Lors de la 4e journée du 6 Nations face à l’Écosse, Antoine Dupont a signé une action dont il a le secret… mais qui a aussi déclenché un débat d’arbitrage. À la suite d’une mêlée écossaise à cinq mètres de l’en-but, le ballon sort du côté du Chardon et arrive rapidement dans les mains de Sione Tuipulotu.
Le centre attaque la ligne, mais le capitaine tricolore monte immédiatement pour le plaquer. Dans le mouvement, le demi de mêlée parvient à arracher le ballon directement des mains de Tuipulotu, alors que ce dernier est encore debout. L’action se poursuit dans la continuité et, quelques secondes plus tard, Louis Bielle-Biarrey file à l’essai.
“Faute cynique”, essai de pénalité ? Ce geste de Finn Russell face à la France aurait-elle dû être puni ?Une séquence spectaculaire qui a immédiatement suscité deux interrogations : l’arrachage était-il légal alors que le genou de Dupont touche le sol ? Et surtout, le ballon n’est-il pas parti vers l’avant dans le mouvement ?
Le porteur est-il plaqué ou non ?
Pour analyser cette action, tout repose sur la définition du plaquage dans les lois du jeu. Un plaquage est considéré comme effectif lorsque le porteur de balle est amené au sol, que ce soit par un genou, la hanche ou le torse. Or sur cette action, Sione Tuipulotu reste sur ses appuis lorsque Dupont commence à contester le ballon.
C’est ce détail qui rend l’action légale selon l’ancien arbitre international Nigel Owens. Comme il l’explique, tant que le porteur n’est pas au sol, le ballon peut être disputé. « C'est légal parce que Tuipulotu est toujours sur ses pieds », rappelle-t-il d’abord via Whistle Watch.
Dans cette situation, Dupont peut donc tenter l’arrachage avant que le plaquage ne soit complété. Owens précise même que le genou du Toulousain au sol ne change rien dans ce cas précis : « Le fait que le genou de Dupont soit au sol n'a aucune importance. »
La seule situation illégale aurait été différente : « Si Dupont avait été à genoux en premier et qu'il avait ensuite tenté d'arracher le ballon, là il aurait été hors-jeu. » Mais sur cette action, selon lui, la chronologie est claire : Dupont saisit le ballon alors que Tuipulotu est encore debout, et ses genoux touchent le sol dans la continuité du plaquage. Pour l’ancien arbitre gallois, la décision est donc logique : « Tout était légal et tout allait bien. »
Le vrai débat : la trajectoire du ballon dans l’arrachage
Si la légalité du geste semble claire sur la règle du plaquage, un autre point reste discuté : la direction du ballon au moment de l’arrachage. Nigel Owens lui-même reconnaît qu’un seul élément aurait pu poser problème. Il explique s’être demandé si, au moment où Dupont arrache le ballon, celui-ci part brièvement vers l’avant avant de revenir vers lui. « C'est la seule chose possible, mais on ne pouvait pas le voir », précise-t-il.
Autrement dit : sans image claire montrant un en-avant, l’arbitrage ne pouvait pas intervenir. L’ancien arbitre international français Laurent Cardona, lui, est beaucoup plus catégorique pour Up Rugby. Son analyse est nettement plus sévère : « Effectivement, c'est une situation extraordinaire. C'est très rare quand un joueur arrache de cette façon le ballon, mais dans l'arrachage, le ballon part clairement vers l'avant. » Selon lui, la vidéo aurait dû être sollicitée et la décision revue. « C'est une situation qui aurait dû être revue à la vidéo et l'essai invalidé de la part du corps arbitral. »
Pourquoi ce type d’arrachage est devenu rarissime
Au-delà de la polémique, cette action rappelle surtout à quel point les arrachages directs sont devenus rares dans le rugby moderne. Aujourd’hui, la plupart des turnovers se gagnent au sol grâce aux spécialistes du grattage. Contester le ballon avant que le plaquage ne soit complété, directement dans les bras du porteur, demande un timing et une puissance exceptionnels.
Il faut arriver à bloquer le porteur, garder l’équilibre et libérer le ballon dans le même mouvement. Un geste que l’on voit parfois chez des troisièmes lignes puissants… mais beaucoup plus rarement chez un demi de mêlée. Que cette action vienne d’Antoine Dupont n’est donc pas totalement surprenant : le capitaine du XV de France est l’un des joueurs les plus explosifs et complets du rugby mondial.
Une action à la frontière entre génie et interprétation
Si l’essai de Louis Bielle-Biarrey avait été annulé, la physionomie de la rencontre aurait pu être très différente. Surtout face à une équipe écossaise en pleine grâce à qui tout a réussi. Les Bleus n'auraient peut-être pas réussi à décrocher ce bonus offensif qui leur permet de rester en course pour le titre malgré la défaite.
Cette action illustre aussi une réalité de l’arbitrage international : certaines décisions se jouent sur des détails impossibles à trancher sans angle vidéo parfaitement clair. Qu’on la considère totalement légale ou légèrement limite, cette séquence restera comme une nouvelle démonstration du flair d’Antoine Dupont.
Dans le rugby de très haut niveau, une fraction de seconde peut transformer une situation défensive en essai. Et parfois, entre geste de génie et débat d’arbitrage, la frontière est aussi fine que la trajectoire d’un ballon arraché.
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