A l'orée de la demi-finale de Champions Cup face au Leinster, Kyle Sinckler s'est longuement confié à L'Equipe. Le pilier droit anglais du RCT y parle de son poste, de son adaptation au rugby français, et d'un tournant de carrière douloureux. L'Anglais avoue avoir mis son ego de côté pour devenir meilleur.
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Sinckler commence par une vérité que les amateurs de première ligne connaissent bien. Pilier droit, ce n'est pas le job le plus sexy. Et pourtant, un pilier qui fait bien son travail peut changer le cours d'une partie. Un bon match, selon lui, c'est quand les gens ne réalisent pas qu'il est là.
Quand le pilier droit fait la une, c'est presque toujours mauvais signe : ça veut dire que la mêlée s'est effondrée. Il résume la philosophie du poste en une image : la chair à canon. Ceux qui encaissent, qui se prennent les coups, et qui rendent service sans jamais recevoir les applaudissements.
C'est un poste où tu ne peux pas te cacher. Les gars de première ligne, on est la chair à canon. Ceux qui se prennent les bastos.
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La défaite de l'Angleterre face à l'Afrique du Sud en demi-finale de Coupe du monde 2023 (15-16) a été le moment charnière. Sinckler y voit un tournant décisif. Il comprend ce soir-là qu'il n'a plus rien à gagner en Premiership. Que pour progresser, il lui faut un niveau de confrontation hebdomadaire différent. Il choisit le Top 14. Il choisit Toulon.
Tout réapprendre à Toulon
Sinckler décrit une arrivée difficile, une remise en question totale de sa technique. En Premiership, l'habitude est d'accélérer la mêlée, de sortir vite le ballon. À Toulon, et encore plus à Mayol, la mêlée est un événement. Le public se lève. On veut la pénalité, pas la rapidité. Une culture différente, presque opposée.
Les piliers gauches adverses attaquent ton pectoral droit ou passent à l'extérieur.
La rupture technique, elle tient à un détail : la tête. Le talonneur Mickaël Ivaldi ne lui répétait qu'une chose à l'entraînement : "La tête, la tête, la tête." Être agressif à l'impact, utiliser la tête pour casser la soudure épaule-épaule entre talonneur et pilier adverse. Sinckler confie qu'il ne comprenait pas. Qu'il trouvait les gars fous. Jusqu'au moment où il a essayé, et où tout s'est mis en place.
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Un match de présaison à Clermont, mêlée catastrophique, des nuits blanches. Il ravale son orgueil. Il écoute Priso, Ivaldi, Gros, Gigashvili, Brennan, des gars avec une vraie culture du Top 14. Et avec Éric Dasalmartini, l'entraîneur de la mêlée du RCT, il intègre ce qu'il appelle la dualité de la mêlée : ultra-technique d'un côté, état d'esprit de l'autre. Les deux sont indissociables.
Face au Leinster, la mêlée sera un enjeu central. Le RCT est dominant dans ce secteur en Champions Cup cette saison : 98% de réussite, 44 mêlées disputées. Si Sinckler performe dans le rôle qu'il a mis des mois à assimiler, Toulon aura un levier concret pour déstabiliser les Irlandais. Un bon match du pilier droit, c'est celui où personne ne le voit. Samedi, tout le monde regardera quand même.
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