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« Le vrai Matthieu » : Libéré, délivré, Jalibert s'est-il définitivement installé à l'ouverture chez les Bleus ?

14 passes après contact, 18 défenseurs battus… Jalibert a brillé en 2026. Suffisant pour verrouiller le poste ? Pas si sûr dans ce XV de France impitoyable.

Thibault Perrin 18/03/2026 à 11h05
14 passes après contact, 18 défenseurs battus… Jalibert devient-il intouchable ? Crédit image : Screenshot France 2
14 passes après contact, 18 défenseurs battus… Jalibert devient-il intouchable ? Crédit image : Screenshot France 2

Vainqueur du Tournoi 2026 avec le XV de France, Matthieu Jalibert a sans doute signé la compétition la plus aboutie de sa carrière internationale. Titulaire à l'ouverture lors de 4 des 5 matchs du 6 Nations, le Bordelais a empilé les performances de haut niveau : 14 passes après contact (1er du Tournoi), 18 défenseurs battus (5e) et 92,3 % de plaquages réussis. À cela s’ajoutent 6 passes décisives, preuve de son influence directe sur le jeu offensif des Bleus. Dans L’Équipe, il confie : « Je voulais qu’on voit le vrai Matthieu sur le terrain », symbole d’un joueur libéré et enfin aligné avec son potentiel.

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Un Jalibert version “libérée”

Ce qui frappe, au-delà des stats, c’est l’attitude. Jalibert n’a pas seulement joué, il a pris les commandes. Moins dans le contrôle et peut-être bridé comme à une certaine époque, plus dans l’instinct comme on a l'habitude de le voir à Bordeaux. Il a produit ce rugby de mouvement qui fait justement sa signature en club. Son association avec Antoine Dupont et Thomas Ramos a d'ailleurs changé la dynamique offensive des Bleus. Les trois “playmakers” parlent le même langage : vitesse, lecture, initiative. Résultat, une animation beaucoup plus fluide, avec des permutations constantes et une capacité à attaquer les extérieurs comme rarement ces dernières années.

Malgré toute la pression qu’il avait sur les épaules, le débat avec Ntamack, il a enfin trouvé sa place, il a saisi sa chance et il a fait un Tournoi et des parties plutôt aboutis avec toujours ce qu’on connait de lui : des fulgurances, des gestes que peu d'autres joueurs sur la planète font. Il a été du Jalibert dans ce qu’il sait faire avec le ballon. Et il a été plutôt convaincant en défense. Bien sûr, il ne met pas des placards. Bien sûr, on le cache un peu en défense et il est moins exposé. Mais quand il a dû les faire il les a bien faits, il s’est envoyé. (Jean-Baptiste Elissalde via L'Equipe)

Pourquoi ça a fonctionné

Le vrai tournant pour le Bordelais est mental. Jalibert le dit lui-même : il a arrêté de se brider. Le fait d'avoir atteint deux fois la finale du TOP 14 et remporté la Champions Cup n'y est sans doute pas étranger. Techniquement, ça se traduit par une prise d’informations plus rapide et un jeu plus direct dans la ligne. Il a aussi bénéficié d’un système offensif avec des avants capables de générer de l’avancée et des ballons rapides. Dans ces conditions, son jeu devient une arme.

Autre point clé : sa défense, souvent critiquée. Avec plus de 92 % de réussite au plaquage, il a répondu présent dans un secteur où il était attendu. Ce n’est pas parfait, du moins collectivement, mais suffisant pour ne plus être une cible. Surtout dans le système tricolore actuel où il n'est pas toujours le premier défenseur.

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Une concurrence relancée avec Ntamack ?

Quid du titulaire pour la Coupe du monde ? Jalibert a clairement marqué des points en vue du Mondial. Mais le staff a-t-il déjà tranché pour autant entre le Bordelais et le Toulousain ? Romain Ntamack reste un cadre du XV de France, mais la hiérarchie ne semble plus figée. On l’a vu avec Grégory Alldritt ou Damian Penaud : personne n’est intouchable, hormis peut-être Dupont et Ramos.

Jalibert, avec ce Tournoi, a fait plus que répondre aux attentes et aux critiques. Surtout, il propose un profil différent : plus imprévisible, plus créatif, parfois plus risqué. Là où Ntamack sécurise, Jalibert dynamite. Et dans un rugby international de plus en plus rapide, ce facteur peut peser lourd. L'adversaire et la stratégie mise en place auront aussi un impact dans le choix du numéro 10.

Ce que j’ai apprécié dans son comportement, c'est surtout de résister aux pressions environnantes. Il a progressé sur "son point faible" : la défense. En deux ans, il a augmenté de 20 % sa stat de plaquage. Pour moi, c’est le mec qui a, peut-être pas pris la place, marqué des points pour le futur et j’espère qu’il s’est lâché de toute cette pression qu’il avait autour de lui par rapport à Romain. Dans ce système, avec plus de jeu après le 10, il s’est retrouvé, il a pris des initiatives, il a eu un bon jeu au pied. De très bons coups d'envoi avec une belle hauteur de vol. C’est un bon Tournoi de Jalibert. Il n'y a pas grand-chose à jeter. (Jean-Baptiste Elissalde via L'Equipe)

Ce que ça change pour les Bleus

A l'instant T, les deux seront dans le groupe pour l'Australie. Mais il reste encore suffisement de rencontres pour arrêter un choix. Le trois rencontres de novembre, avec un choc contre l'Afrique du Sud, seront riches d'enseignements. Avant une édition 2027 du Tournoi qui fera office de dernière répétition avant le Mondial. Un an, c'est long. Et il peut encore se passer beaucoup de choses.

À court terme, Fabien Galthié dispose d’une vraie richesse à l’ouverture. Une concurrence saine, mais surtout complémentaire. Il nous tarde de voir comme Romain Ntamack va réagir. Et surtout s'il va être en mesure de donner des maux de têtes au sélectionneur. À moyen terme, la question de la hiérarchie va devenir centrale à l’approche de la Coupe du monde. Et surtout des phases finales. Si Jalibert maintient ce niveau avec l’UBB, il sera difficile de le sortir du XV de départ. D’autant que sa connexion avec Dupont semble avoir franchi un cap. Les automatismes sont là, et surtout, ils produisent du jeu et des résultats.

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Jalibert a-t-il vraiment sécurisé sa place ?

La réponse est non… mais. Non, parce que rien n’est jamais acquis en équipe de France. Mais il a posé une première pierre solide, comme il le dit lui-même. Ce Tournoi 2026 n’est pas une finalité, c’est un point de départ. La régularité en club, la gestion physique et la capacité à enchaîner seront déterminantes. Le staff attendra confirmation, notamment dans les moments clés et face aux grosses nations du Sud.

Une chose est sûre, Jalibert ne compte plus subir. Il avance, il assume, il joue. Et ça change tout. Pour les Bleus, c’est une excellente nouvelle. Pour Ntamack, c’est un défi. Pour les supporters, c’est un luxe. Et pour le rugby français, c’est peut-être le signe d’une génération capable de repousser encore les limites.

Pianto
Pianto

La place de 10 titulaire n'appartient à personne.
Elle n'appartenait pas à Ntamack avant, elle n'appartient pas à Jalibert aujourd'hui.


Mathieu Jalibert a simplement montré qu'on pouvait jouer avec lui en équipe de France et être bons. Il a aussi montré qu'il était devenu solide en défense, c'est important.


S'il reste à ce niveau, il sera un candidat naturel à ce poste.
Ntamack doit se remettre et retrouver des sensations physiques optimales qu'il n'a pas eu depuis longtemps, au moins 3 ans. Quand il y sera, on discutera.


Ensuite, se pose la question de l'adaptation du système d'une part et de la rigidité du système d'autre part.


Nous sommes passé d'un système où le jeu se passe après le 9 avec des cellules d'avant à 5/6 m de Dupont, souvent plusieurs cellules d'avant, dans la partie centrale du terrain avant d'aller chercher très loin les couloirs en sautant presque toujours les centres, voire l'ouvreur et les centres qui sont le plus souvent des leurres où des points d'appui sur le premier temps de jeu pour créer un point de fixation...
... à un système où on va jouer beaucoup plus loin du point de rencontre avec une longue passe vers l'un des 10 qui fait ensuite une autre longue passe vers une cellule d'avant, située parfois à 20m du point de rencontre et avec l'autre ouvreur qui est situé derrière cette cellule et qui peut être trouvé pour jouer avec les centres et l'ailier.
Ce système donne davantage de jeu de passes en allant chercher plus vite les extérieurs et en faisant jouer toute la ligne de 3/4 mais il expose aux interceptions avec deux longues passes qui permettent à la défense de monter (Ramos, Dupont et Jalibert se sont chacun fait intercepter une fois dans ces situations).


La dépense énergétique du second système est plus importante parce qu'il y a davantage de mètres à parcourir pour les avants
On a pu constater que lors des rallyes proposés par l'Ecosse et l'Angleterre avec un gros rythme et beaucoup de temps de jeu, on avait eu du mal à constituer une ligne de défense bien organisée, au bout d'un moment, nos joueurs n'arrivaient plus à réalimenter et restaient autour du ruck laissant des boulevards à couvrir à trop peu de joueurs.


Je pense que la solution idéale consisterait à être capable de faire les deux. La version 2025 et la version 2026 dans le même match pour être moins lisibles et en capacité de s'adapter à la défense adverse. En plus, ça permettrait d'économiser de l'énergie en ne demandant pas toujours à nos avants d'ajouter 15m de course sur chaque lancement. Une alternance nous laisserait peut-être plus de jus pour tenir les replacements pendant les longues séquences défensives.


pascalbulroland
pascalbulroland

Je ne mettrai pas l'interception de Dupont au même niveau que celles de Ramos et Jalibert qui elles se ressemblent.
C'est le risque du jeu proposé, même si dans des conditions plus "safe" , ça ne devrait plus arriver
D'ailleurs, ces interception ont eu lieu face à des packs qui dominaient celui des Bleus, ou du moins qui le challengaient beaucoup plus que lors des deux premiers matchs


Pianto
Pianto

oui, par principe, la passe de Dupont ets en général la première donc il y a moins de temps pour la défense pour se lancer.


le danger, c'est que justeent les boks font ce type de défense à se jeter vers l'avant à nombreux.