Jean Barbezat, globe-trotter du rugby depuis ses 18 ans des USA au Brésil en passant par le Chili
Jean a vécu son expérience la plus aboutie au Brésil.

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Avant de partir pour la Suède pour y coller des tampons sur une patinoire, Jean Barbezat évoque ses voyages sur la planète ovale.

Quel est ton parcours rugbystique en France ?

Ma famille a déménagé dans les Landes après un court passage au Québec en 2004, mais c’est en 2006 lors de mon entrée au lycée de Borda que j’ai compris l’importance du rugby dans la région. Après deux années tranquilles sur les bancs du lycée, je me suis retrouvé en classe avec plusieurs joueurs de la section rugby du lycée (première section française qui fut championne du monde des lycées au Japon). Lors des choix du sport collectif en EPS en 1ère, j’ai pris mon courage à deux mains, fermé les yeux et choisi le rugby. C’est à partir de ce moment-là que je me suis rendu compte que je n’étais pas si ridicule que ça. S’en est suivi l’intégration de l’école de rugby de Rion des Landes en junior 2ème année où j’ai rejoint deux bons copains qui avaient fait leurs gammes là-bas.

Après une année en Amérique du Sud, je suis revenu intégrer l’effectif senior. J’ai fait ma place en B au centre et étant étudiant, j’ai eu le confort de jouer les dimanches sans avoir la possibilité de m’entrainer véritablement avec le club. En parallèle, j’allais de temps en temps jouer avec l’équipe universitaire de mon frère histoire de rigoler un peu. Après trois ans sous les couleurs de Rion et un stage aux Etats-Unis, les études m’ont dirigé vers la région parisienne où j’ai intégré l’équipe de Fontenay-Aux-Roses en Promotion Honneur. Malheureusement, après un peu plus de la moitié de la saison en première, je me suis luxé l’épaule et cassé l’acromio sur un plaquage. Je n’ai pas pu revenir complétement cette année-là et ce fut la fin de mon expérience de rugby en France.

Pourquoi as-tu décidé de partir à l’étranger ?

Pour diverses raisons, à la sortie du lycée, aucun de mes vœux post-bac n’avaient été acceptés… Sachant que les bancs de l’université n’étaient pas faits pour moi, j’ai décidé d’en profiter pour me lancer dans une aventure assez folle. Après une saison d’été sur la côte, je suis parti en Uruguay pour voyager. L’objectif était de trouver un travail pour la saison d’été et apprendre l’espagnol. J’en ai vite trouvé un dans un restaurant et me suis rapidement adapté à mon nouvel environnement.

A partir de ce moment-là, ce fut le déclic. Être à l’étranger est une véritable drogue et c’est pour ça que j’y retourne. Ce sentiment d’exotisme que l’on représente permet de casser énormément de barrières et créer des situations inédites que seul le statut d’étranger nous permet (certes plus facile quand tu es français que syrien…). Ma personnalité s'accorde très bien avec cette situation et en général j’arrive à jouer assez bien avec elle, d’autant plus que je fais toujours l’effort d’apprendre la langue locale.

Puis j’ai cherché les opportunités et tout s’est enchainé : trois mois de stage aux Etats-Unis, six mois d’échange universitaire au Brésil puis 6 mois de stage de fin d’études au Chili.

Est-ce que tu voyages seulement en sac à dos en mode survie à la Bear Grylls ?

Je ne voyage jamais en mode survie. Certes, je voyage avec mon sac à dos mais je me déplace en bus, dors en auberge de jeunesse et mange à ma faim. En fait, le voyage n’est pas tant ma priorité, je préfère essayer de faire partie de la communauté par le sport ou par le travail. Au final, on a moins de photos mais nos souvenirs sont plus forts.

Où as-tu connu ta première expérience rugbystique à l'étranger ?

Depuis mes 18 ans, j’ai vécu dans pas mal de pays, mais c’est seulement aux USA, au Brésil et au Chili que j’ai eu la possibilité de jouer au rugby. Aux USA, j’étais en stage dans une grosse boite française et du coup c’était difficile pour moi de me faire des potes « américains ». Après quelques jours, j’ai décidé de contacter un club de rugby local pour faire des rencontres. J’ai contacté le 2nd City Troop RFC (qui n’existe plus depuis) dans la banlieue de Philadelphie et suis parti jouer avec eux. J’ai eu l’occasion de faire le dernier match de la saison à 15 et j’ai découvert le rugby à 7 qui est assez développé. Le rugby était différent là-bas, c’est un rugby vers lequel nous tendons d’ailleurs. Les joueurs sont plus physiques à bas niveau et les contacts plus durs, on ne joue pas les évitements mais beaucoup plus le contact. C’est d’ailleurs pour ça que m’intégrer à l’équipe a été plutôt facile car j’apportais quelque chose de différent. Ayant plutôt un physique athlétique, je cherche plutôt les intervalles quand beaucoup de joueurs vont venir chercher le défi physique.

Le rugby prend de plus en plus d'importance au Brésil. Comment s'est passé ton intégration dans l'ovalie locale ?

Au Brésil, ce fut mon expérience la plus aboutie. En échange universitaire à Curitiba (500 km au sud de São Paulo) j’ai décidé de vite intégrer une équipe de rugby car je suivais des cours du soir avec des adultes qui n’avaient aucune intention de nouer des liens. En plus avec 12 heures de cours par semaine, je dois dire que j’avais pas mal de temps libre.

Au Brésil, il y a un championnat de première division le « Super 8 » et en parallèle les championnats des états dont les meilleurs classés se retrouvent en « Taça Tupi » qui est l’équivalent de la deuxième division. Les championnats des états représentent un peu une présaison pour ceux qui arrivent à se qualifier.

Le Paraná (état dont la capitale est Curitiba) compte un peu plus d’une dizaine d’équipes de rugby dont 6/7 sont compétitives. Les « Touros » (Curitiba Rugby Clube) est l’équipe fanion, elle a été double champion du Brésil en 2014 et 2016 et vice-champion en 2015 et possède dans ses rangs des Argentins et des Sud-Africains qui sont rémunérés.

De mon côté, j’ai choisi d’intégrer « Urutau », une équipe beaucoup plus attachante où chaque année représente un nouveau défi pour exister. Tous les frais de fonctionnement sont à la charge des joueurs, en plus d’un abonnement mensuel, les joueurs doivent participer aux frais de déplacement (en général plusieurs centaines de kilomètres) et tous les frais qui y sont liés c’est-à-dire repas, troisième mi-temps, eau, straps... Le budget est assez conséquent surtout quand les trajets durent une dizaine d’heures, et que par conséquent la troisième mi-temps aussi, avant de se terminer dans les boites de nuit de la ville.

L’année où j’étais présent, nous avons fait une saison exceptionnelle puisque nous avons terminé 2ème du championnat du Paraná juste derrière les « Touros » qui garde égoïstement le titre. Nous avons donc été qualifiés pour la « Taça Tupi ». Malheureusement, faute de moyens (déplacement en avion, frais d’entrée, etc.) nous avons dû renoncer à notre participation.

Nous étions trois Français dans cette équipe et notre départ plus le recrutement de certains joueurs chez les Touros ont fait que le club s’est déstructuré. Cette saison, il n’y a malheureusement pas d’équipe mais j’espère qu’il saura se relever au plus vite pour continuer de titiller « Os Touros ».

Trouver un club au Chili n'a pas dû être aussi facile ?

Au Chili c’était beaucoup moins cadré, je travaillais dans un domaine viticole situé dans le Maule (300 km sud de Santiago) isolé de tout. En plus de n’avoir pas beaucoup de temps, j’étais à 300 km de la capitale et y allais peu souvent. Un w-e, j’ai déposé un message sur le groupe FB des Français du Chili disant que j’étais sur Santiago et que ce serait volontiers que je partagerai une bière devant le match du Six Nations. Un des cadres du Rugby Clube Francès (club bien connu chez vous) m’a contacté et m’a dit qu’un match amical était organisé le samedi à 11 heures et que j’y étais convié si je souhaitais. En plus d’avoir joué et gagné avec eux, j’ai participé à une 3ème mi-temps mémorable qui a bien duré 36 heures entre la fin de match et nos bains en caleçon dans les piscines et jacuzzis du Ritz de Santiago. Je les ai rejoins sur un tournoi à 7 plus tard dans la saison. 

As-tu gardé contact avec les personnes/joueurs que tu as pu rencontrer dans ces différents pays ?

C’est difficile de garder contact avec tout le monde. Au départ, c’est ce que l’on souhaite, mais on se rend bien compte par la suite que ce n’est pas possible. Alors j’ai encore des contacts réguliers avec plusieurs personnes mais tous les autres savent qu’ils seront toujours bienvenus chez moi, peu importe où ce chez moi se trouve. Il y aura toujours, une bière, une assiette et un endroit où dormir.

Par quoi as-tu été marqué lors de tes voyages, sur un plan rugbystique et humain ?

Au niveau humain, j’ai été évidemment marqué par les fossés entre les riches et pauvres en Amérique Latine. Au Brésil, j’ai été choqué par la présence de la religion dans la vie de la population et le business qui en est fait. Aux USA, c’est plus la forme des relations qui a été surprenante, le fait que l’on soit souvent très bien accueilli mais que les relations restent assez superficielles.

Sur un plan rugbystique, je tire mon chapeau à tous ces joueurs/cadres qui s’organisent et donnent énormément de leur temps et argent pour faire vivre le rugby là où le foot est roi. Les gens sont dévoués et il n’est jamais question de rémunération. Ils vivent leur passion avec les moyens du bord et le rugby représente en général plus qu’un sport, une philosophie de vie à laquelle les joueurs s’accrochent.

Quel est ton meilleur souvenir ?

Au niveau personnel, je dirai que mon meilleur souvenir est le moment où je me suis rendu compte que j’étais enfin devenu bilingue en espagnol. Au niveau sportif, notre 2ème place en championnat du Paraná avec Urutau était sans aucun doute un des moments les plus forts et émouvants de ma carrière sportive. Ce groupe était vraiment composé de frères.

As-tu une anecdote que tu aimes raconter ?

Des anecdotes j’en ai effectivement quelques-unes qui ne mettent pas forcément à mon avantage. D’abord aux USA, lors d’un exercice à l’entrainement, les joueurs devaient percuter le bouclier, tomber puis le soutien venir déblayer pour sécuriser le ballon. Je me porte volontaire au bouclier et me met en position. Malgré la présence de la protection, je suis tombé K.O. au 5ème ou 6ème passage. A l’image du football américain, les chocs étaient tellement violents que je me suis retrouvé sans connaissance sur un exercice à l’entrainement…

Autre anecdote cette fois-ci au Brésil, j’avais fait de la rééducation de mon épaule et de la musculation de septembre à Janvier. En février, j’arrivais pour mon premier entrainement avec Urutau (dans un parc) et on commence par un exercice de passe en croix. Je n’avais pas touché un ballon depuis 8 mois et voilà que je me retrouve à faire des passes mauvais côté… Ne maitrisant plus du tout mon geste à cause de la rééducation, j’envoyais des cloches et des ballons à trois mètres de mes coéquipiers. Après quelques passes, l’entraineur me prend à part et demande « Jean, tu es sur que tu as déjà joué au rugby ? », autant vous dire que j’ai voulu me faire tout petit à ce moment-là…

Qu’est qui t’amènes à partir désormais en Suède ?

La Suède c’est un peu un rêve de gosse, la neige, les chiens de traineaux, les lacs gelés, le hockey sur glace… Oui, le hockey sur glace, car je ne l’ai pas dit mais c’est ma véritable passion depuis notre passage au Canada. Même si je n’ai pas pu beaucoup le pratiquer, une des raisons de mon départ en Suède est la possibilité de pratiquer librement ce sport. 

J’ai donc fini mes études et me suis mis à la recherche d’un contrat VIE, après une bonne quinzaine d’entretien j’ai eu plusieurs opportunités et j’ai choisi de me diriger sur un poste de commercial export pour le compte d’un chocolatier français sur la zone scandinave.

Penses-tu rentrer un jour en France pour de bon ?

Ce n’est pas une question à laquelle je peux véritablement répondre, j’arrive à un âge où des projets prennent forme et des éléments extérieurs peuvent venir changer mes plans. Avant un retour définitif en France, j’aimerais beaucoup retourner quelques années au Canada à l’image de mon frère qui y vit présentement. Cependant une chose est sûre, j’aime la France et il n’est pas question pour moi de m’en éloigner plus d’un an d’affilé !

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  • oli 30
    7320 points
  • il y a 3 ans

Article sympa - je me retrouve un peu chez Jean où j'ai également joué 2 ans au Brésil et 6 mois en Allemagne. Peut importe où l'on va on retrouve l'esprit rugby! Vivement d'autres articles dans le genre.

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