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Tournoi des 6 Nations - Forces et faiblesses du jeu anglais avant le Crunch
Huw Jones a mis en lumière certaines faiblesses dans la défense anglaise.

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Battue par l'Ecosse, l'Angleterre a montré quelques faiblesses mais elle n'en reste pas moins une équipe très solide.

Après une promenade en Italie (15-46) et une victoire étriquée face aux gallois (12-6), l'Angleterre a marqué un sérieux coup d'arrêt face à une équipe d’Écosse transcendée et euphorique (25-13). Une défaite qui a pour conséquences directes de compliquer sérieusement les chances de victoire dans le Tournoi, mais aussi et surtout de mettre en évidence les défauts du pourtant méthodique mécanisme d'Eddie Jones, globalement efficace depuis le match à Rome. Retour en détails sur les forces et les faiblesses en présence du jeu anglais, avant le Crunch de samedi (17h45), au Stade de France.


10 février 2018 à Twickenham. On joue la dix-huitième minute d'un match très engagé entre l'Angleterre et le Pays de Galles, quand le XV de la Rose débarque dans les 22m adverse. Deux minutes et vingt-cinq temps de jeu (!) plus tard, Joe Launchbury, démarqué dans le couloir des 15m, transmet d'une extra-passe fantastique le cuir à Jonny May, n'ayant plus qu'à plonger dans l'en-but pour signer un doublé précoce. Le jeu anglais est alors à son apogée. Celui-ci, emmené par des leaders charismatiques et « méchants » (Hartley, Farrell), comme en voulait Jones au début de son mandat, basé autour du défi du sol et des collisions, est un alignement des planètes entre rigueur individuelle et liberté collective. Cependant, ce dernier point a parfois eu tendance à effriter l'équilibre d'équipe, notamment en phase défensive.

La paire Ford-Farrell, complémentaire et scientifique

La structure anglaise est essentiellement prédéfinie sur tableau noir. Chaque joueur sait ce qu'il a à faire, que ce soit ses zones d'intervention ou ses placements sur phases arrêtées, une fois sur le terrain. E. Jones fait aussi appel à des joueurs plus créatifs, ayant pour but de développer, notamment sur les lancements après des points de rencontre statiques (touche, mêlée, ou même sortie de ruck lente), une indécision bénéfique. L'éveil de celle-ci aurait tendance à se situer au centre du terrain. Alors qu'on pouvait penser que la charnière Care-Ford allait prendre les clés du camion, c'est finalement le duo galactique composé de l'ouvreur de Bath et Owen Farrell qui retient les attentions. Il semblerait que ce mécanisme particulier en 5/8e soit efficace, le premier essai anglais du Tournoi en étant la preuve la plus flagrante, même si la faible confrontation italienne peut nuancer le propos. Après une touche à l’intérieur des 22m et un point d'ancrage au centre du terrain de Te'o, joueur plus frontal, la ligne de ¾, autour d'une animation et d'une redoublée entre les « deux 10 », matérialise un décalage, débouchant sur un essai de Watson au corner.VIDÉO. 6 Nations 2018 : l'Angleterre déroule et inscrit un magnifique essai par Anthony Watson face à l'ItalieFarrell, une fois les mains sur le ballon, posséda au moins deux solutions. Et plutôt que de lancer sur la ligne d'avantage Mike Brown avec sa « flat pass » qu'il maîtrise à la perfection, il opta sans hésitation pour une remise extérieure pour Ford, signe de la relation presque magnétique entre les deux hommes. Par ailleurs, le léger demi d'ouverture a le luxe d'être sur certaines séquences défensives suppléé, parfois de manière excessive, par un Farrell bien plus gaillard sur le front. Jones surfe aussi sur une vague de l'ordre de la continuité, puisque Ford n'a plus quitté son numéro 10 depuis le 18 juin 2016. Le joueur des Saracens a dû donc s'adapter, élever son niveau de jeu, proposer de nouvelles solutions tactiques. Cela se retrouve dans l'alternance au pied, souvent précis, et sous les ballons hauts, où sa rigueur est essentielle. Défensivement, il est intraitable, et n'a rien à envier aux massifs premiers centres, précédemment vus chez Lancaster, comme Burgess ou Barritt, en terme de densité physique. Son leadership ne fait enfin aucun doute, et la pérennisation de son rapport si intense  avec Ford, dans la conduite du jeu, du moins offensive, s'affirme comme une pierre presque précieuse que Jones doit polir sans salir, en proposant notamment des solutions complémentaires à leurs côtés.

La rigueur de la conquête comme vecteur offensif

Souvent transcendés à l'idée de gagner le plus conformément possible les collisions, les joueurs anglais, à l'instar du huit de devant, prônent un rugby particulièrement physique, où la conquête est primordiale. La maîtrise globale du rythme passe par une coordination parfaite des phases statiques, et c'est sur cette imbrication et cette concentration tactique que le jeu anglais est façonné. En touche, selon les zones du terrain, les objectifs sont différenciés, puisque quand il s'agit d'un lancé défensif, ils obtiennent cliniquement et dans la majorité des cas des pénalités à la suite de groupés pénétrants techniques et efficaces, et sert à l'inverse de lancements de jeu une fois dans le camp adverse. La réorganisation du pack, avec notamment la sortie de la cage de Lawes au bénéfice de l'attelage robuste Launchbury-Itoje, offre une multitude croissante de possibilités au saut, bonifiée par la précision incessante de Hartley. On trouve souvent Billy Vunipola, capable de transmettre de manière assez étonnante au premier attaquant, en relayeur, puisque Care « verrouille » la touche, créant encore une forme d'instabilité tangible en sortie de touche. Tous les joueurs de devant sont constamment concernés individuellement parlant sur cette phase de conquête, avant de se retrouver collectivement sur une autre : la mêlée.

La mêlée anglaise, une question de détermination collective et sensitive

Elle sert généralement à prendre un impact psychologique sur l'adversaire, au moins durant l'entame de partie. Dan Coles, malgré son absence de régularité des efforts dans la longueur du match, possède une capacité fascinante, avec l'impact gagnant de Robshaw, poussant sur son flanc droit, à faire pencher la balance de son côté. Le reste, c'est une question de détermination collective et sensitive, car même si la science de la mêlée n'existe pas, on sent que l'expérimentée première ligne semble presque décoder les intentions adverses, et surtout les indications arbitrales. Il faut préciser qu'une fois la redistribution  des avants sur le terrain réalisée, leur utilisation sur des phases à une passe génère des avancées qui permettent d'aller jouer légèrement plus loin que ces zones de rencontre resserrées, avec l'intervention de Ford, afin de matérialiser le momentum décisif, qui leur permettra de fissurer les lignes défensives adverses.

La débâcle écossaise, synthèse des défaillances du système

L'atout principal qui permet d'articuler le plus rigoureusement possible le jeu anglais pour déstabiliser l'équipe en face est l'efficacité de la conquête. Or, quand celle-ci ne fonctionne pas convenablement, la performance devient stérile, maussade, sans saveurs. À Murrayfield, l'alignement anglais est tombé face à plus fort, et le pack a fini en miettes face à l'envie écossaise. Ainsi, seulement de minces ballons ont été exploités, souvent de manière incohérente par les lignes arrières, à l'instar de J. Joseph, imprécis offensivement et qui a « dé-zoné » défensivement (ce qui relance le débat sur le poste de deuxième centre). À l'inverse, les vagues écossaises ont laissé des traces. La défense inversée au centre du terrain proposée par les Anglais n'a pas perturbé les hommes de Townsend, qui ont déplacé le jeu avec appétence sur les extérieurs, avec des passes dans le dos et après contact, étirant ainsi le bloc compact du XV de la Rose. C'est alors que Huw Jones perfora dans l'axe (s'il vous plaît!) le premier rideau anglais, et d'une course phénoménale alla aplatir un essai qui tua presque le suspense avant la mi-temps.Crédit vidéo : France TV

Ce fut probablement les quarante premières minutes les plus dantesques depuis la prise de fonction de Jones. Malgré un réveil désordonné, mais tout de même valeureux, un autre problème majeur apparut : celui des points de rencontre. Laidlaw et ses coéquipiers avaient ciblé ce domaine, puisque les Anglais ont l'habitude en attaque de beaucoup passer au sol une fois plaqués, pour fatiguer les troisièmes lignes plaqueur-gratteur sur de longues séquences. Pris à leur propre piège, ils n'ont pu que constater les dégâts : des soutiens offensifs trop tardifs, ou tout simplement inefficaces au possible, ont permis au Barclay, McInally, ou encore Watson de récupérer un florilège de ballons au sol, notamment dans le money-time. Finalement, l’enrayement du jeu anglais, s'agissant d'un des enseignements de l'exploit écossais, a été effectué à la genèse de cette structure difficilement attaquable, avec une conquête mise à mal et des phases au sol, dictant la conservation du dynamique positive, perturbées par des grattages efficaces et valeureux. Cela nécessite de la patience, et beaucoup de talent. Le XV de France devrait s'en inspirer pour rêver du même résultat aujourd'hui...

Pablo Castillo
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Perso, la seule faiblesse que je trouve à l'Angleterre, est de laisser de temps à autre gagner les Français. C'est pas naturel dans leur ADN...

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