"So far, so good", après trois journées, le Tournoi 2026 a été épargné par les polémiques arbitrales. Là, où certaines éditions précédentes ont été marquées par des décisions qui ont fait couler beaucoup d'encre (et de salive). Si certains choix ont été commentés, il n'y a globalement (et heureusement) pas eu de tempête médiatique autour des officiels. Et ce, même si plusieurs actions ont poussé les supporters à s'interroger sur la règle. Exemple, cette pénalité contre l'Irlande à la 24e alors que les visiteurs avaient marqué un essai par leur numéro 9.
Sur un jeu au pied haut de Crowley, Tommy O’Brien et Freddie Steward s’élèvent pour le duel aérien. Les deux hommes se percutent, le ballon échappe aux deux joueurs, Jamison Gibson-Park surgit et aplatit en Terre promise. Tout le monde pense à l’essai. Sauf l’arbitre. Sans consultation, il refuse immédiatement la réalisation et pénalise O’Brien. Une décision qui en a surpris plus d'un, d’autant que ces actions sont désormais scrutées comme le lait sur le feu.
"Décision sévère" à la 70e minute : Pourquoi Lynagh a vraiment été sanctionné face aux BleusCe que dit la règle sur les duels aériens
Depuis plusieurs saisons, World Rugby encadre très strictement les “challenges dans les airs”. Quand deux joueurs sautent sous un ballon haut, ce n’est pas automatiquement une faute. L’arbitre doit juger trois éléments : le droit de contester le ballon, la responsabilité dans la collision et le danger à l’atterrissage. Si les deux sont en position réaliste pour capter la balle et que le contact relève d’un accrochage inévitable, on est plutôt sur du “play on”. En revanche, si un joueur n’est pas réellement en mesure de jouer le ballon ou provoque un déséquilibre dangereux, la sanction tombe.
La loi 9.17 interdit notamment de charger, pousser ou saisir un adversaire dont les pieds ne touchent plus le sol. Et la 9.11 encadre le jeu dangereux. En clair : on peut contester, mais pas “prendre l’homme” en l’air. Toute la difficulté réside dans cette frontière microscopique entre duel licite et faute sanctionnable.
Nigel Owens : “Honnêtement, c’est compliqué”
L’ancien arbitre international Nigel Owens a livré une analyse très nuancée de l’action pour sa série de vidéos Whistle Watch. “Honnêtement, c'est compliqué. On voit beaucoup plus de duels aériens maintenant parce que les arbitres sont très stricts sur les joueurs qui bloquent les poursuivants. C'est ce qu'on recherche : un jeu plus fluide et plus contestable. J'en ai déjà parlé. Quand deux joueurs se disputent le ballon, il ne faut pas se retenir."
Si vous n'arrivez pas à temps, vous perdez le duel. Vous ne récupérez pas le ballon. Il faut donc y aller le plus vite possible. "Si l'un des joueurs saute une fraction de seconde avant l'autre, et compte tenu de la différence de taille, vous serez plus haut que lui. Ça ne veut pas dire pour autant qu'il est hors de position pour disputer le ballon. Simplement parce que vous êtes plus grand, il ne peut pas sauter plus haut que vous.”
Timing, détente, attitude dans les airs, autant d'éléments qui font que ces duels dans les airs sont parfois difficiles à arbitrer. Et à comprendre pour les fans devant leur écran. Et encore plus pour ceux qui sont dans le stade sans le ralenti.
Furlong explose comme du popcorn, fallait-il sanctionner l’Italie ?"C'est une situation délicate. C'est très, très difficile de siffler une faute, je pense, mais je pourrais certainement la siffler car il y a une sorte de levier au niveau de la main à la fin. C'est ce qui, à mon avis, justifie une pénalité. Mais avant cela, je me suis dit : “Oh, c'est une pénalité difficile à siffler.””
Le détail qui change tout
La clé, ici, n’est donc pas le simple fait qu’O’Brien saute au duel. Les deux joueurs semblent en position réaliste de disputer le ballon. Ce qui pèse dans la décision, selon Owens, c’est ce geste final à la retombée : la main d’O’Brien sur le ballon qui crée un effet de levier et participe à la chute. Ce micro-détail modifie la lecture. On ne serait plus seulement sur un accrochage aérien inévitable, mais sur une action qui influence dangereusement la retombée.
C’est là toute la complexité moderne de l’arbitrage des ballons hauts. Avec la vidéo et les ralentis multiples, chaque contact est disséqué image par image. Ce qui passait pour un simple duel il y a dix ans peut aujourd’hui être requalifié à l’aune de la sécurité des joueurs.
Pour l’Irlande, cet essai refusé aurait pu peser très lour dans le résultat final. Dans un choc où chaque point compte, passer de 7 points potentiels à une pénalité concédée peut infléchir la dynamique mentale. Au final, il n'a pas vraiment eu d'importance sur le score tant les locaux ont dominé la rencontre. Mais c'est tout de meme un rappel pour les joueurs qui contestent les ballons dans les airs : le timing ne suffit plus, la gestuelle à la retombée est tout aussi scrutée.
Le “tap back”, geste simple pour un impact maximum dans le rugby moderneL'avis du Rugbynistère :
Alors qu'il n'y a jamais eu autant de jeux au pied dans le Tournoi, cette action illustre une tendance forte : protéger le joueur en l’air reste une priorité absolue, même si cela implique des décisions difficiles et parfois frustrantes. Les staffs devront continuer à travailler la technique de saut, et notamment le "tap back", mais aussi la maîtrise du corps à l’atterrissage.
On pourra débattre longtemps de cette 24e minute. Était-ce sévère ? Sans doute un peu. Compréhensible ? Aussi. Comme le dit Owens, c’est “très, très difficile”. Le rugby moderne vit avec ces actions où tout se joue au millimètre et à la seconde près. Aux joueurs désormais d’être encore plus précis dans les airs, car là-haut, la moindre main mal placée peut coûter un essai.
Sur les ballons hauts, j'ai été très impressionné par Attisogbe. Son timing est à chaque fois excellent, il est au point le plus haut de son saut quand la balle arrive. Avec LBB qui n'est pas manchot non plus, ils font un bien fou sur l'un des gros points faibles de l'équipe de France.