INTERVIEW. Hugues Briatte (Nevers) : ''Ne pas arrêter de vivre mon rêve à cause de personnes qui ne m’ont pas respecté''
Hugues Briatte revient sur la fin de son aventure avec Nevers.

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Remercié du jour au lendemain après la montée de Nevers, le 3e-ligne se confie sans langue de bois sur ''ces méthodes qui ne ressemblent pas au monde du rugby.''

Ils s'appellent Yohann Carpentier, Isei Colati, Mark Erasmus, Mikael Drouard, Seilala Lam ou Thibault Duvallet. Leur point commun ? Ils ont tous participé à la montée historique de l'USO Nevers en Pro D2. Mais cette deuxième division tant attendue par le peuple nivernais, aucun ne la verra sous le maillot jaune et bleu. En tout, ils sont vingt joueurs à avoir été remerciés... au lendemain de la fête à la mairie, où tous avaient été célébrés par les supporters.

Parmi eux, Hugues Briatte, 3e-ligne arrivé en Bourgogne l'été dernier. Formé au Stade Français, passé par le CA Brive, il a disputé 18 matchs cette saison, dont douze titularisations. Pas suffisant, néanmoins, pour être conservé malgré un contrat le liant toujours au club. Après avoir trouvé un accord pour le résilier, il se confie sur cette manière de faire, qui n'est pas sans rappeler celle de Montpellier.

Petit retour en arrière : le 13 mai, vous battez Chambéry, direction la Pro D2. Le 17 mai, sur Twitter, le club officialise le départ de nombreux joueurs. De ton côté, comment et quand as-tu appris cette nouvelle ?

Après la victoire du 13 mai, nous avons célébré la montée comme il se doit pendant quelques jours. Le lundi suivant, les entretiens individuels ont démarré avec le staff pour tous les joueurs en fin de contrat car très peu de joueurs (3) avaient eu la chance de prolonger en cours de saison. Je n’étais donc pas concerné par ces entretiens. Le groupe a donc commencé à apprendre les départs de certains joueurs avec plus ou moins de surprise le lundi et le mardi.

Pour ce qui est de mon cas, j’ai appelé le président le lundi 15 mai pour savoir quand on pourrait se voir avant de partir en vacances car une revalorisation de mon contrat était prévue en cas de montée du club en Pro D2. Il m’a répondu que je verrai Xavier Péméja (le manager de l'équipe, NDLR) deux jours après, pour parler de ma situation. Je ne me suis donc pas inquiété spécialement. C’est en arrivant à mon rendez-vous, le mercredi 15, qu’il m’a été annoncé par Péméja qu’il ne souhaitait plus travailler avec moi pour la Pro D2, sans jamais m’en avoir parlé en cours de saison.

Selon lui, je n’aurais pas le niveau pour la Pro D2, il pouvait se le permettre car il savait que le président me paierait et donc qu’il ne me mettait pas dans une situation délicate financièrement, et qu’il avait l’opportunité de recruter un gros joueur qu’il connaissait bien à ma place.

Tu n'avais donc reçu aucune indication quant à cette décision, les semaines auparavant ?

Non, je n’ai jamais eu aucune information concernant cette volonté de se séparer de moi. Au vu de mon temps de jeu durant la saison et des responsabilités qui m’étaient confiées (vice-capitaine), ce n’était vraiment pas prévisible pour moi.

Le club te décrit pourtant comme "un joueur majeur de l'équipe" sur Twitter, le jour de ton départ. Tu en veux au président Dumange, à Xavier Péméja ? Fin mai, la grande majorité des équipes a déjà bouclé son recrutement...

J’en veux évidemment à Xavier Péméja et à Sébastien Fouassier, le coach des avants. Nous avons travaillé ensemble toute la saison en échangeant assez souvent. Je pense qu’ils sont totalement conscients du préjudice qu’ils causent à la carrière d’un joueur quand ils prennent une telle décision le 18 mai, en connaissant la difficulté du marché de transfert. En faisant ça, ils utilisent des méthodes qui ne ressemblent pas au monde du rugby selon moi. Aussi, voir mon départ annoncé sur Twitter par le club alors qu’aucun accord n’avait été encore trouvé ni évoqué entre nous a simplement enfoncé le clou.

Pour ce qui est du président Dumange, je pense qu’il se trompe sur sa façon de gérer l’évolution du club cette année mais je ne lui en veux pas, et c’est un homme d’affaires assez accompli pour assumer ses choix. Je ne lui en veux pas car il a simplement décidé de laisser totalement les manettes du sportif à Péméja, qui lui a offert la montée qu’il cherchait depuis plusieurs années avec un investissement total. Je pense dans le fond que M. Dumange est quelqu’un de bien, qui veut tout faire pour le succès de son club.

Tu as twitté : "Le respect des hommes est mort dans le rugby" et tu as également réagi au fait que Montpellier vire six joueurs du jour au lendemain. Tu tires un peu la sonnette d'alarme sur l'évolution malsaine du rugby professionnel. Même en Fédérale 1 !

J’ai twitté car j’avais besoin de communiquer sur les méthodes employées ici en cette fin de saison, qui sont quand même assez nouvelles dans notre sport, et encore plus en Fédérale. Tu peux imaginer que la frustration de me retrouver dans cette situation après une saison sportive plus que satisfaisante était grande. J’ai l’impression que Montpellier à fait exactement la même chose qu’à Nevers.

Je ne sais pas si c’est une dérive du rugby en général. Pour être honnête, tout le monde est conscient qu’il y a de plus en plus d’argent dans le rugby pro et, nous , les joueurs, en sommes les premiers bénéficiaires quand nous signons des bons contrats. Mon inquiétude se porte sur la perte du coté humain dans les relations entraîneurs / joueurs ou dirigeants / joueurs.

Seulement, dans tous les clubs qui connaissent le succès, les différents groupes répètent toujours que l’aventure humaine prend une part importante dans ce succès. On entend souvent les entraîneurs dire qu’il faut réussir à ce que les mecs "s’aiment entre eux" pour obtenir une équipe qui tourne bien. À Nevers cette saison, nous avions réussi à trouver une véritable cohésion d’équipe avec beaucoup de bons moments partagés, à créer une vraie aventure humaine entre joueurs qui a dépassé le cadre du terrain. En se séparant de plus de 20 joueurs, je pense que le staff prend un gros risque et va devoir repartir de zéro avec un nouveau groupe car il aura perdu ce petit plus qui a surement aidé Nevers à passer le cap du Pro D2. Quoi qu’il se passe, je garderai quand même de très bons amis parmi les joueurs qui restent et qui auront le droit de croquer dans ce nouveau championnat après beaucoup d’efforts pour y accéder.

Raconte-nous ce qu'il s'est passé depuis un mois jusqu'à cette résiliation avec Nevers. Si tu ne l'avais pas signé, tu aurais continué à être payé, mais sans possibilité de t'engager ailleurs ? J'imagine que ton agent a eu également du boulot.

Depuis que j’ai appris la nouvelle de ma non-conservation au club, j’ai commencé par une phase de grande inquiétude et de questionnement. C’était une première pour moi et je ne le souhaite à aucun autre joueur. Je suis resté à Nevers plutôt que de partir en vacances et j’ai tout de suite communiqué  avec mon agent pour essayé de prendre les bonnes décisions de me retourner du mieux possible.

J’ai eu pas mal de retours de clubs qui se disaient intéressés mais qui avaient malheureusement déjà bouclé le recrutement à mon poste. Pendant une dizaine de jours, je me suis donc dis que j’allais resté ici en m’entraînant au maximum et que ce serait mieux que d’être au chômage. J’ai ensuite rencontré le président, puis eu le manager au téléphone qui m’a annoncé que si je restais, je passerais la saison en espoir, donc qu’il valait mieux partir selon lui, quitte à être au chômage.

Je suis parti une semaine pour me mettre les idées au clair à la suite de cet échange. En rentrant après un mois de conflit, j’ai décidé de retourner voir le président pour accepter la rupture de mon contrat car j’avais des contacts avec un club qui pourrait probablement me récupérer et me donner l’opportunité de retrouver un projet sportif intéressant. Je ne me voyais simplement pas vivre une saison entière en conflit avec mon staff après avoir vécu un mois dans cette situation, car cela provoque une grande usure mentale et une grande frustration.

Il y un an, un Benoit Guyot encore jeune quittait le monde pro et La Rochelle, direction Suresnes (Fédérale 2). On l'a senti très lassé par ce milieu et on peut facilement imaginer que tu sois dans le même état d'esprit... On pourrait toi aussi te voir à ce niveau ? 

Je connais bien Benoit Guyot, qui est un ami de longue date et avec qui j’ai joué pas mal d’années au Stade Français. Nos situations ne sont pas exactement les mêmes, car lui est arrivé au terme de son contrat avec la Rochelle et a eu le temps de réfléchir à ses options pour la suite de sa carrière professionnelle. Il a pris le temps de réfléchir à ce qu’il pouvait faire. En échangeant avec lui, c’est vrai que notre frustration est assez similaire sur tout ce qui concerne les personnes qui prennent des décisions surprenantes et qui se soucient peu des hommes derrière les joueurs.

Tu peux nous dire où tu évolueras la saison prochaine ?

Pour ma part, je viens de m’engager avec le club de Rouen qui vient de gagner le trophée Jean Prat en Fédérale 1. Je remercie ce club de me faire confiance, et je ferai tout ce que je peux pour obtenir encore une fois la montée en Pro D2 avec cette nouvelle équipe ambitieuse.

Pendant un moment, je me suis posé la question de suivre un peu les traces de Benoit et de rejoindre nos amis à Suresnes. Seulement, je sens encore que j’ai des choses à faire dans le rugby pro, car je reste sur une saison aboutie. Je ne veux pas arrêter de vivre mon rêve à cause de personnes qui ne m’ont pas respecté.

Tu as des nouvelles pour des autres joueurs sur le départ ? Au-delà du rugby, ce sont des familles qui sont souvent concernées.

Oui, j’ai des nouvelles de tous les joueurs de l’effectif de cette saison. Comme je le disais, nous avions un groupe qui échangeait beaucoup et qui vivait bien. Tout le monde a été très touché par la vague de départs. Je crois savoir que la majorité des joueurs a retrouvé de nouveaux clubs (Rochet à Bourg en Bresse, Maya à Hyères, Gonzalez à Chambéry, Geldenhuys à Nantes...) à quelques exceptions près et avec plus ou moins de satisfaction. Certains se sont dit dégoutés du rugby et de ses méthodes et ont préféré tirer un trait sur ce monde en stoppant leur carrière.

Un mot sur Nevers pour conclure : que retiendras-tu de cette aventure d'un an ? Et tu sens le club capable de se maintenir, comme Vannes et Soyaux-Angoulême l'an passé ?

De cette saison, je retiendrai beaucoup de plaisir et de belles rencontres. En faisant le point, je me suis rendu compte que j’avais réalisé une des meilleures années de ma carrière sportive. Je préfère partir avec le sourire en gardant en mémoire cette montée fabuleuse du 13 mai et les autres bons moments de la saison. C’était la deuxième montée de ma carrière après celle acquise avec Brive et les émotions sont incroyables, même si ce n’est pas un titre. Je ferai en sorte de ne plus être confronté à ces personnes qui m’ont énormément déçu en rebondissant avec mon prochain club et en leur démontrant qu’ils se sont trompés.

Je pense que l’USON est en avance sur son temps pour tout ce qui concerne l’extra-sportif et les structures, mais que son succès dépendra de la faculté du groupe à se souder et à se surpasser la saison prochaine, à l’image d’Angoulême cette saison. Je reste persuadé que le succès rugbystique dépend en grande partie de l’amitié qui lie les joueurs sur le terrain et de l’envie de se sacrifier les uns pour les autres.

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Dis donc c'est du bon ça !!! Good Game comme diraient les anglais.
Nevers a de grosses ambitions et fait juste comme les grands. Rien de bien nouveau, le nombre de fois des gars du cru sont éjecté des équipes 1eres pour y coller un géorgien, un sud 'af ou tout autre mercenaire qui traine leurs crampons entre la fédérale et jusqu'en série maintenant!!

  • Jak3192
    56982 points
  • il y a 3 ans

A ce que je comprends ,
celui qui a décidé de virer les joueurs
ce n'est pas le président (sponsor et homme d'affaire), qui ne connaitrait pas grand chose au rugby (ou tout au moins qui ne veut pas s'occuper du côté sportif)
mais ce serait le coach et son staff qui auraient décidé l'éjection de joueurs pas au niveau...
J'ai bon ?
C'est encore plus moche

C'est dur.
On a besoin de lui et de ses camarades pour la montée tout en estimant, en secret, qu'ils ne sont pas au niveau pour le maintien.
Les joueurs sont "remerciés" du jour au lendemain.
C'est très laid tout ça.

Les sois disantes valeurs du rugby qui n'existent pas...lol Et le fameux des que tu montes, il faut tout changer pour y rester, comme si c'était obligatoire, comme si leur melon avait grossi et qu'ils s'étaient pris pour un grand club à faire des transferts à tout va...

Elle est belle la soi disant famille du rugby !!!! on assiste progressivement à la mort lente de ses valeurs si vantées.....Merci le rugby pro !!! pas le rugby-sport par lui-même mais par les hommes-pognons-résultats qui le façonnent.... Allez les jeunes, faites plutôt des études, apprenez un métier et allez vous éclater en F1, F2, F3 séries etc... et restez dans la famille de vos clubs, villes et villages, vous y seraient bien plus heureux et on ne vous jettera pas comme des cleanex !!!! on vit aussi de beaux rêves en amateur..

  • cahues
    120205 points
  • il y a 3 ans

Hélas des pratiques de plus en plus courantes dans le rugby de nos jours.Pas de lien avec la chute des licenciés dans le pays mais tout de meme ces basses manoeuvres sur le dos des joueurs donnent une bien triste image de ce sport.J'adore toujours d'avantage des clubs comme Lombez-Samatan...

@cahues

Ça se passe tous les jours comme ça dans le milieu de l'entreprise.
Le rugby pro est géré comme une entreprise et pas comme un club de sport...

@Jonathan Sextoy

Et maintenant c'est le gouvernement qui est géré comme une entreprise.. .Comme la planète d'ailleurs, et on sait déjà ce qui attend les enfants des enfants de nos enfants si on n'arrête pas les génuflexions et les sacrifices de masse sur l'autel du dieu Zeyo... Les patrons de club qui connaissent queudchi au rugby, ça serait bien qu'ils se cassent, déjà... Et puis les joueurs, ça serait bien qu'ils se fassent entendre, enfin ceux qui ont quelque chose à dire, ou qui ne se contentent pas du mantra "la carrière est courte, je file doux"... De toute façon, cette mue entrepreneuriale, on voit ce que ça donne niveau jeu : de la fonte, des "compléments alimentaires", de l'athlétique à tout prix, du lobbying des "fondamentaux" qui zappent l'évitement, la vitesse, la pensée collective, et un championnat qu'on dirait aux mains de DRH adeptes du court-terme à curseur intégré, du management par objectif lune, et du failure wall ... Mais rien n'est inéluctable ; "There Is No Alternative" était un slogan thatchérien, donc vieux de 35 ans, destiné à persuader les gens qu'ils devaient déjà s'estimer heureux de la poignée de gravier... Dont acte...

  • Ahma
    93909 points
  • il y a 3 ans
@ginobigoudi

Cet article intéresse peu de monde, tu as des chances de ne pas te faire attraper par la patrouille des " pas de politique ! ".

@Ahma

Et pas d'anglicisme, on est en France!

  • Ahma
    93909 points
  • il y a 3 ans
@Team Viscères

J'allais te qualifier de Big Brother du Rugbynistère, alors disons plutôt Groos Brüeder.

@Team Viscères

Et pas gravier, ça se coince dans les tongues !

@Marc Lièvre Entremont

Il faut les Air Papin de Scholl.

@Team Viscères

Eh Jeam-Pierre...

  • Ahma
    93909 points
  • il y a 3 ans
@Marc Lièvre Entremont

Pose cette fourche.

  • oZbeck
    26149 points
  • il y a 3 ans

Ça doit être dur quand tu as tout donné à ton club de se faire jeter comme une vieille chaussette. D'autant plus que changer la grande majorité de l'équipe ne va pas les aider à se maintenir.

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