Alors qu’il attire un peu moins la lumière des projecteurs, depuis son retour de blessure, Antoine Dupont continue d’avancer dans l’ombre. Avec des copies propres face à l’Irlande et au pays de Galles, il a été l’un des meilleurs joueurs du XV de France face à l’Italie. Dans un rôle de pompier de service, il a permis aux Bleus de ne pas subir la pression italienne, là où le jeu tricolore peinait à se mettre en place, sans Matthieu Jalibert.
Alors, une question se pose : cet Antoine Dupont-là n'était-il pas déjà présent sur les premiers matchs du Tournoi des 6 Nations ? Était-il seulement dissimulé derrière les performances remarquées de l’ouvreur bordelo-béglais ?
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Pour en avoir le cœur net, il est intéressant de comparer les statistiques des deux premières rencontres avec celles observées contre les Transalpins. Dans le Nord, contre l’Italie, Antoine Dupont a joué au pied à 17 reprises dans le jeu courant, a délivré 63 passes et a battu cinq défenseurs, mais il a aussi réalisé une percée, deux offloads et sept plaquages.
Lors de la réception du XV du Trèfle, il a joué presque autant de minutes, 74 contre 76, et possède des statistiques proches de celles observées face aux hommes de Gonzalo Quesada. Certaines observations offensives sont inférieures, avec un seul défenseur battu et aucune percée, mais elles sont compensées ailleurs, avec notamment plus de mètres gagnés et autant de passes après contact.
Contre le pays de Galles, le Toulousain a joué moins de temps. L’opposition était moins relevée que sur les deux autres rencontres. Ainsi, il a égalé ou surpassé la quasi-totalité des statistiques des deux autres matchs cités, en dehors du nombre de passes délivrées. Par conséquent, le jeu du demi de mêlée semble être similaire d’un match à l’autre, dans l’expression chiffrée de ces apparitions. Si certains se sont plaints du manque d’impact visible de ce dernier sur le jeu, ce sont peut-être juste les actions grandioses auxquelles il a habitué le public qui se sont effacées, au profit d’autres qualités…
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Après plusieurs mois passés sans son meilleur joueur, Fabien Galthié et son staff semblaient dans une impasse tactique, à l’automne dernier. Face aux nations du Sud, le jeu de dépossession pratiqué habituellement n’a pas aidé le XV de France à briller. Pour le retour de son maître à jouer, les Bleus ont donc changé leur fusil d’épaule. Ils ont embrassé une nouvelle animation offensive, où ils prennent (enfin) plaisir à avoir la possession du ballon.
Pour cela, l’encadrement tricolore a décidé de mettre en place une attaque avec trois chefs d’orchestre. “Dans notre système, il y a le 9, le 10 et le 15 qui sont très influents. Thomas, c’est quelqu’un qui adore prendre des responsabilités. C’est positif d’avoir deux numéros 10 sur le terrain parce qu’on ne peut pas être partout. Ça nous permet d’être menaçants des deux côtés du terrain”, confiait Matthieu Jalibert au Midi Olympique, il y a quelques jours. En clair, au moment de sortir le ballon, Antoine Dupont a souvent deux options qui s’offrent à lui, celle de son arrière Thomas Ramos et de son ouvreur Matthieu Jalibert. La polyvalence et les qualités de mobilité de l’ensemble des joueurs du XV de France, avants compris, permettent ensuite de se montrer dangereux, aussi bien dans le fermé que dans le côté ouvert.
Sur ces trois premières rencontres, le visage dévoilé par la sélection a donc radicalement changé. Comparé aux cinq premières années pendant lesquelles Fabien Galthié était en poste, le XV de France ne semble plus condamné uniquement au jeu d’avant puissant et aux phases de contres spectaculaires. Ces aspects n'étaient pas forcément déplaisants ou inefficaces, mais ils étaient devenus prévisibles pour les sélections en mesure de répondre au défi imposé.
De plus, cette nouvelle animation offensive n’est pas le fait d’une application scolaire des méthodes du staff. Elle fait grandement confiance au talent des joueurs présents sur la pelouse et leur donne tout de même une grande liberté pour exprimer leur ‘French Flair’. “J’aimerais vous dire que tout est prévu, mais ça n’est pas le cas. Nous jouons simplement avec deux numéros 10 qui, suivant les positions sur le terrain, suivant les zones trouvées, s’interchangent de manière quasi naturelle. Cette réussite montre qu’ils sont à l’aise dans le système qu’on leur propose”, indiquait dernièrement l’entraîneur de l’attaque Patrick Arlettaz.
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Dans ce système, Antoine Dupont n’est plus aussi indispensable qu’avant. Même s’il reste un joueur provoquant un grand nombre d’incertitudes, il n’est plus condamné à l’exploit sur chacune de ses rencontres. “Avec Matthieu, on s’est mis au service du collectif. On a tenté de faire jouer les autres du mieux que nous pouvions en alternant entre avants et arrières. On a touché les extérieurs, on s’est fait des passes… C’est très positif”, indiquait le Toulousain après l’Irlande, toujours selon le Midi Olympique.
Disposant d’une plus grande liberté, Antoine Dupont profite du soutien de Matthieu Jalibert, mais aussi de Thomas Ramos, pour faire briller l’ensemble des Bleus. “Ce sont deux gros potentiels qu'on est heureux d'associer. […] Ce que j'attends de la charnière, c'est cette capacité à associer les forces autour d'eux. Qu’elle soit présente auprès des avants ou pour libérer le plus efficacement les ballons”, dévoilait Fabien Galthié en conférence de presse, avant le début du Tournoi des 6 Nations. Visiblement, cette mission est accomplie.
Enfin, cette association permet aussi à Antoine Dupont de se rassurer. Dans une discussion avec le joueur de football Thierry Henry, pour le média Bros, il expliquait qu’il se sentait “frustré parce que les gens attendaient” des “fulgurances” de sa part chaque semaine. Avec l’âge, il avait confié qu’il avait compris qu’il n’était “pas obligé de traverser le terrain tous les week-ends” pour être utile à son équipe. Aujourd’hui, plus de deux ans après cet entretien, le demi de mêlée semble enfin avoir trouvé la place qu’il cherchait tant au cœur du collectif.
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