Depuis 48 heures, les critiques ont remplacé les éloges et ces dernières pleuvent au-dessus de Marcoussis. Pour cause, le XV de France a perdu un match en Écosse (50-40), à l’occasion d’une défaite record à Murrayfield, ce samedi 7 mars. Lors de la quatrième journée du Tournoi des 6 Nations 2026, les rêves de Grand Chelem de Fabien Galthié et de ses hommes se sont envolés.
Dans la presse, hexagonale et étrangère, beaucoup d’observateurs n’ont pas cherché à masquer leur déception. Cette frustration a amené plusieurs grandes figures de l’ovalie à s’exprimer, que ce soit pour tempérer les ardeurs ou mettre de l’huile sur le feu. Parmi ces prises de parole, l’ancien international et sélectionneur du XV de France, Pierre Berbizier, n’a pas mâché ses mots au sujet de l’équipe nationale et de sa tête pensante, Fabien Galthié.
‘‘Le XV de France a baissé son pantalon’’ : la presse étrangère jubile après la déroute en ÉcosseBerbizier n’épargne pas Galthié
Invité sur RMC Sport, lors de l’émission Stephen Brunch, au lendemain du revers écossais, l’ancienne gloire du FC Lourdes et du SU Agen a critiqué vivement le plan de jeu tricolore. “On a vu une identité de jeu écossaise. Comme à l’époque où on les appelait les « Blacks européens », avec beaucoup de vitesse dans leur jeu. Ce contraste pose une question : quelle est l’identité du jeu français ? (Fabien Galthié) s’est souvent reposé sur des individualités brillantes. Quand on fait la rétrospective du début du Tournoi, on remarque que les Bleus se sont démarqués sur des actions individuelles, pas sur leur jeu collectif”, s’interrogeait l’ancien international aux 56 sélections.
Après la prestation en Écosse, il s’est montré particulièrement dubitatif face au système mis en place par Fabien Galthié et son staff. Au micro de l’ancien international français de basket-ball, il peine même à l’identifier : “Aujourd’hui, je ne peux pas déterminer le jeu français. [...] On revient un peu en arrière. À l’époque de la Coupe du monde, où l’on avait évité le débat, en rejetant la faute sur l’arbitrage… En novembre, avec une autre humiliation contre les Sud-Africains… Là, on en reprend une sur ce Tournoi…”
Dans la suite de son intervention, l’ancien sélectionneur du XV de France, de 1991 à 1995, sous-entend que les joueurs ne seraient plus en phase avec les propositions de Fabien Galthié. “Aujourd’hui, les joueurs ne sont plus en phase. D’ailleurs, je crois que c’était le cas de certains… J’ai cru comprendre que cela avait été la raison de l’exclusion de quelques-uns, qui ne voulaient plus jouer ainsi”, a annoncé Pierre Berbizier au micro de RMC Sport. En studio, ces déclarations ont notamment fait réagir Yoann Huget. L’ancien Toulousain n’était pas totalement d’accord sur le manque d’identité de jeu évoqué par son aîné.
Au milieu du marasme, cet "athlète" de 112kg qui a émergé du XV de France en Écosse !🗣💬 Pierre Berbizier, ancien sélectionneur du XV de France : "On a vu une identité de jeu écossaise. Mais quelle est l'identité française ? On se repose sur des actions individuelles et pas sur un jeu collectif. Aujourd'hui, je ne peux pas déterminer le jeu français" pic.twitter.com/eCXxc98L8N
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Le XV de France, avec ou sans identité de jeu ?
Pour participer au débat, auparavant, sur le premier mandat de Fabien Galthié, une identité de jeu définie était tout de même régulièrement évoquée. On parlait fréquemment de la ‘rush-defence’ des Bleus, impulsée par l’Anglais Shaun Edwards qui avait fait ses preuves au pays de Galles par le passé. En attaque, c’était un jeu de récupération avec des phases de contre, mises en lumière à travers le fameux jeu de dépossession.
Depuis le Mondial 2023, de nombreuses critiques étaient émises sur la difficulté à se renouveler observée du côté de l’encadrement tricolore. Le Tournoi des 6 Nations 2025 avait mis de côté ces critiques, mais la tournée d’automne morose des Bleus les avait ravivées. Néanmoins, ce début de compétition hivernale a été le théâtre de nombreux éloges autour du nouveau jeu de Matthieu Jalibert et de ses coéquipiers.
En parallèle de la prise de pouvoir du demi d’ouverture bordelo-béglais, un système d’animation à trois, avec Antoine Dupont et deux solutions (Jalibert-Ramos) proposées à l’ouverture, a été salué par de nombreux observateurs. Face à l'Irlande et au pays de Galles, cette équation a permis de gagner largement les deux premières rencontres de la compétition. Contre l’Italie, Matthieu Jalibert a dû déclarer forfait. Suppléé par Thomas Ramos, en 10, ce jeu ne s’est pas observé dans le Nord. En Écosse, la pression mise sur Antoine Dupont et la mauvaise prestation globale de la plupart des joueurs ont mis à mal cette association, pourtant en réussite.
‘‘On a pris une belle claque’’, les mots forts du taiseux François Cros sur le XV de FranceLe Coq comme un poulet sans tête ?
Toutefois, sur l’antenne de RMC, Pierre Berbizier ne partageait visiblement pas ces observations. “Les joueurs ont lâché leur entraîneur. Je me demande s’ils ne l’ont pas lâché, quand je vois leur comportement et la manière dont on a lâché en Écosse”, questionne l’ancien champion de France 1988, face à des interlocuteurs pas forcément convaincus. Pour vérifier si les Bleus se sont désolidarisés de Fabien Galthié, le match face à l’Angleterre sera attendu. Le XV de France défie celui de la Rose, ce samedi 14 mars (21h10).
« C’est vraiment le joueur hybride parfait » : Le portrait robot du nouveau 'chouchou' de Galthié🗣💬 Le constat très sévère de Pierre Berbizier, ancien sélectionneur du XV de France, après la déroute contre l'Écosse : "Je me demande si les joueurs n'ont pas lâché leur entraîneur..." pic.twitter.com/mff9X5A9Jr
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Qu'est ce que devient Berbizier rugbystiquement à part vomir sa bile sur les Bleus ?
Je ne l'aimais pas joueur, je ne l'aimais pas entraîneur, et bien je ne l'aime pas chroniqueur non plus. Il y a une certaine constance dans son arrogance.
Que les joueurs aient lâché Galthié, c'est tout à fait envisageable. Mais je pense que ça s'est produit après la Tournée de novembre, donc avant le Tournoi. On a bien vu qu'il y avait un changement radical dans les intentions et dans la réalisation: plus d'audace, plus de mouvement, plus de variété... Par ailleurs, des oreilles indiscrètes nous ont rapporté que certains joueurs cadres, Ramos en tête, avaient "parlé" à Galthié pour lui faire part de leur frustration et du ras-le-bol du rugby minimaliste proposé depuis 6 ans. Aujourd'hui, je vois un sélectionneur un peu perdu, qui navigue à vue, sans vraiment de plan de jeu en effet, et qui a d'un coup laissé la main aux joueurs. C'était nécessaire selon moi, mais sans doute un peu brutal et proposé sans aucune transition. Pour le match en Ecosse, je vais m'efforcer de rester optimiste en parlant de sortie de route accidentelle et en rendant hommage à d'excellents écossais. Certains l'avaient senti venir en rappelant la copie rendue par Glasgow face au Stade toulousain. Mais le groupe France (joueurs et staff compris) n'a pas tenu compte de cette alerte. Toujours est-il que je préfère largement ce qu'on a vu face à l'Irlande que la plupart des autres matchs de l''ère Galthié. Alors laissons un peu de temps au temps, et si les joueurs ont pris le pouvoir, à défaut de pouvoir virer Galthié, et bien tant mieux!...