Après Serge Kampf, Mohed Altrad peut-il être le nouveau mécène du rugby français ?
Mohed Altrad ne jouit pas d'une bonne image dans le monde de l'ovalie.
Le président du MHR Mohed Altrad souhaite s'investir dans le rugby tricolore mais il va devoir travailler sur son image pour gagner le respect.

En mars dernier, le Groupe Altrad est devenu le premier sponsor maillot du XV de France. Si ce premier partenariat historique avec une entreprise a été conclu dans le cadre de la campagne de la France pour l'organisation de la Coupe du monde 2023, il pourrait être prolongé pour les six prochaines années. Avec à la clé pour la Fédération française de rugby, 60 millions d'euros. "Sans compter qu’à titre personnel, il veut contribuer à un fonds de dotation de la FFR à hauteur de 4 millions d’euros pendant dix ans", ajoute Bernard Laporte via le Midi Olympique. Si ce dernier est enchanté par cette éventuelle énorme entrée d'argent au profit du monde amateur, d'autres voient en ce geste de Mohed Altrad une façon d'acheter la Fédération.MONTPELLIER. Mohed Altrad rejette les accusations et se défend d'être favorisé par Bernard LaporteMalgré les doutes qui entourent les relations entre les deux hommes, lui s'en défend. Il veut avant tout soutenir le XV de France et l'aider à retrouver sa place sur l'échiquier mondial, "travailler à promouvoir l'image du rugby, professionnel comme amateur, et surtout œuvrer à l'amélioration de la formation des jeunes". Il souhaite même aller plus loin en créant une fondation à disposition de la FFR, dotée de plusieurs millions d'euros et destinée à soutenir la formation. Malgré tout, d'aucuns ont du mal à voir en lui un mécène du rugby français. C'est notamment le cas de son homologue clermontois, Eric de Cromière, via Sports-Auvergne.

On dit que l'argent n'a pas d'odeur, ce n'est pas vrai. Donner de l'argent sans rien attendre en retour, ça c'est chouette, ça c'est du mécénat. Mais donner de l'argent avec un échange, ce n'est plus tout à fait la même histoire. Autant M. Kampf était un vrai mécène pour la Fédération, autant Altrad ne l'est pas selon moi.

Serge Kampf, le mécène respecté  

Décédé le 15 mars 2016 à l'âge de 81 ans, Serge Kampf avait acquis le statut de grand mécène du rugby français en aidant aussi bien des joueurs que des clubs. "L’argent n’a jamais été mon moteur. Le bonheur ce n’est pas d’avoir de l’argent mais d’imaginer les autres heureux." Du sponsoring via sa société Sogeti puis Capgemini aux chèques désintéressés, Biarritz, Grenoble, Bourgoin, Lourdes, Toulon ou encore Auch ont bénéficié de la générosité de l'ancien ingénieur grenoblois. Cette dernière ne s'est pas arrêtée aux clubs puisque les Barbarians français, dont il a été le seul non-international à devenir vice-président, le XV de France et la Fédération français de rugby ont aussi pu en jouir. Son premier geste gratuit remonte à 1987 et au moment où il avait réglé la note des Bleus dans un grand restaurant après leur qualification en finale du Mondial en Australie et leur avait offert des montres de luxe.

On raconte également que si les grandes entreprises ont mis un pied dans le monde de l'ovalie, c'est grâce au fait qu'il ait invité une vingtaine de chefs d'entreprise à assister à la finale de la Coupe du monde 1995 en Afrique du Sud. Personne n'a oublié l'épisode des primes de matchs payées par ses soins en 1991 alors que les internationaux menaçaient de faire grève. Tantôt président de club, propriétaire ou actionnaire, il a épongé des dettes, investi dans des sociétés d'anciens internationaux. "C’était le premier à aider le rugby français et surtout la Fédération française de rugby à un moment où elle en avait besoin", raconte Denis Charvet à RMC. S'il ne tenait aucun rôle dans les instances du rugby hexagonal, beaucoup de choses ne se faisaient pas sans son accord. "On me prête des pouvoirs que je n’ai pas et que je ne veux pas avoir", confiait Serge Kampf au Dauphiné Libéré en 2014. 

"C'était un saint et moi un salaud, c'est ça ?"

Bien que reconnu et respecté dans le monde de l'entreprise - il a notamment été élu entrepreneur de l'année en 2015 -, Mohed Altrad ne jouit pourtant pas de la même réputation dans celui de l'ovalie. Malgré tous ses efforts et sa volonté de s'investir dans le rugby, pourra-t-il un jour acquérir le même respect que le grand argentier isérois ? "On m'a rapporté que Serge Kampf, comme Max Guazzini d'ailleurs, n'étaient pas très appréciés quand ils ont commencé à apparaître dans l'univers du rugby français. Il me faut donc peut-être apprendre la patience", s'interroge Mohed Altrad dans le Midi Olympique. Mais contrairement à ceux qu'il cite, il possède un passif qu'il pourrait être difficile de faire oublier à grand coup de deniers. 

Il n'est pas le seul à supporter un club financièrement, mais les autres mécènes n'ont pas ses ambitions et savent se faire plus discret. Une qualité que possédait Serge Kampf. A son sujet, il lâche dans le Midol : "Que faisait-il d'autre qu'aider le rugby français ? C'était un saint et moi un salaud, c'est ça ?" A défaut d'être patient, sans doute gagnerait-il à parfaire sa communication s'il veut redorer son image. En attendant, il continue de s'attirer les foudres de ses pairs. Ce parallèle entre l’implication de l'ancien argentier et son engagement personnel a ainsi poussé le président de Grenoble, Eric Pillaud, à lui écrire une lettre ouverte publiée sur le site du FCG.

Je trouve cela indigne et inapproprié. Serge avait une approche très différente de la vôtre, ce qui n’enlève rien au mérite de vos actions : il agissait en mécène désintéressé et le plus souvent anonyme et non en investisseur. Tout le monde sait ce que lui doivent les clubs de Grenoble et de Biarritz et les Barbarians, sans qu’il n’ait jamais rien demandé en retour : pas d’exigence particulière, pas de contrat, pas de rôle dans l’organigramme du club et une autonomie totale laissée aux dirigeants de ces structures. Les gens connaissent moins tous les autres clubs qu’il a aidé pour leur éviter le dépôt de bilan, en signant un chèque, sans rien demander si ce n’est de ne pas faire de publicité ! (je connais au moins deux clubs dans ce cas). Les gens ne connaissent pas non plus le nombre de joueurs qu’il a accompagné et aidé à des moments clés de leur reconversion professionnelle (j’en connais au moins 5), toujours sans rien demander en retour, juste par amitié.

Alors de grâce, n’instrumentalisez pas le nom de Serge dans votre stratégie de contre-feu médiatique. Abstenez-vous par respect pour la mémoire de ce grand Monsieur.

Un nouveau point noir dans un CV déjà plein rempli. Certes Mohed Altrad a beaucoup investi dans le club de Montpellier, mais il n'est pas sorti vainqueur de l'affaire Fabien Galthié, même si le MHR a seulement dû débourser 500 000 euros au lieu du million et demi réclamé par le technicien. Le recrutement massif de nombreux joueurs étrangers, en particulier sud-africains, n'a aussi pas plu aux supporters. Sans oublier que certains présidents du Top 14 lui reprochent de déréguler le marché des transferts en faisant grimper les enchères. À l'heure actuelle, Mohed Altrad fait plus figure de vilain petit canard que de grand mécène du rugby tricolore. 

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C'est moi, ou aujourd'hui le mécénat redevient à la mode le temps de chier sur Altrad !?
Ça pourrait être marrant de comparer certains de vos messages sur la grandeur de l'engagement d'un mécène avec d'autres écrits plus tôt au fil des saisons qui étaient ouvertement anti mécènes car peu stable et non pérenne !

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