Top 14 - Racing. Leone Nakarawa évoque la misère, l'amour du maillot et du jeu
Leone Nakarawa se régale sur un terrain de rugby.

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Champion olympique de rugby à 7 à Rio avec les Fidji, le 2e ligne du Racing Leone Nakarawa a un parcours singulier.

Leone Nakarawa était attendu de pied ferme à Colombes. Mais pas pour les mêmes raisons que certains de ses compatriotes. Du côté du Racing, on piaffait d'impatience à l'idée de pouvoir bénéficier de ses qualités aériennes, mais surtout de passeur. Aligné pour la première fois face à Castres la semaine passée en Top 14, il n'a d'ailleurs pas déçu avec 5 offloads et un essai au compteur. Des premiers pas qui ont presque éclipsé la défaite. "Il a joué quatre-vingts minutes. Il aurait pu en faire cent soixante. C'est un garçon doué, qui pourrait être super bon dans plein de sports". Des mots que Laurent Travers aurait pu ne jamais prononcer dans L'Équipe.
VIDÉO. Leone Nakarawa impressionne déjà pour son premier match sous le maillot du RacingLe Fidjien originaire de Tavua, une petite ville de 2 400 habitants au nord de l'île principale, Viû Levu, comme le mentionne le quotidien, a en effet pratiqué le volley-ball lorsqu'il était plus jeune. "C'était, avec le rugby, mon sport préféré." Il considère que c'est cette discipline qui l'a aidé à devenir si bon dans les airs. "Quand mon père m'a privé de rugby, je jouais beaucoup au volley, tous les jours." C'est surtout les aléas de la vie qui auraient pu l'aiguiller dans une toute autre direction. Lorsque son père a perdu son travail dans les années 90, sa famille (deux soeurs et trois frères) a été contrainte de se serrer la ceinture. "La vie est devenue très dure pour nous. Je rentrais de l'école et je ne savais pas si j'allais manger. On en a bavé, mais on n'a jamais perdu espoir."

Voir la sélection fidjienne jouer était d'ailleurs une sorte d'échappatoire. "J'étais devant la télé, les Fidji jouaient, j'oubliais tout." Mais en cas de défaite, c'était la soupe à la grimace, et ce, partout dans le pays. À cette époque, Leone s'était vu interdire la pratique du rugby par son père. "Il voulait que je me concentre sur l'école. Si je voulais jouer, je devais trouver un boulot." Il jouait seulement à toucher. Sans doute un mal pour un bien diront certains quand on voit ce que ce sport apporte, surtout en rugby à 7. Il a cependant dû attendre jusqu'à ses 18 ans pour jouer son premier vrai match avec l'équipe de l'armée, la Green Army, après avoir payé ses crampons avec son premier salaire.

"J'ai tellement fait de sacrifices"

Mais une fois de plus, tout ne s'est fait dans la facilité. "Je m'entraînais comme un malade et je n'étais pas retenu pour le match. J'en pleurais. De tristesse et de colère." A force de sacrifices, il a fini par gagner ses galons au sein de la formation de l'armée puis avec la sélection fidjienne avec qui il a joué son premier match en 2009. Il doit d'ailleurs toujours avoir le maillot qu'il portait ce jour-là puisqu'il les conserve tous. "Ils sont tous chez mon père. Parce que pour porter ce maillot, même juste une fois, j'ai tellement fait de sacrifices que je ne peux pas le donner comme ça, comme si c'était pas grand-chose."

Ce n'est qu'en 2013 qu'il a finalement succombé aux sirènes de l'Europe en signant à Glagow alors que les clubs de Top 14 et de Premiership lui faisaient les yeux doux depuis plusieurs années. Les Warriors ont alors pu bénéficier de ses formidables offloads pendant trois ans. Et particulièrement en finale en 2015 alors que son coach Gregor Towsend lui avait dit ne pas en tenter par crainte d'un plan anti Nakarawa. Mais ce dernier en avait quand même fait après avoir "entendu une voix. Je crois que c'était Dieu. La voix m'a dit : "qui sont-ils pour te dire de ne pas faire de offloads ? Moi je sais ce qui est bien pour toi. Va et joue ton jeu". Deux de ses passes après contact ont alors permis à Glasgow de marquer puis de gagner la Ligue Celte face au Munster (31-13). Towsend s'était excusé après coup. Au Racing, on est sans doute prêts à le laisser faire ce qu'il veut, même à jeûner avant un match comme il le fait parfois, s'il peut aider le club à remporter un nouveau Brennus.

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  • Kadova
    31045 points
  • il y a 3 ans

Tres bel article qui nous rappelle que ces joueurs etrangers qui viennent ici ont un passe et une experience souvent peu commune avec ce que l'on vit ici.

Oui, ça fait du bien de lire des choses comme ça, même s'il ne s'agit pas d'un joueur français, il évolue chez nous. Si seulement on arrêtait avec cette ambiance de rugby pro à la con...

Leone, tu pourrais nous prêter ton Dieu? Celui du Top14 a plutôt tendance à dire aux entraîneurs et aux joueurs de ne pas faire de passes.

  • Zejack
    16746 points
  • il y a 3 ans

Leçon d'humilité

En v'la un d'article sympa !
Ce genre de personne peut faire du bien dans un groupe, il peut permettre de ne pas se monter le bourichon, rester humble. Et de nous régaler le week-end.

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