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Bleus maladroits ou Italie courageuse ? Le vrai visage du match

Battue 33-8, l’Italie a-t-elle vraiment inquiété les Bleus ? Ou la France s’est-elle compliquée la tâche toute seule ? Les chiffres racontent une autre histoire.

Thibault Perrin 24/02/2026 à 17h00
Score net, domination statistique… et pourtant des scories. Que faut-il vraiment retenir de France – Italie ? Crédit image : Screenshot France 2
Score net, domination statistique… et pourtant des scories. Que faut-il vraiment retenir de France – Italie ? Crédit image : Screenshot France 2

Le XV de France a dominé l’Italie 33 à 8 dimanche lors de la 3e journée du Tournoi des 6 Nations 2026. Cinq essais à un, 720 mètres parcourus contre 518, 39 défenseurs battus à 12 : sur le papier, la supériorité tricolore est nette. Pourtant, par séquences, les Bleus ont laissé les Italiens espérer, notamment en première période et dans le dernier quart d’heure.

La veille du match, Matthieu Jalibert a déclaré forfait, obligeant le staff à repositionner Thomas Ramos à l’ouverture et à titulariser Attissogbe à l’arrière. Une configuration différente du système à “deux ouvreurs” utilisé lors des deux premières journées.

Des modifications couplées à l'inexpérience de certains éléments, la fatigue, les mauvais choix et l'envie italienne, qui expliquent en partie pourquoi la France a moins été souveraine que lors des deux premières journées. Pourquoi, cela ne l'a pas empêché de marquer 5 essais, parfois à partir de rien, et de rester en course pour le titre et le Grand Chelem.

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Des chiffres qui racontent un match moins tranquille qu’il n’y paraît

Statistiquement, la France a dominé presque tous les secteurs offensifs : 131 courses ballon en main contre 112, 466 mètres gagnés contre 260, 10 franchissements contre 6. Les Bleus ont passé 19,2 minutes en zone offensive contre 17,3 pour l’Italie. Mais tout n’est pas parfait. Les Tricolores ont concédé 21 turnovers, perdu 9 rucks et commis 11 erreurs de main.

En défense, la France affiche 87 % de plaquages réussis (139 sur 151) contre 70 % pour l’Italie. Les 39 plaquages manqués italiens expliquent en grande partie l’écart final. Mais pendant près d’une heure, l’Italie est restée à portée, profitant des imprécisions françaises et d’un manque de maîtrise dans la gestion des temps faibles.

Malgré notre entame, nous sommes restés dans le match, surtout mentalement. À la mi-temps, on tourne à onze points derrière. Je me disais qu’on avait peut-être un coup à faire. Puis il y a eu ce bras de fer de la deuxième mi-temps où nous n’avons pas réussi à scorer les premiers… (Paolo Garbisi via le Midi Olympique)

Jalibert forfait : un système offensif à rééquilibrer

Le forfait de Jalibert a rebattu les cartes. Depuis le début du Tournoi, l’association Ramos – Jalibert permettait d’alterner, occupation et animation dans la largeur, et de créer de l'incertitude dans la défense adverse. Face à l’Italie, Ramos a dû assumer seul la direction du jeu au centre du terrain, avec Attisogbé en fond de terrain. Résultat : un jeu plus direct, moins d’alternance, un peu moins de vitesse aussi et de folie. Ainsi qu'une occupation davantage dictée par la pression plutôt que par la stratégie.

Au pied, la France a frappé 29 coups de pied en jeu pour 865 mètres, légèrement plus que l’Italie. Mais on a senti moins de fluidité dans la redistribution des rôles. La connexion entre les lignes a parfois manqué de liant, notamment dans les sorties de camp et les lancements en première main. Ce n’est pas un hasard si plusieurs séquences prometteuses ont été stoppées par des en-avants ou des transmissions imprécises.

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L’Italie courageuse… mais dominée physiquement

Dire que l’Italie a fait douter les Bleus serait excessif au regard des données. Les Azzurri ont été courageux, ont tenté de contester au sol (3 ballons volés contre 1 pour la France) et ont tenu dans le combat. Mais ils ont subi malgré une excellente mêlée. Les Bleus ont gagné 80 rucks contre 76 avec 6 mauls gagnants contre 2. Surtout, la différence de défenseurs battus et de plaquages manqués illustre une usure progressive.

En réalité, la France a davantage joué avec le feu qu’elle n’a été mise sous pression structurelle. A l'image de l'essai de Capuozzo qui découle d'une touche non trouvée à l'origine, puis une mauvaise gestion tricolore, combinée à une bonne pression et à de l'opportunisme. Il faut tout de même noter que les Italiens ont bien senti le coup.

L’Italie n’a globalement jamais réellement pris le contrôle territorial ou stratégique du match. Et ce, malgré des bonnes idées qui n'ont finalement pas été bien menées à exécution. La faute, aussi, à la très bonne défense française. Les moments de flottement tricolores sont venus de fautes techniques voire d’un manque de patience, pas d’une évidente domination adverse.

Je trouve que l’on a payé très cher nos imprécisions, notamment sur l’entame. Une fois que tu dois courir contre une équipe comme la France, ça devient encore plus dur. Je suis tout de même content de la façon dont l’équipe a continué à batailler sur la fin de la première période et au début de la seconde. On est resté longtemps à 19-8. Si on avait pu revenir à 19-15 ou même à 19-11 avec les quelques opportunités que nous avons eues, ça aurait permis de leur mettre un peu de pression. Ça n’a pas été le cas. Et à la fin, il y a ce carton jaune qui tue le match. (Paolo Garbisi via le Midi Olympique)

Pourquoi tout le monde parle déjà du sacre des Bleus avant le match en Écosse ?

Une victoire riche d’enseignements avant l’Écosse

Ce succès laisse la France en position idéale avant le déplacement en Écosse, puis la réception de l’Angleterre. Mathématiquement, un succès bonifié à Murrayfield pourrait ouvrir la voie au titre. Mais l’objectif affiché reste le Grand Chelem. Or, pour viser un tel accomplissement, la maîtrise devra être plus constante.

Les deux semaines de pause arrivent au bon moment. Le staff va pouvoir retravailler l’animation offensive avec ou sans Jalibert, ajuster la discipline et renforcer la gestion des temps faibles. Contre l’Écosse, la moindre approximation se paiera comptant. A l'image de l'essai opportuniste de Darcy Graham sur le renvoi de filou de Russell, les Bleus devront être attentifs et sérieux pendant 80 minutes.

La France n’a pas vacillé. Elle a dominé. Mais elle a aussi montré qu’elle restait perfectible. C’est peut-être la meilleure nouvelle : gagner largement tout en ayant des axes de progression. À ce stade du Tournoi, c’est souvent le signe des équipes capables d’aller au bout. Le repos va faire du bien. Car le choc en Ecosse sera décisif. On attend des Tricolores qu'ils montent en puissance et réalisent un match plein face à une formation qui historiquement leur pose des problèmes.

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