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Furlong explose comme du popcorn, fallait-il sanctionner l’Italie ?

L’Italie a-t-elle soulevé Furlong illégalement ? Les images choquent, la règle nuance. Analyse technique d’une mêlée qui fait débat.

Thibault Perrin 19/02/2026 à 18h00
À vitesse réelle, on crie à la faute. Au ralenti, tout se complique. Décryptage d’une mêlée brûlante autour de Furlong.Crédit image : Screenshot Sky Sport
À vitesse réelle, on crie à la faute. Au ralenti, tout se complique. Décryptage d’une mêlée brûlante autour de Furlong.Crédit image : Screenshot Sky Sport

L'image a fait le tour de la planète ovale et surpris plus d’un pilier dans son canapé. À la 65e minute du match face à l’Italie, Tadhg Furlong a explosé comme un bouchon de champagne. Coincé entre la poussée italienne et son deuxième qui a refusé de reculer, le droitier irlandais décolle, ses appuis quittent le sol et la mêlée se désaxe brutalement. L’arbitre laisse jouer quelques secondes avant de stopper l’action, pour accorder une pénalité en faveur de la Squadra Azzurra.

Certains fans ont peut-être crié à la faute italienne, d’autres parlant d’une domination légale. Mais que dit réellement la règle dans ce cas précis ? L’Italie aurait-elle dû être pénalisée pour avoir soulever les appuis du pilier irlandais ?

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Ce que dit la Loi 19 : “soulever” est interdit

Le cadre est clair. La Loi 19 du règlement World Rugby, et plus précisément la Loi 19.10 sur le jeu dangereux, stipule qu’un joueur ne doit pas soulever un adversaire du sol ni le forcer vers le haut hors de la mêlée. C’est considéré comme jeu dangereux.

Concrètement, un pilier n’a pas le droit de tirer vers le haut, d’utiliser son bras intérieur comme levier ou de modifier volontairement son angle pour faire décoller son vis-à-vis. Si les pieds quittent le sol sous l’effet d’une action ascendante intentionnelle, la sanction minimale est une pénalité, avec possibilité de carton jaune en cas de geste dangereux ou répété. L’objectif est limpide : protéger les cervicales et garantir la stabilité des premières lignes.

“Soulever” ou “faire monter” : la nuance qui change tout

C’est là que l’analyse devient intéressante. En mêlée, il existe une différence fondamentale entre “soulever” et “faire monter” involontairement.

Il y a faute claire lorsque le pilier exerce une poussée vers le haut, avec un angle ascendant visible, ou lorsqu’il actionne un levier avec son bras intérieur pour déséquilibrer. L’indice majeur pour l’arbitre est le décollage net des appuis combiné à un changement d’angle volontaire du joueur dominant.

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En revanche, une équipe qui avance fort, de manière horizontale et stable, peut provoquer la remontée du pilier adverse sans intention de le soulever. Si le pilier dominé ouvre la porte, perd son angle ou ses appuis, il peut se retrouver “monté” mécaniquement par la pression.

Dans ce cas, l’arbitre va observer trois critères : l’angle du dos du pilier dominant reste-t-il parallèle au sol ? Les appuis sont-ils stables ? Y a-t-il une action de levier du bras intérieur ? Si la poussée est droite, basse et contrôlée, ce n’est pas automatiquement une faute, même si l’adversaire décolle.

Ce que montrent les images sur Furlong

Sur la séquence en question, Furlong se retrouve clairement en difficulté technique au moment de l’impact. Son bassin semble légèrement relevé, son angle s’ouvre et il perd progressivement l’alignement hanche-épaules. Il est pris en sandwich et n'a plus le choix que de se relever.

Côté italien, le pilier garde un dos relativement plat et des appuis ancrés. On ne distingue pas d’action évidente de levier du bras intérieur ni de poussée ascendante marquée.

Autrement dit, visuellement, on est davantage dans un cas de domination horizontale qui fait monter l’adversaire, plutôt que dans une action volontaire de soulèvement. Le décollage est spectaculaire, oui. Mais le critère clé reste l’intention et l’angle de poussée. Et sur ces éléments, l’arbitre a manifestement estimé qu’il n’y avait pas jeu dangereux caractérisé.

Quels sont les observables ?

Les arbitres modernes sont formés pour prioriser trois choses en mêlée : sécurité cervicale, stabilité et absence d’action volontaire dangereuse. Dès lors qu’ils perçoivent une poussée droite et une mêlée qui avance dans l’axe, ils ont tendance à sanctionner le pilier qui se relève ou perd son angle plutôt que celui qui domine.

Dans ce cas précis, sanctionner l’Italie aurait supposé identifier un geste ascendant volontaire. Sans preuve claire d’un angle modifié ou d’un levier utilisé, la décision de ne pas pénaliser reste cohérente avec les directives actuelles de World Rugby.

Le 2e ligne irlandais refuse de reculer donc Furlong monte comme un bouchon de champagne. La sanction paraît logique.

Le XV de France est prévenu

Pour l’Italie, cette séquence envoie un signal fort : la mêlée transalpine n’est plus une simple chambre d’enregistrement. Elle peut bousculer l’une des meilleures premières lignes du monde. Pour l’Irlande en revanche, voir une référence au poste comme Furlong “exploser” est un autre signal qui montre que tout ne va pas bien à l'heure actuelle dans l'équipe.

Plus largement, cette action illustre la complexité de l’arbitrage en mêlée. À vitesse réelle, tout va très vite. Le public voit un pilier décoller et pense immédiatement à la faute. L’arbitre, lui, dissèque angle, appuis et intention. C’est précisément cette nuance qui rend la mêlée aussi fascinante… et aussi difficile à juger.

Au final, spectaculaire ne veut pas forcément dire illégal. Et dans l’arène impitoyable de la première ligne, la frontière entre domination et faute tient parfois à quelques degrés d’angle.

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