Même maillot, réalités différentes
On connait tous le célèbre slogan du programme "Tous arbitres" : "On n'a pas le même maillot, mais on a la même passion". Entre avant et 3/4, ce serait plus : "On a le même maillot, mais pas le même métier." Dans une équipe, les joueurs partagent le même vestiaire et poursuivent le même objectif. Pourtant, sur un terrain de rugby, tout le monde ne fait clairement pas le même métier.
« On ne fait pas le même métier »
Via L'Equipe, le capitaine du XV de France et du Stade Toulousain Antoine Dupont a livré une réflexion à la fois simple et honnête sur la différence entre avants et trois-quarts. « Dès que tu entres sur un terrain, tu es obligé d'avoir un minimum l'âme d'un guerrier, sinon tu ne peux pas exister. Mais il y a des postes qui font beaucoup plus face que le mien. Et je les admire. »
Il suffit de regarder un match pour s'en appercevoir. Pas besoin d'etre un expert de l'ovalie pour se rendre compte de l'activité des uns par rapports aux autres. Avec des "gros" au four et au moulin, tantôt au grattage ou au déblayage. Puis obligés de se replacer en défense, avant de devoir pousser en mêlée. Ce n'est pas pour rien qu'on dit que le rugby commence devant. Ou encore le fameux "no scrum, no win".
Il met en lumière ce fossé fonctionnel entre les lignes avec un exemple très concret : « Lors des entraînements séparés entre avants et trois-quarts, on se rend compte qu'on ne fait pas le même métier. Nous, on fait des passes et du jeu au pied ; eux font des mauls et des mêlées. » Résumé simplement, on pourrait dire : d’un côté, la créativité, la lecture, la vitesse d’exécution. De l’autre, l’affrontement pur, la densité, la répétition des collisions.
Deux mondes complémentaires, mais aux exigences physiques et mentales très différentes. Néanmoins, ces différences entre les deux groupes tend à se réduire tant on voit de plus en plus d'avants dans la ligne d'attaque, certains dépannant parfois au centre voire à l'aile. Comme il est réducteur de dire que les arrières ne mettent jamais les mains dans le cambouis. Il est primordial pour une équipe d'avoir un lien constant entre avants et 3/4 pour être performant et avancer dans la même direction.
La dimension mentale des avants
Là où Dupont tape juste, c’est sur l’aspect psychologique souvent sous-estimé. « Ils sont obligés d'avoir cette densité physique, cette volonté de dominer physiquement l'adversaire. Et tous les week-ends, il faut remettre ça. » En clair : accepter la douleur, la provoquer, et recommencer sept jours plus tard. « Mentalement, c'est très dur aussi. […] Il faut cinq minutes dans le match et faire face à quelque chose qui ne leur plaît pas et qui les pique pour se réveiller. » Une description presque clinique du métier d’avant, où l’engagement n’est pas négociable. Sous peine de subir la domination de l'adversaire.
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Dupont rappelle aussi une réalité du haut niveau : « L'engagement, on ne peut pas passer à côté. Avec l'émulation et la concurrence, si tu n'es pas au niveau, tu sais que le week-end d'après tu ne joueras pas. » On voit souvent des entraineurs se 'satisfaire' d'une défaite si leurs hommes ont mouillé le maillot et montré de l'envie sur le pré. Tout ne peut pas fonctionner comme on l'aurait voulu. A l'inverse, une victoire avec le mauvais état d'esprit en agace plus d'un. Et ce n'est pas le coach de Toulouse Ugo Mola qui dira le contraire.
D'ailleurs, si on devait résumer cette importance des avants dans le rugby, on pourrait simplement regarder du coté du palmarès des meilleurs joueur du monde. Depuis 2001, 13 avants ont reçu la célèbre distinction, contre seulement 9 arrières. Dupont étant le dernier 3/4 élu en 2021. Le poste le plus remprésenté est celui de 3e ligne. Ce qui n'est guère une surprise.
Outre l'engagement, l’équilibre avants / trois-quarts reste en effet la clé de voûte du rugby moderne. Sans soldats de l’ombre pour gagner les collisions et fixer, pas de ballons propres. Sans chefs d’orchestre pour jouer juste derrière, pas de points. Ce respect mutuel nourrit la cohésion, renforce le collectif et explique en partie la longévité des grandes équipes.
Même maillot, mêmes valeurs, mais des métiers différents : en le disant aussi simplement, Antoine Dupont rappelle que le rugby reste avant tout une histoire de complémentarité… et d’hommes qui acceptent leur rôle pour le bien du collectif.
Dupont détaille une réalité du rugby pro que peu de fans imaginent
Le poste qui a le plus évolué devant est pour moi celui de second de ligne...
Une équipe qui domine voit souvent ses seconds de ligne être très présent dans le jeu...
Amusez vous à les regarder, et vous verrez que ceux que l'on voit le plus , sont ceux de l'équipe qui domine et gagne le plus souvent.
et pourtant on demande de plus en plus aux arrières de venir pousser sur un maul, de savoir gratter ... et aux avants de faire jouer derrière eux et de s’intercaler dans la ligne de trois quarts !