Erwan Caquineau, ce rugbyman français devenu international... danois au pays des Vikings
Erwan Caquineau, capitaine du Frederiksberg Rugby Klub. Crédit photo : Daniel Storch
Capitaine du Frederiksberg Rugby Klub, champion du Danemark en 2018, le Français est même devenu... international. Rencontre.

Erwan Caquineau, 27 ans, est responsable d’unités de production dans une usine d’un grand groupe industriel français. Le rugby ? Tout commence à ses 10 ans à l’entente Rochefort - Tonnay Charente (17). "Je commence à l’aile et remonte chaque poste de la ligne arrière au fil des années, pour finir 3e ligne coté ouvert en cadet. Je fais ma dernière année Junior, et je joue mon premier match sénior à Tonnay-Charente où j’ai la chance d’y gagner un bouclier régional 4e Serie." Ses études d'ingénieur l'éloignent de la Charente-Maritime, mais pas du ballon ovale : il rejoint le club de St Sebastien Basse Goulaine (RCSSBG) pour se tester à un niveau plus élevé : Honneur puis Fédérale. "J'ai surtout rencontré un groupé soudé, et performant en 3ème mi-temps."

C'est ensuite le début de ses aventures d'expatrié. Dans le nord du Queensland d'abord, pour l'équipe australienne du JCU Cairns. "Sur le pays continent, le rugby est basé sur la vitesse et l’évitement. Pour l’anecdote, j’y prend le seul carton rouge de ma carrière pour une gifle donnée après avoir subi un plaquage illégal. J’ai ensuite dû expliquer mon geste face à une commission. A 20 ans, je n’en menais pas large face à l’avocat. La violence est sévèrement condamnée pour favoriser le jeu, et je supporte entièrement la démarche."

Les études l’emmènent ensuite sur les rives de l’Elbe, à Hambourg, où il joue une saison en Bundesliga I, pour St Pauli Rugby, “Angst und Geld haben wir nicht, comme ils disaient." De retour en France, il s'essaye pendant 6 mois à la Fédéréle 2 à Nantes, mais ne parvient pas à intégrer l’équipe première. "La densité physique de l’effectif était impressionnante, et le groupe préparait la montée en Fédérale 1." Parti en Occitanie pour un stage, il évolue chez les champions de France corpo, les Arles XV. Avant de prendre la direction du Danemark pour une folle aventure.

Salut Erwan ! Quand et comment t'es-tu retrouvé au Danemark ? Pas trop dure l'acclimatation ?

Arrivé au Danemark pour un VIE après les études en 2015, la bande de copains du rugby m’a beaucoup aidé pour l’acclimatation. L’hiver est rude, humide et sombre, mais les étés aux journées interminables sont exceptionnels.

Explique-nous comment le rugby est organisé là-bas.

Le championnat danois est divisé en deux divisions. La première division compte huit équipes, réparties sur l’ensemble du territoire. Près de 2500 licenciés (toutes catégories) sont enregistrés au Danemark, dans environ 30 clubs, d’après les chiffres de la fédération danoise, la Dansk Rugby Union. La saison se déroule sur une année calendaire, d’avril à novembre. En effet, les hivers ne permettent pas de pratiquer le rugby en extérieur.

Crédit photo : Daniel Storch

Le format de la compétition a changé il y a deux ans en passant de play-off à un championnat à points (comme la Ligue 1 de football en France).

De ton côté, tu évolues au Frederiksberg Rugby Klub. Tu nous le présentes ?

C'est ça. Frederiksberg Rugby Klub (FRK) est un club de Copenhague, Frederiksberg étant une commune adjacente à la capitale danoise. FRK fut fondé en 1975 par Erik Andersen, quand il voyait ses deux fils jouer à la balle avec leurs amis, l’idée naquit de leur proposer un ‘vrai’ sport. Il fonda ainsi le club pour canaliser l’énergie des jeunes du quartier. Le club des Falcons compte aujourd’hui environ 200 membres, et 2018 fut l’année de consécration nationale dans toutes les catégories engagées.

Comment tu as atterri là-bas, et pas dans un autre club ?

Lorsque j’ai reçu le retour positif de mes entretiens pour le job en 2015, j’ai aussitôt googlisé “rugby Copenhagen”. J’ai pris le classement et contacté le club en tête. Loic Poulain m’a alors répondu dans l’heure, pour m’inviter aux entrainements. Ensuite, premier jour au Danemark : atterrissage à 13h00, premier entrainement à 18h00. L’équipe se préparait pour les play-offs, donc je faisais profil bas.

La beauté du rugby s’illustre par ses idéologies, même si je ne connaissais pas les joueurs, j’ai rapidement vu que je m’entendrais bien avec ces mecs. Bien que nous ayons tous des origines différentes, on a tous les mêmes valeurs rugbystiques. L’intégration fut donc facile et rapide.

Justement, quelles sont les grosses différences que tu as pu relever entre le rugby français et le rugby danois ?

La première différence se situe au niveau de la bagarre. Je n’ai participé qu’à 2 générales en 4 ans. Les rucks sont propres, très peu de coups de poings. Il y a bien sur quelques accros, mais ils se règlent rapidement. L’esprit est libéré, et on se focalise sur le jeu, la rugosité vient des contacts. En quittant la France, j’ai également réalisé l’importance des bénévoles dans les clubs. Cette armée qui effectue le travail de l’ombre, qui prend soin de l’équipe, participe aux succès de l’équipe et fait vivre les clubs. Sans eux, les clubs ne seraient rien. Et au Danemark, la communauté rugby est réduite, donc à FRK, chaque joueur doit s’impliquer. On doit tout gérer, les sponsors, les maillots, les posters d’avant matchs, jusqu’au kiné et en passant par les oranges pour la mi-temps.

En tant que capitaine, j’ai également dû adapter les discours d’avant match. L’inspiration des discours de mon père (ancien capitaine du RTC – Rugby Tonnay Charente) ou ce que l’on voyait chez nous en France ne fonctionnaient pas toujours avec la différence de cultures des joueurs. De plus il est difficile de traduite ”le 5 de devant c’est 8 copains” ou encore "le premier quart d’heure c’est 20 minutes à fond" en anglais ou danois.

Crédit photo : Daniel Storch

Notre head coach britannique Richard Groom apporte énormément avec sa vision du jeu. Il insiste sur une intense pré-saison à l’anglaise. Ensuite, les entrainements commencent par du physique, puis des sets de skills et team run ensuite. Notre jeu est basé sur la vitesse et le rythme élevé, beaucoup de off-loads, rucks expédiés en moins de 4 secondes et touches jouées en moins de 10 secondes. Nous avons deux entraînements par semaine, et organisons la muscu entre nous une à deux fois par semaine.

Et la 3ème mi-temps ?

Elles sont intenses ! La Carlsberg coule à flot, les Vikings se transcendent et tous nos joueurs venus des quatre coins du globe ont leurs chansonnettes à pousser. Et bien sur, les traditions de “Man of the Match”, “Dick of the day”, “Banjo shot”, “long arm pint” et “no hand pint” sont toujours respectées.

Selon toi, à quel niveau français correspond la 1ère division danoise ? On y trouve beaucoup d'étrangers ?

En termes d’intensité et d’impact, je comparerais certains clashs entre les grosses équipes de la première division à une Fédérale 3. Les équipes sont généralement composées de Danois, et quelques étrangers. A Frederiksberg, nous comptons 54 séniors pour environs 2 tiers d’étrangers (Anglais, Irlandais, Ecossais, Gallois, Français, iIaliens, Argentin, Fidjien, Samoan, Australiens, Néo-Z, Sud-Af, Mexicains, Chiliens…), la plupart venus sur Copenhague pour raisons professionnelles, ou pour l’amour d’une belle blonde danoise (pas forcement la bière).

Un Danois, un Ecossais, et un Chilien. Cosmopolite. Crédit photo : Daniel Storch

2018, c'est une belle année pour le FRK, puisque vous avez été sacrés champions du Danemark. 

Tout commence lorsque l’on perd de 3 points la finale 2017. Seule défaite de l’année. Le groupe se resserre et avec l’expérience des gars, le respect des valeurs et du groupe, on passe un cap en 2018. Pré-saison intense avec un coach pour la course à pied, et un coach fitness. On se concentre sur un projet de jeu dynamique, et on s’assure que tout le monde adhère au projet.

On aborde l’année sereinement en n’ayant peur de personne, mais en respectant tout le monde. On intensifie également le côté social pour souder les mecs, le rugby est notre seule famille au Danemark pour beaucoup d’expats. Nous avons effectué une tournée à Hambourg, un tournoi à 7 en Suède, une journée BootCamp dans un camp militaire…

Tu es également devenu international après trois ans de résidence ! C'est fou ! 

Les coachs de l’équipe nationale m’ont approché après deux ans au Danemark pour connaitre mon projet de vie, et savoir si j’avais l’intention de rester ici. J’ai ensuite participé à deux camps de sélection pour  finalement entrer dans l’effectif. Premier match, déplacement à Helsinki pour affronter la Finlande. Moment intense lors de la cérémonie de remise des maillot la veille à l’hôtel. J’ai également dû parapher un document spécifiant que je ne jouerai pas pour une autre équipe nationale (tant pis pour Brunel).

Crédit photo : Daniel Storch

Je tenais à chanter l’hymne danois pour prouver mon intégration, j’avais donc imprimé les paroles et les relisais dans les vestiaires avant le match. Sur le coup, on vit le moment, sans réaliser que c’est exceptionnel mais tout va très vite.

A quel niveau jouez-vous ? Et quelles sont les échéances futures qui attendent l'équipe nationale danoise ?

Le niveau est relevé en équipe nationale, on ne retrouve que des profils athlétiques, et surtout, les quelques forces de la nature, les grands Danois. Lors du premier match, coup d’envoi, premier plaquage, je réalise que ça va plus vite et ça tape plus fort. Il faut garder la tête froide lorsque les longues phases de jeu s’enchaînent. L’équipe est composée de joueurs danois, et quelques joueurs aux origines danoise évoluant en Angleterre. L’an passé, nous étions, avec un compère australien, les deux seuls joueurs du groupe sans sang danois.

Nous nous préparons pour affronter l’Autriche et la Lettonie en avril/mai, matchs critiques pour la qualification et passer au niveau supérieur dans la coupe d’Europe des nations.

Comment le rugby est-il vu, au Danemark ?

Souvent assimilé à tort au football américain, le rugby reste un sport mineur en Scandinavie, contrairement aux sports indoor qui sont très populaires (handball, badminton…). Pour répandre la culture rugby, il faudrait intervenir dans les écoles, et échanger sur les formidables valeurs de ce sport auprès des plus jeunes. L’école de rugby est également l'école de la vie, et ce message doit être partagé.

Intégrer les médias locaux et nationaux est également une démarche qui supporterait le développement de ce sport méconnu. Il y a ensuite un poids sur l’équipe nationale pour catalyser le nombre de joueurs qui viennent essayer la soule et faire rêver les jeunes assistant aux matchs.

Crédit photo : Daniel Storch

Suivez nos aventures sur facebook Frederiksberg Rugby Klub et Instagram @frederiksbergrugby. Si vous souhaitez effectuer un voyage de fin de saison sur Copenhague, contactez-nous : [email protected]
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  • sha1966
    51446 points
  • il y a 3 mois

Merci pour ce reportage un beau morceau de vie

Pour les personnes qui ne seraient pas familières avec la langue de Tokyo Hotel, Angst und Geld haben wir nicht signifie : on n'a ni peur, ni pognon

Et quitte à parler d'Allemagne, go Stutsa ! (Munich)

@Yann Béli

Très belle maxime.

  • Ahma
    82271 points
  • il y a 7 mois
@Team Viscères

Comme Huget dit à Médard.

@Ahma

#Bromance

Très sympa ce témoignage, le peu que je connais du Danemark j'aime beaucoup, la qualité de vie à l'air au top il doit bien s'y plaire.

Par contre j'aurais aimé qu'il nous parle un peu de son passage au St Pauli Rugby, les 3e mi-temps devaient être terribles!

  • Ahma
    82271 points
  • il y a 7 mois

Y a-t-il, sur denrugbynisterium.dk, des utilisateurs qui s'insurgent contre ces hordes d'étrangers qui tuent le rugby danois, et réclament l'augmentation du quota de JIFD ?

@Ahma

Pitêt pas mais sur Rugbycaca.dk sûrement.

@Ahma

On peut aussi parler des soucis du Rugby danois où des Fidjiens sont embauchés pour jouer des matchs couperets ou des tournois à 7. Le principale soucis ce ne sont pas les joueurs étrangers éligibles pour l'équipe nationnale mais le manque de sérieux et d'autorité de la fédération. Enfin ca ne surprendra personne!

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