps d’ajuster son plaquage.


Le problème : le calendrier surchargé et le manque de repos

Au-delà du problème des commotions, c’est le temps passé par les joueurs à l’infirmerie qui interpelle. L’effectif décimé de l’ASM en est le symbole mais ce week-end, Benoit Paillaugue (MHR) et Yann Lesgourgues (UBB) ont rejoint le rang des blessés de longue date. Quand ce n’est pas l’épaule, c’est la cheville, quand ce n’est pas la cheville, c’est le genou… Dans son communiqué, Azéma en appelait à “la prise de décisions sur des choses qui peuvent avoir un impact sur le court terme”, citant “le format des compétitions” et “les plages de récupérations obligatoires”. Le calendrier, un long serpent de mer du rugby français… Mis en cause depuis de longues années, il n’évolue pourtant pas.

Or, on ne joue pas au rugby comme au football, et les corps subissent ce rythme trop élevé. Si un joueur dispute trente matchs à haute intensité dans la saison - sans oublier les entraînements - il sera plus exposé que s’il ne joue qu’à quinze reprises et profite de plages de repos et de préparations importantes entre chaque rencontre. L’état de fatigue des joueurs joue aussi sur le nombre de commotions, et le manque de lucidité de certains au moment de (mal) plaquer.

La solution :

Faire évoluer la formule du Top 14 ? Avoir moins d’équipes, donc moins de matchs ? Supprimer les matchs retours ? Créer une ligue fermée pour que l’enjeu ne tue pas l’enjeu ? Il existe de nombreuses pistes pour aménager le calendrier des professionnels. Malheureusement, les enjeux économiques ont le dessus sur les envies de révolution, qui existent depuis de nombreuses années. Révolution qui permettrait aux joueurs de se préparer idéalement. Et de se reposer, surtout.


Le problème : les joueurs pas assez protégés ?

Casque, protège-dent, épaulettes… Le rugbyman ne possèdent - a priori - pas l’équipement pour prévenir les chocs à la tête subis tous les week-ends. Neurochirugien au CHU de Clermont-Ferrand, Jean Chazal expliquait via France Info que les conséquences de ces chocs sur le cerveau ne peuvent pas être connues dès aujourd’hui. Auront-elles un impact dans 20 ou 30 ans ? “A priori, l'imagerie [d’Ezeala, ndlr] est normale, mais il peut y avoir des microlésions. Et ces microlésions à très long terme peuvent entraîner des maladies neurologiques comme la maladie de Parkinson, des maladies dites dégénératives.” Des maladies qui touchent les boxeurs ou les joueurs de la NFL, soumis eux aussi à de violents coups à la tête/

La solution :

Posséder de nombreuses protections n’est pas une assurance pour éviter les blessures. La preuve avec les joueurs de NFL, dont les protections dépassent largement celles des rugbymen. Il faut donc sans doute chercher ailleurs pour éviter de mettre en danger la santé des joueurs.


Le problème : l’aménagement autour de la règle et l’arbitrage

Faut-il légiférer sur les percussions coudes en avant, devenues spécialité de beaucoup de joueurs ? Et si oui, comment ? Le problème de ces percussions, c’est qu’elles mettent en danger le défenseur qui peut se retrouver incriminé dans le même temps ! Si l’attaquant ne se baisse pas au contact et t'impacte avec le coude, le défenseur qui se baisse risque de se faire percuter et de se blesser. Donc le défenseur reste debout pour éviter le coude… mais risque cette fois-ci d’être sanctionné pour un plaquage haut.  

Ici, Arthur Retière se baisse pour plaquer Viliamu Afatia... et en subit les conséquences.

VIDEO. Top 14 : la charge de Viliamu Afatia sur Arthur Retière méritait-elle un carton jaune ?La solution :

La solution de l’arbitrage a déjà été trouvée avec les consignes de World Rugby. Les cartons rouges - devenus systématiques en cas de choc à la tête - sont de plus en plus nombreux, à l’image de ceux reçus par Puech et Vaipulu ce week-end. On pense également à celui donné en finale du Top 14 à Maxime Machenaud pour un plaquage dangereux sur Matt Giteau, retombé sur la tête. Que pourraient faire de plus les arbitres ?


Et vous, qu'en pensez-vous ? N'hésitez pas à en débattre dans les commentaires !

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  • spir
    17561 points
  • il y a 6 ans

Une remarque générale à ce sujet, pour aborder un peu le fond du problème et penser plus globalement en sortant de nos oeillères rugbystiques :

Quel animal est fait, est physiquement constitué pour encaisser des chocs violents à répétition durant 10 ou 20 ans ?
Qu'en est-il de l'humain ?

Remarque accessoire 1 : on doute déjà que l'humain soit naturellement chasseur (outre les questions physiologiques et métaboliques), sans armes, tant on est sous-doués [*] ; alors être capables d'encaisser des milliers de tampons brutaux... pourquoi ?

Remarque accessoire 2 : Quand les petits (humains et autres animaux) jouent à se poursuivre ou à lutter, y a jamais de chocs, même pas violents, si ?

[*] Si vous avez déjà essayé de choper juste une poule sur un terrain ouvert, vous comprenez de quoi je parle, lol ! 😉

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