Rugby à Vienne, coach sportif et programme d'intégration de jeunes réfugiés : la belle aventure d'un Gersois en Autriche
Alexis Michel lorsqu'il évoluait en Allemagne.
Le Rugbynistère des Affaires Etrangères s'envole pour l'Autriche à la rencontre d'Alexis, ancien joueur devenu coach.

Depuis quatre mois, Alexis Michel est le coach du Stade Rugby Vienna, club de 1ère division Autrichienne basé à Vienne. Après avoir joué aux USA, en France et Allemagne, il nous raconte son aventure, tout en invitant les joueurs et étudiants français, "à nous rejoindre s'ils le souhaitent. Le rugby en Autriche est en plein développement, et Vienne est une ville magnifique pour vivre, travailler et étudier."

Quel est ton parcours rugbystique en France ? 

J’ai commencé le rugby à l’âge de 5 ans par le biais de mon père, joueur de rugby aussi, à Riscle, petit village du Gers où j’ai joué jusqu’à ma dernière année de juniors, en passant juste une saison en cadet à Aire sur l’Adour à l’Avenir Aturin. Mon poste de prédiléction est talonneur, mais je joue aussi pilier gauche. Je me suis engagé dans la marine nationale et les marins-pompiers après mes 18 ans, et j’ai été muté à la caserne de Cherbourg, où j’ai pu évoluer dans un club sympathique à côté, le ROC à Flamanville.

A mes 22 ans et la fin de mon contrat dans la marine nationale, je suis retourné à Riscle en Fédérale 2. Puis je suis parti jouer à Pontarlier en Fédérale 2, mais je n'y suis malheureusement resté que 5 mois, à cause d’une blessure à un genou.

Qu'est ce qui t'a poussé à partir aux USA et en Allemagne ? As-tu facilement trouvé des clubs là-bas ?

Après m’être remis de ma blessure au genou, je cherchais à partir jouer à l’étranger, afin de découvrir une nouvelle culture. Ayant obtenu un diplôme dans la préparation physique, je souhaitais aussi voir comment les pays anglo-saxons travaillaient ce domaine-là, ce qui me permettait d'apprendre l’anglais. J’ai eu un contact avec les Glendale RAPTORS (Denver - USA) futur membre de la « Major League Rugby », et je suis donc parti un mois plus tard pour faire la saison avec eux pour 3 mois.

A mon retour, j’ai cherché un nouveau challenge, et j’ai été mis en contact via RahRahRugby avec un club de 1ère division allemande, le RG Heidelberg. Quelques semaines après, je suis allé en Allemagne pour deux semaines d’essais, et j’y suis finalement resté pour toute la saison. S’en est suivi la saison d’après un retour en France, à Parthenay.

Comment as-tu atterri en Autriche ? Combien de temps vas-tu rester là-bas ?

Après une saison et demie à Parthenay, mon âme voyageuse a commencé à reprendre le dessus. J’ai eu envie d’arrêter le rugby, et de partir en Autriche dans le Tirol, où j’ai eu une opportunité d’emploi, et aussi l’envie de pouvoir devenir trilingue anglais/allemand. Quelques semaines plus tard, le Stade Rugby Wien, club francophone de Vienne me contactait pour me proposer de venir jouer et entrainer l’équipe senior en 1ère division. Le challenge m’a plu, donc j’ai fait mes valises pour Vienne, où je suis depuis 5 mois maintenant, et où je m’épanouie pleinement.

Pour l’instant je ne souhaite pas revenir en France ou repartir voyager. En plus du rugby, je travaille comme coach dans une salle de Crossfit, ma seconde passion, et aussi deux à trois soirs par semaine comme barman dans un pub sponsor du club, qui est un peu notre club-house pour les 3 ème mi-temps.

Je fais aussi des interventions en milieu scolaire le matin afin d’apprendre et de développer le rugby et je suis aussi éducateur/entraineur bénévole auprès d’un programme qui aide des jeunes réfugiés à s’intégrer par le sport et notamment le rugby, « RUGBY OPEN BORDERS ».

Pourquoi coach et pas joueur ? 

Je prends autant de plaisir à entraîner et manager que lorsque je jouais. La partie coaching m’a toujours attiré, j’ai d’ailleurs passer un premier diplôme dans le sport à 23 ans (BP JEPS AGFF), j’ai aujourd’hui le level 1 World Rugby Rugby à XV, et je prépare le level 2. J’ai également un diplôme de coach de Crossfit. Je me consacre donc aujourd’hui plus sur la partie entrainement et préparation physique que la partie « joueur ».

Quel est le niveau du rugby autrichien ? 

Je pense que le niveau du rugby autrichien correspond à Promotion Honneur, voire Honneur pour les meilleures équipes. Le niveau reste assez aléatoire d’un club à un autre.

Quels sont les points sur lesquels tu insistes en tant que coach avec tes joueurs ?

Pour moi, la chose primordiale est avant tout l’état d’esprit et la force du groupe. J’essaie d’amener ici, par le biais aussi de joueurs francophones ou anglo-saxons qui sont au club, une culture rugby et un esprit de combat, chose qui manque un peu ici en Autriche. Sur le plan technique, on passe beaucoup de temps à répéter la technique individuelle au poste, car beaucoup de joueurs ici se sont mis au rugby sur le tard.

Est-ce que le rugby à 7 a plus la cote que le XV comme c'est le cas dans d'autres nations mineures comme l'Allemagne ?

Malheureusement, le 7 comme le XV manque encore ici de visibilité. Malgré l’entrée du rugby à 7 au JO, il n’est pas encore réellement mis en avant, comme cela peut-être le cas en Allemagne justement.

Par quoi passe le développement du rugby local ? Et en parallèle, qu'est-ce qui manque au rugby autrichien ?

Le développement du rugby autrichien passera en priorité par la formation, en club, mais aussi avec les interventions en milieu scolaire comme je suis amené à le faire. La mise en place d’un championnat plus compétitif est aussi un axe important, ce qui permettrait aussi de plus communiquer sur le rugby. A titre d’exemple, le championnat de football américain est ici très développé, les matchs sont diffusés à la télévision autrichienne et les équipes sont professionnelles ou semi-professionnelles, ce qui prouvent quand même que le potentiel est là.

Le championnat est composé de seulement sept équipes, les joueurs ne jouent donc pas assez. Et bien sûr, le rugby à 7, sport olympique, doit être plus développé ici, en club ou en équipe nationale. Le manque d’infrastructure et d’éducateurs diplômés est aussi - je pense - un frein actuel au développement du rugby autrichien.

Quel est ton meilleur souvenir rugby, le plus marquant ou le plus marrant ? 

Il y en a beaucoup ! Je retiendrai mon arrivée aux USA : Andre Snyman, coach des Glendale Raptors et ancien international sud-africain était venu me chercher à l’aéroport. On était allés directement au stade visiter les installations… Stade avec grand écran, deux salles de musculation, salle médicale, balnéothérapie. Même lui qui a pourtant joué aux Sharks ou en Angleterre m’avait dit que c’est le mieux qu’il ait vu.

Comme anecdote, il y en a beaucoup, beaucoup de 3ème mi-temps, plus ou moins arrosées ! Ma meilleure période restera ma dernière année junior à Riscle, là ça trichait jamais en 3ème mi-temps ! Je me souviendrai toujours du retour en train après la victoire en quart de finale contre Berlin avec le RG Heidelberg, 6 heures de train où on avait tout retourné, sans que personne ne nous disent rien ! Cela paraissait surréaliste ! 

J’en profite pour remercier tous les clubs par où je suis passé, et plus récemment, Pascal Gilles et Gaël Mouysset, ici à Vienne, pour leur aide et leur confiance.

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  • mimi12
    74891 points
  • il y a 2 ans

Toujours aussi rafraîchissant comme chronique !

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