Gustard dissèque le Crunch
Le Crunch entre la France et l’Angleterre ce samedi dans 6 Nations 2026 attire tous les regards… y compris celui de Paul Gustard. L’actuel coach Stade Français, ancien patron de la défense anglaise sous Eddie Jones, a livré une analyse très détaillée du choc à venir.
Pour rappel, Gustard est l’un des architectes du système défensif anglais qui a mené le XV de la Rose au Grand Chelem en 2016 puis à la finale de la Coupe du monde 2019. Autant dire qu’il connaît parfaitement les ressorts du Crunch. Dans un entretien pour Planet Rugby, le technicien anglais insiste sur l’importance du match des deux côtés de la Manche : « C'est un match énorme. Pour la France, c'est à domicile, c'est un must-win, et c'est une définition de l'ère Galthié v2. Pour l'Angleterre, c'est le genre de match qui définit votre avenir et votre projet. »
L’arrachage d’Antoine Dupont avant l’essai de Bielle-Biarrey était-il (vraiment) légal ?La menace numéro 1 selon Gustard : la vitesse française
Pour l’ancien stratège défensif de l’Angleterre, le danger principal côté français est clair : la vitesse de la ligne arrière tricolore. Selon lui, si les Bleus trouvent des espaces, l’Angleterre peut rapidement se retrouver en grande difficulté. « Je pense que ça va être un match avec peu de points marqués, mais quand la France se lance, elle va très, très vite, et elle reste rapide. Les athlètes qu'ils ont, la vitesse de certains de leurs joueurs, on parle d'une vitesse express. On parle de 36, 38 kilomètres par heure. » Référence à la vitesse de pointe de Bielle-Biarrey, le serial marqueur tricolore.
Et dans cette configuration, la moindre erreur tactique peut coûter très cher. « Vous allez avoir une vraie ligne arrière de feu en face, et il va falloir la gérer. Avec Ramos, avec ces deux ailiers, et avec un jeune comme Tom Roebuck dans l'arrière-garde anglaise qui doit gérer cette vitesse en face, vous pouvez vraiment vous exposer à un moment très difficile. »
Il est vrai que l'équipe de France cherche souvent, et rapidement, à trouver les ailes. Mais ça, ses adversaires l'ont aussi bien compris. Si LBB et Attissogbe ont marqué face à l'Ecosse, on a aussi vu les limites de cette stratégie à Murrayfield. Réduire la voilure, proposer un jeu à une passe au ras des rucks, c'est aussi une des armes des Français. Nul doute que l'alternance sera l'une des clés de ce dernier match du Tournoi.
Le jeu au pied anglais : une arme… ou un piège
Dans son analyse, Gustard insiste particulièrement sur la précision du jeu au pied anglais, qu’il considère comme l’un des facteurs clés du match. Car face à la capacité de contre-attaque française, chaque coup de pied mal ajusté peut devenir une occasion immédiate pour les Bleus. « C'est leur choix. Mais c'est jouer avec le feu : s'ils ne sont pas précis dans leur stratégie au pied, s'ils ne placent pas leurs coups de pied dans les bonnes zones, la France a probablement la ligne arrière la plus létale en transition dans le rugby mondial en ce moment. »
Côté français, on a parfaitement identifié cette stratégie. On sait pertinement que le 3e rideau va être testé dans les airs. Notamment dans les couloirs pour y mettre le chaos. Après un match où les Ecossais ont fait le choix de ne pas rendre le ballon au pied, les Bleus vont très certainement être arosés. Même si l'ouvreur anglais Smith aime aussi porter le cuir à l'instar de Ford.
Le technicien met également en avant le rôle central de Thomas Ramos dans ce système. « Ramos est sans doute le meilleur arrière du monde, ou en tout cas dans cette conversation. Il a la confiance pour faire une erreur et recommencer. » Pour Gustard, une chose est presque certaine : « La France va marquer des points. Probablement plus de 20. Donc on doit marquer plus de 20 points pour gagner ce match, et on ne peut pas se contenter de prendre des points au pied. On doit marquer des essais dans les 22 mètres. » Selon le résultat du match entre l'Irlande et l'Ecosse, deux bonus pourraient suffire aux Tricolores pour l'emporter. Mais le sacre n'aurait pas le même en cas de défaite dans le Crunch.
Une troisième ligne française qui impressionne
Pour ce choc, le staff français a fait des choix forts dans son pack. Certains dictés par les absences (Jelonch, Jégou), mais assumés avec la présence du néo-Bleu Matiu aux côtés des expérimentés Ollivon et Cros. Le jeune Bordelais est présenté comme un savant mélange de "vitesse, d'adresse et de puissance". Le test face aux Anglais promet un beau spectacle. L’ancien coach anglais s’est lui attardé sur l’équilibre de la troisième ligne tricolore, qu’il considère comme l’une des grandes forces de l’équipe de France.
Il souligne notamment l’impact de Charles Ollivon : « L'équilibre de la troisième ligne française est exceptionnel. Le monde prend enfin conscience de Charles Ollivon. C'est un avant de deuxième et troisième ligne avec un nombre d'essais au niveau international qu'on associe davantage aux ailiers qu'aux deuxièmes et troisièmes lignes. »
Gustard n’est pas moins élogieux sur François Cros. « Cros est le joueur-liant dont toute grande équipe a besoin. C'est un Richard Hill français. Il ne fait pas toujours les gros titres, il ne reçoit pas toujours la reconnaissance qu'il mérite, mais il fait fonctionner tout ce qui l'entoure. »
France – Angleterre : à quelle heure et sur quelle chaîne regarder le Crunch du Tournoi 2026 ?Mêlée et touche : le pari stratégique anglais
Gustard estime à ce titre que la bataille des avants pourrait aussi jouer un rôle majeur dans l’issue du match. Selon lui, l’Angleterre possède la mêlée la plus dominante du Tournoi, même si cela ne se reflète pas toujours dans les pénalités accordées. Si les Anglais parviennent à prendre le dessus devant, ils peuvent limiter la vitesse du jeu français, notamment autour de la sortie de mêlée avec Antoine Dupont et Charles Ollivon. Il explique également le choix de titulariser Ollie Chessum pour densifier la touche anglaise : « Sélectionner Chessum vous donne plus d'options en touche. Avec les autres options en troisième ligne, vous manquiez probablement de variation face à la France. »
Ce que ce regard extérieur révèle du Crunch
Le regard de Gustard confirme une tendance forte : le XV de France est aujourd’hui perçu comme l’une des équipes les plus dangereuses du monde en transition. Mais elle rappelle aussi une réalité simple du Crunch : dans ce type de match, la précision stratégique — jeu au pied, conquête, discipline — peut suffire à faire basculer la rencontre. Et si les Anglais veulent espérer l’emporter samedi, ils devront trouver l’équilibre parfait entre prudence… et audace.
Côté français, il faudra être solide en mêlée, discipliné et en place en défense. Ne pas laisser espérer les Anglais sera une des clés pour l'emporter. Pour cela, il faudra prendre rapidement le score et ne pas les laisser espérer. Car l'Angleterre n'a rien à perdre, sauf peut-être la tête de son sélectionneur.
La plus léthale du monde... l'écossaise est pas mal non plus !