De l'US Montmélian à l'Auckland University Rugby Club, la belle histoire d'un Frenchy au pays du rugby
La belle aventure d'Irvann en Nouvelle-Zélande.
Talonneur formé à Montmélian, Irvann Demartino s'éclate à l'autre bout du monde. Il raconte.

À bientôt 22 ans - il les aura le 7 juillet -  Irvann a déjà connu de belles aventures rugbystiques. C'est à 5 ans qu'il se retrouve sur les terrains pour suivre sa grande soeur, joueuse du Rugby Club Touvet Pontcharra. Après trois ans au RCTP, direction l'Union Sportive Montméliannaise avec l'un de ses meilleurs amis, puis la section sportive rugby au lycée Monge de Chambéry, en 2010. Demi-finaliste en cadets Teulière A et finaliste en juniors Balandrade, le talonneur de Montmélian obtient son bac STI2D, puis intègre l’Ecole Nationale des Ingénieurs de Saint-Etienne (ENISE) où il prépare toujours un diplôme d’ingénieur en Génie-Civil.

S'il s'entraîne avec le CASE - jusqu'au dépôt de bilan du club - pas question d'abandonner l'USM. Au poste de talonneur, Irvann a connu quelques feuilles de match avec l'équipe première (Fédérale 3) avant un départ pour le pays du rugby, la Nouvelle-Zélande.

Comment t'es-tu retrouvé au pays des All Blacks ?

Je suis actuellement en 4ème année d’école d’ingénieur, nous devons effectué une période de 5 mois à l’étranger et obtenir un test en anglais (TOEIC) pour être diplômé en 2018. Je ne souhaitais pas partir loin de ma famille et mes amis, auxquels je tiens beaucoup. Mais après avoir loupé ce test deux fois, je me suis dit qu’il était temps de réagir : ma période à l’étranger s’effectuerait obligatoirement dans un pays anglophone malgré mon niveau catastrophique. L’école proposait un stage de 5 mois en Nouvelle-Zélande, et ma passion pour le rugby m’a fait oublié la peur de partir loin de mes proches. Etant seul et étudiant c’était l’occasion ou jamais d’accomplir mes rêves.

Mais pas question d'abandonner le rugby, j'imagine ?

En novembre, j’étais sûr de partir pour 5 mois à Auckland, en Nouvelle-Zélande. Je me suis empressé de contacter le club d'Auckland University Rugby Club (AURFC) via Facebook pour connaitre les démarches afin de pouvoir jouer là-bas. J’ai donc fait une demande de « Clearance » auprès de mon club et de la FFR afin de pouvoir jouer en Nouvelle-Zélande. Le 4 février, je posais mes valises à Auckland. Le 7 février, j’assistais à mon premier entrainement au Colin Maiden Park. L’arrivée fut compliquée : j’étais obligé de leur faire répéter trois fois les phrases avec leur accent incroyablement prononcé ! Je suis le seul Français et c’était mission impossible pour eux de prononcer mon prénom. Dès le quatrième entraînement, mon surnom m’a été imposé : FRENCHY. Sinon, la Nouvelle-Zélande est un pays magnifique, à chaque temps libre j’en profite pour le visiter.

Côté rugby, tu constates quelles différences dans la préparation ?

La saison de rugby s’effectue de mars à août, je suis arrivé en pleine préparation. On s’entraine deux fois par semaine pendant deux heures, avec de la musculation via le préparateur physique en salle payante pour les autres jours. Je me suis contenté des entrainements. Durant tout le mois de février, les entraînements étaient décomposés en deux parties techniques et physiques. La préparation était axée sur des exercices de courses et de cardio avec énormément de passage par le sol. Le principal objectif étant de passer le moins de temps au sol possible pendant les matchs.

La partie technique s’axe sur des exercices de passes et de cohésion. La préparation est plus longue qu’en France, un mois et demi avant le premier match amical. Tous les joueurs effectuent la préparation ensemble, ce qui agréable : les avants font les mêmes « skills » de passe que les trois-quarts, la préparation physique est la même pour tous, ce qui permet d’avoir une homogénéité sur la condition physique également. Le fait de ne pas séparer trop les avants des trois-quarts et l’équipe première de l’équipe réserve permet d’avoir une cohésion de club au sens général.

Quid du niveau de jeu ? Dans quelle division évolue ton équipe ?

Le championnat néo-zélandais est complètement diffèrent du championnat français. Celui-ci est divisé en province sous la tutelle de la New-Zealand Rugby Union (NZRU), l’équivalent de la FFR. Le rugby n’est pas professionnel en Nouvelle-Zélande : seul les joueurs évoluant dans les clubs du Super 18 et de l’ITM Cup sont considérés comme professionnels, ils sont employés par la NZRU.

Notre club, Auckland University Rugby Club, possède une équipe première et une équipe réserve qui évolue respectivement, en « Premier » et en « Premier Development ». S’il fallait brutalement comparer au championnat français, je dirais que ça correspond à une équipe de Fédérale 1 et Fédérale 1B.

Au niveau du jeu, ce n’est pas comparable. En France, nous sommes axés sur l’agressivité et notre jeu est plus lent à tous les niveaux, nous sommes cependant plus appliqués sur le système, c’est-à-dire que nous respectons à la lettre le système de jeu mis en place par nos entraineurs. En Nouvelle-Zélande, le jeu peut parfois être décousu à l’instar d’initiatives pas toujours justifiées, cependant le niveau de skills individuels des joueurs permet d’avoir des off-load incroyables : le ballon est constamment en mouvement.

Et au niveau des infrastructures, de l'avant-match, de la 3ème mi-temps et de l'état d'esprit en général ?

Ce que j’ai le plus apprécié dans le rugby néo-Z, c’est la proximité avec des joueurs de grands talents, les joueurs « professionnels » participant à l’ITM cup en fin de saison évoluent dans les équipes premières de la province d’Auckland durant la première partie de saison. Mon club compte une demi-douzaine de joueurs qui représenteront Auckland Rugby lors de l’ITM Cup dont Marcel Renata, qui joue pour les Barbarians et les Maoris All blacks. Le fait de pouvoir côtoyer et s’entrainer avec des joueurs de ce talent apporte beaucoup. De plus, Auckland University Rugby Club a formé une vingtaine de All Blacks tels que Joe Rokocoko, Jérôme Kaino ou encore dernièrement Steven Luatua.

Ensuite, j’apprécie qu’il n’y ait pas d’argent dans les clubs. Tous les joueurs qui viennent aux entrainements viennent par envie de jouer au rugby et de passer un moment avec leurs collègues pour être sélectionné le week-end, non pas par peur de ne pas toucher leur fixe à la fin du mois. Je pense que l’argent à notre niveau dégrade les valeurs de notre « petit » rugby en France. Jouer par passion et pour l'amour du maillot, c’est tellement plus kiffant !

Mon club est bien loti avec une belle maison du rugby, des vestiaires, jougs et plus de quatre terrains équipés. Ce n’est pas le cas de tous les clubs, mais toutes les maisons du rugby sont magnifiquement bien décorées par des maillots offerts par les différents All Blacks ayant joué dans ces clubs. Et il y a le plus important, le bar !

Raconte-nous un jour de match typique.

Les matchs se déroulent le samedi car le dimanche est sacré pour la plupart des Maoris. On arrive dans les vestiaires où l’on retrouve un sac avec notre numéro du jour contenant short/chaussettes/maillot que l’on restitue intégralement à la fin du match. Musique à fond, straps, échauffement : rien ne diffère, pas de haka dans notre club. Après la victoire, nous avons le droit à notre pack de bières et notre chant !

J’adore le style de la troisième mi-temps, dans la dotation de notre début d’année, nous avons une chemise d’après-match que nous devons porter avec des chaussures noires et jean noir. Dress code imposé ! La troisième mi-temps est au niveau, même si l’alcool est très cher ici. On se noie sous des litres de bières et ça se finit en soirée quelquefois (souvent), l’avantage de joue le samedi !

Si tu as des anecdotes, c'est le moment de te lâcher !

Si je dois raconter une soirée, une seule, c’est celle de notre intégration. A l’entrainement du jeudi ils me disent qu'un tribunal - Court session - est prévu le samedi après le match. Tous les joueurs amènent 25$ et ça se passera dans les vestiaires. Je sentais l’embrouille, je tentais de trouver des renseignements mais ils ne m’expliquaient rien… Par précaution, je n'avais rien prévu le dimanche, heureusement… Me voilà arrivé le samedi au match, on se regroupe dans les vestiaires après notre victoire. Au programme : on regarde le match de la première et on se retrouve à 18h30 dans les vestiaires, habillés en costume. Mais putain, je n’ai pas de costume… Nous voilà parti à la friperie pour acheter un costume entier pour 6$, LE STYLE.

Ensuite, on se retrouve tous assis dans les vestiaires de rugby en costume, les plus anciens du club arrivent avec une glacière contenant plus de 150 bières, vodka, œufs, farine… Je savais que cette soirée allait être intense. Les jeux à la con où je ne comprenais rien s’enchainent, les culs secs aussi. Tout ce qui s’était passé la saison dernière et en ce début de saison était jugé à coup de cul sec.

Après 1h30 de picolage et de rire intensif, les lumières s’éteignent et voilà qu’une strip-teaseuse apparait. Notre capitaine est pris pour cible. Imaginez, 30 rugbymen éméchés avec un strip-tease. Mémorable, tout simplement. En même temps, les moins de 20 et l’équipe première faisait leur Court Session aussi, et à 20h on s’est tous retrouvés à la maison du rugby où nous avons poursuivi cette sacrée soirée. Sacrée cohésion de club.

Fais-nous un petit bilan sportif de ton aventure ! Pas trop dur de s'imposer ?

J’évolue dans l’équipe réserve, au début, ils m’ont formé en tant que troisième ligne aile car il manquait des joueurs à ce poste : j’ai donc appris à sauter en touche… Toujours bénéfique pour plus tard ! Puis récemment, j’ai retrouvé mon poste de talonneur à la suite de blessures à ce poste. Nous faisons une bonne saison, durant le premier round, on a fini deuxième de notre poule de 8, ce qui nous permet de faire le second round avec les 4 premiers de l’autre poule. Notre objectif est d’être dans les quatre premiers de cette dernière poule afin de jouer les demi-finales et viser le titre.

A ce-jour, dix matchs officiels ont été joués, j’ai fait sept feuilles de matchs dont trois fois en tant que titulaire. C’est un vrai bonheur et une fierté à chaque fois que je suis dans l’équipe, je profite de chaque moment et me nourris de cette nouvelle culture rugbystique qui m’apporte beaucoup.

Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour la suite ?

Apres 5 mois, je me suis intégré dans l’équipe, j’ai de vrais collègues avec qui je partage de très bons moments sur et en dehors des terrains, notamment en ce moment durant la tournée des Lions. J’ai réussi mon stage et obtenu mon test en anglais, je nage dans le bonheur. Je vais encore jouer trois matchs avant de partir pour un mois de Road trip avec mes meilleurs amis montméliannais qui me rejoignent mi-juillet.

Je rentre mi-août où j’enchainerai avec la préparation à l’US Montmélian, puis mi-septembre, je rejoindrai le CUS Genova en Italie pour finir mes 5 derniers mois d’études. Apres la découverte du rugby néo-zélandais, j’aurai la chance de découvrir le rugby italien. Enfin, j’essayerais de trouver un stage près de mon club de cœur pour finir la saison prochaine avec mes amis à l’USM.

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  • Kadova
    31045 points
  • il y a 2 ans

Bravo a lui, il en gardera le souvenir toute sa vie. Passer 5 mois en NZ et en plus en jouant au rugby, le reve...

Ah l'ENI Saint-Etienne! Des bons souvenirs de rivalite (et de soirees) aux inter-ENI!!!

  • m73
    10463 points
  • il y a 2 ans

Bravo à toi, tu vies pleinement une très belle aventure et j'espère que tu pourra aller au bout des choses. Avec tout mon respect de la part des "rivaux" du SOUA.

Je ne regrette rien de ma vie, mais quand tu lis ça .... ça donne envie de revenir a 20 piges et de faire pareil. Bravo a lui et merci pour ce partage

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