A l'orée du coup d'envoi du Tournoi des 6 Nations, Antoine Dupont s'est penché sur un aspect souvent sous-estimé du haut niveau : la connaissance des arbitres. dans un entretien accordé à L'Équipe, le capitaine du XV de France explique que les officiels sont étudiés, au même titre qu’une défense ou qu’une charnière. Comme il pourrait le faire avec de véritables adversaires. Une approche intégrée au travail hebdomadaire avec le staff. Et surtout, un rappel clair : dans le rugby moderne, l’arbitrage fait pleinement partie de l’équation de la performance.
"On les étudie quasiment toutes les semaines, leurs statistiques, savoir sur quels points ils pénalisent plus, le secteur attaque ou défense, quelle action... À force, on les connaît, on sait avec lesquels on peut échanger, ceux qui sont plus ou moins permissifs. Donc, oui, ce sont toujours des profils qu'on étudie avec le staff, parce que ça fait partie du match."
L’arbitre, cette “troisième composante” qu’on ne peut pas ignorer
Ce que décrit Dupont, tous les joueurs de très haut niveau, comme en amateur, le savent : chaque arbitre a sa lecture du jeu. Et ce, même si les règles sont (presque) pareilles pour tout le monde. Certains traquent la moindre main au sol, d’autres laissent vivre tant que la zone est propre.
Certains sanctionnent sévèrement les soutiens en retard, d’autres sont plus à cheval sur les grattages. Sans parler de la durée des avantages ou de ces mêlées que certains laissent jouer alors qu'elles sont écroulées, alors que d'autres sifflent immédiatement.
On peut aussi parler de l'arbitrage de fin de match, quand le score est serré. Où certains officiels sont parfois frileux à l'idée de porter le sifflet à la bouche. Connaître ces tendances, ce n’est pas tricher. C’est s’adapter. Comme on le ferait face à une défense glissante ou à un pack ultra-dominant.
"Il y en a surtout avec qui tu ne peux pas trop discuter. Quoi que tu fasses, c'est dur d'avoir un échange positif. Mais la plupart sont à l'écoute. Et puis je ne suis pas quelqu'un d'agressif dans le propos ou du genre à venir toutes les trois minutes. Je pense qu'ils apprécient ça aussi. Quand je demande quelque chose, c'est souvent légitime et je sais que la faute est discutable."
Pourquoi cette préparation est essentielle
Dans un rugby ultra-normé, où la moindre pénalité peut faire basculer un match, cette préparation fait la différence. Savoir quand ralentir le jeu, quand contester, quand lâcher le ballon plus vite… ce sont des micro-ajustements dictés par l’arbitre du jour.
Dupont insiste aussi sur la communication : l’échange est possible, mais à condition d’être crédible. Pas d’agressivité, pas de harcèlement. Juste des interventions ciblées, légitimes, au bon moment. Un capitaine respecté, c’est aussi un capitaine écouté.
Avoir une bonne relation avec un arbitre, c'est potentiellement pouvoir faire basculer le cours d'un match. Avec la bonne intervention au bon moment, une décision peut par exemple être inversée si le capitaine a vu quelque chose qui a échappé au corps arbitral. A condition bien évidemment que celui-ci valide après coup grâce à la vidéo.
Ce que ça change concrètement sur le terrain
Pour une équipe comme le XV de France, cette maîtrise permet de réduire l’indiscipline, fléau des grands rendez-vous. Pour un joueur comme Antoine Dupont, cela renforce son leadership et sa capacité à influencer le match sans ballon. Dans une compétition comme le 6 Nations, l’arbitrage n’est pas un facteur aléatoire, mais un paramètre à intégrer. Et pour les arbitres eux-mêmes,
Dans le rugby d’aujourd’hui, gagner, c’est aussi comprendre celui qui tient le sifflet. L'étudier avec la même implication qu'envers un adversaire, c’est la reconnaissance implicite de son rôle central dans le jeu moderne.
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