Je suis allé voir pour vous ... Les Oursons de Tournay VS les Sangliers du Rougier
Crédit vidéo : Alison Perret
En ces temps de phases finales, je me laisse encore porter par le parfum des pâquerettes et des chants de supporters. Back to la 2e série.

Dimanche 7 avril, je décide de repartir en immersion dans le rugby amateur. Pas de répit pour les braves. Ça sera en terrain neutre cette fois, à Seilh plus précisément, où se déroulera un match au sommet opposant Tournay Sports et le Rugby Club du Rougier (RCR). Les premiers cités nous viennent des Hautes-Pyrénées, nous avions déjà croisé leur route pour l’épisode 1 en terre Lauraguaises. Pour les seconds, ils arrivent de Camarès, petit village du sud de l’Aveyron qui se situe peu ou prou au milieu de nulle part entre Millau et Béziers. Ils s’affronteront donc pour atteindre le dernier carré du tableau B de 2e série, toujours en Ligue Occitanie, et obtenir un ticket pour les barrages du championnat de France. Je vous avais déjà dit que c’était un beau bordel ces phases finales.

Malgré un temps grisonnant, je prends la direction du pays seilhois avec mes deux compères, Jéjé et Bichon. Nous ferons une longue halte dans un bistrot en périphérie de Toulouse pour nous sustenter. Une brasserie qui tient comme discours « Vivre d’amour et de bonne bouffe » ne peut être que foncièrement accueillante. Et de l’amour, il va falloir en faire le plein pour assister à cette rencontre. Après avoir ripaillé comme chez mémé, nous voici repartis bien chauds comme la braise alors que le soleil vient éclaircir notre après-midi.

UN MATCH SUR LES RIVES DE L’AUSSONNELLE

Le coup d’envoi est donné alors que nous nous trouvons encore à la billetterie pour régler les quelques 8€ requis par la FFR pour assister à un match de 2e série. On contribue nous aussi aux indemnités de Guy Novès au final. Mais c’est déjà Tournay Sports, en noir, qui est à l’œuvre grâce à une percée de leur numéro 13, ils obtiennent une mêlée à 5, les sangliers de Camarès (leur emblème) sont pris à froid. Bichon me livre déjà une analyse à chaud : « Putain, j’ai bien fait de ne pas prendre de dessert, j’en pète. » Alors que Jéjé a déjà repéré la cahute pour le « café ».

Les Oursons tournayais commencent tambour battant, ils profitent des ballons rendus par leurs adversaires pour mettre de la vitesse et mener des contre-attaques. Malheureusement, les premières fautes de main empêchent le jeu de se lancer. Alors que les blancs de l’Aveyron s’engueulent dès la 14e minute, ça promet. Qui dit en-avant, dit mêlée. Et voilà que le pilier tournayais sort sur saignement. Je ne veux pas jeter la pierre, mais c’est une sacrée coïncidence vous ne trouvez pas ? Petit point Evelyne Dhéliat, il y a pas mal de vent aujourd’hui. Et je me rends compte que c’est toujours la 14e minute. Ah ben non, le planchot indique juste 14h05. Quel con.

Les blancs mettent la main sur le ballon et c’est leur numéro 13 à eux, tout de casque jaune vêtu, qui perce. Les noirs se font pénaliser dans leurs 40 mètres, le RCR tente de concrétiser cette belle tentative. Mais le buteur enverra la gonfle au poteau de corner. Ça aurait pu être une belle occasion en foot, en rugby c’est renvoi au 22m. Le numéro 10 de Tournay Sports, bien aidé par le vent, balance un joli coup de pompe pour renvoyer les sangliers dans les bois. Ils réussissent à remettre la main sur le cuir et quelque temps de jeu plus tard, ils glanent une pénalité permettant à l’artilleur noir de s’illustrer. 3 à 0. « ON SORT PROPRE ! » rétorquera leur coach. Une phrase pleine de non-sens finalement. Il aurait demandé de sortir dégueulasse cela aurait surpris tout son monde.Crédit photo: Alison Perret

Le Rougier fait mal au premier rideau des oursons qui se trouent sur les plaquages. A l’image du numéro 8 qui roule sur ses adversaires. La suite de l’action aurait pu être concluante mais son compère le numéro 7 bouffe la feuille et un en-avant est commis à l’arrivée. Triste fin pour un joli mouvement de panzer. Le demi de mêlée tournayais houspille les siens qui ne plaquent pas. Ils sont mignons ces numéros 9 quand même. Tournay est joueur mais bégaie le ballon. Après 15 minutes, difficile de savoir qui réalisera le plus d’en-avant dans cette rencontre.

Le jeu ne s’emballe guère dans les minutes qui suivent. Les Pyrénéens jouent même avec un peu trop de précipitation parfois. Une autre mêlée viendra mettre une pause sur un jeu déjà bien haché jusque-là. Toujours 3 points à rien après 20 minutes de jeu. Les blancs obtiennent un coup franc bien placé dans les 40 mètres adverses. 2 options s’offrent à eux : mettre l’arrière sous pression avec un coup de pied ou emballer le jeu pour déstabiliser la défense. On choisira la troisième option, jouer à la main et se poser pour faire un maul. Une autre philosophie. Le numéro 5 noir, lassé de ne faire que défendre, décide de se chamailler avec son vis-à-vis. L’arbitre refroidi ses ardeurs pour 10 minutes. Les dirigeants qui tiennent la buvette manifestent leur mécontentement face au manque de rythme. « On s’endort » s’exprimeront-ils durement. Il est vrai que si on devait comparer ce match à une course automobile, ça serait le 4L trophy.

On assiste maintenant à du ping-pong rugby, pour changer. Dans les tribunes, le tambouriste se réveille un peu, mais s’éteint aussi tôt. On observe plus d’en-avants que de rebonds en NBA, fait rare. Mon voisin pronostique une vingtaine de mêlées jouées en 30 minutes, à a louche. On ne doit pas en être loin. Le numéro 10 à la queue de rat (dans les cheveux) caresse magnifiquement la balle et nous offre un régal de coup de pied décroisé pour chercher une belle touche. Il aura le dernier mot, c’est la mi-temps sur ce score étriqué de 3 petits puntos à que dalle.

On aura vu plus de mêlées que de passes dans ce premier acte, laissez-moi dénoncer les frasques de la 2e série messieurs dames. A en faire pâlir le plan de jeu du XV de France ! Bon, je ne vais pas trop cracher dans la soupe non plus, les deux équipes ont montré de belles initiatives, mais le manque de concrétisation empêche le score de s’envoler. En gros, on s’envoie beaucoup mais on marque peu, c’est dommage.Crédit vidéo : Alison Perret

LES INTENTIONS CONTINUENT

Au retour des citrons, qui sont des oranges en fait, Tournay continue d’envoyer du jeu. Et leurs intentions vont être justement récompensées. Leur centre casse un plaquage et passe le premier rideau. Le demi d’ouverture, en position de numéro 9, remarque que le fond du terrain est dégarni et tape par-dessus pour son arrière, bien en jambes dans ce match, qui vient planter un essai en coin. Avant de subir un attentat devant mes pieds. Probablement jaloux de s’être fait pourrir à la course, l’ailier de Camarès se jette sur le marqueur, genoux en avant. Même Cantona n’aurait pas osé. Pourtant, on en restera là, l’arbitre assistant décidant que le geste n’était pas assez violent. 2e série n’est pas synonyme de combat des gladiateurs hein. 8 à 0, mais côté noir on crie au scandale.

Enivrés par cet essai, les oursons poursuivent sur la même voie. Mais ce sont les joueurs du RCR qui réduisent l’écart. 8 à 3 et seulement 5 points de retard désormais. Les Aveyronnais ont la chance de compter dans leurs rangs leur numéro 8. Véritable couteau suisse de l’équipe. Il tamponne fort, tape au pied, coupe les oranges et conduit probablement le bus. Les noirs obtiennent une pénalité pour reprendre de la hauteur, mais le coup de pied est un peu court.

Le salut de Rougier Camarès viendra des fondamentaux, à savoir les bons groupés pénétrants des familles. La base. Quand ils essaient de mettre de la vitesse, dans une défense aux abois, c'est une faute de main qui met fin à cette tentative. Tournay par contre est en réussite, comme le montre l’ailier remplaçant qui gratte un ballon tel une véritable tique après un bon pressing dans les 40m blanc. Encore une occasion de prendre le large. Qui sera manquée... Comme si ça pouvait aider au jeu, la pluie fait son apparition.

L’eau n’annihile pourtant pas les envies de jeu des Aveyronnais face à une défense solidaire des noirs, à en croire leur numéro 6 venant cueillir avec ardeur le demi d’ouverture blanc dans les costiches. Du coup, il n’a pas pu ouvrir tant que ça. On se rentre dans la couenne de part et d’autres mais sans écarter les ballons pour autant. Je ne comprends pas pourquoi on se fait chier à jouer sur un terrain de rugby alors qu’un trinquet suffirait. Un Tournayais sort pour faute technique, il va falloir défendre à 14, ça va être chaud. De mon côté, vu la quantité de sirop qu’on me fout dans le verre, je suis loin de l’hypoglycémie.

On compte de la casse dans les rangs noirs, à tel point que le pilier remplaçant se voit contraint d’écraser sa clope pour faire son retour. Alors que côté blanc, le numéro 8 semble aussi s’occuper des coups de pied de dégagement. C’est lui qui fait cuire les ventrèches à la mi-temps ?

Dans les tribunes, la bataille des supporters fait rage, on hurle des deux côtés en balançant des numéros au hasard. Peut-être ceux du loto qui sait. Sur le pré, les organismes sont mis à l’épreuve, ça tape fort. Le clan aveyronnais élabore un plan de jeu assez simple, faire des tas. A fortiori, ça marche car 2 temps de jeu plus tard, ils viennent s’écrouler en terre promise. La transformation de la gagne est manquée, ça sera un 8 partout. Un des joueurs tournayais, pas matheux pour un franc, croit en la victoire. Il brandit les bras avant de se rendre compte qu’on se dirige vers des prolongations. Ascenseur émotionnel. 20 minutes de plus à jouer.

PROLONGATIONS !

Le compte-rendu est déjà assez long jusque-là, je vais essayer d’être le plus bref possible. L’enjeu tue le jeu dans les premières minutes, on se cherche, on joue au pied, comme si on attendait que l’autre fasse de la merde. Et c’est le RCR qui passe devant au score en premier. 8 à 11 pour le moment. On tire un peu la langue après seulement 1h30 de jeu. Les Pyrénéens veulent emballer le match mais oublient qu’il faut aussi le ballon avec. L’homme en bleu siffle la mi-temps. Du moins, on inverse juste les camps pour gagner du temps. Il ne s’agirait pas de jouer avec la nuit, on n’a pas payé l’EDF.

Le jeu rapide est payant pour les oursons ! Ils arrivent dans les 22 mètres adverses par un bon pressing, ils obtiennent une mêlée. « JACQUIE ET MICHEL ! » annonce le chef d’orchestre. Le numéro 22 de dos envoie son numéro 13 dans l’intervalle, il prend le trou et marque entre les poteaux. N’y voyez aucune métaphore. C’est bien Tournay Sports qui repasse devant, 15 à 11, la fin de match sera haletante. Les minutes qui suivent verront les sangliers du Rougier jouer un jeu à 0 passe. C’est-à-dire qu’ils ont fait des mauls quoi. Alors que leurs ailiers pètent des records sur Candy Crush.Crédit vidéo : Alison Perret

On joue la 100e et des briques, la mêlée avec possession Tournay devrait sonner le glas des espoirs aveyronnais. Seulement, le demi de mêlée est sanctionné pour une introduction dans les pieds de son numéro 8. Je ne peux me positionner, je n’y vois que dalle. Les gars de la buvette non plus et ils nous le font savoir. Mêlée inversée. La prolongation semble plus longue que le match entier. Côté Camarès on joue dans le petit espace, on s’empile les uns sur les autres et dans un ramassis de viande humaine, l’arbitre de la rencontre accorde l’essai qui ne sera pas transformé, mais cela vaudra la victoire pour le Rugby Club du Rougier, 16 à 15. Un petit point. Le rugby est cruel.

FIN DU MATCH

Une partie haletante quoique souvent gachée par des fautes de main des deux côtés. Le match aura duré 1h40 au total, ressenti 8h12. La défaite est terrible pour les pyrénéens qui ont mené au score tout le match, mais visiblement la 2e série c’est aussi gagner avec des mauls. Félicitations aux 2 équipes qui se sont envoyées comme des diables là ou d’autres se seraient échappés. Je ne balancerai sur personne évidemment. Mention à Tournay Sports qui, bons joueurs malgré tout, m’a copieusement invité à la buvette.

La décla :

Tu veux une bière ? Met toi sur le côté en attendant plutôt, je regarde le match et ils sont à 5 mètres.

 Par le monsieur de la buvette, amateur de beau rugby.

La stat :

  1. Le grammage de la barbaque du midi. Beau morceau.

Le geste :

Les 36 tours de strap autour du crâne du talonneur Tournayais, le faisant ressembler à un joueur des années 70, quand on jouait avec les ballons Wallabies pleins de flotte.

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  • Ranor
    16066 points
  • il y a 4 mois

Que j'aime à lire ces articles ! Merci et bravo !

  • Jak3192
    47401 points
  • il y a 4 mois

Quelque chose à ajouter ?
Oui:
ENORME

Faut aimer ce sport pour jouer à ce jeu.

Comme d'hab, on s'y croirait !

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