Galthié se méfie d’une Angleterre toujours dangereuse
À l’approche du choc face à l’Angleterre en clôture du Tournoi des 6 Nations, Fabien Galthié a tenu à rappeler que le XV de la Rose reste une équipe redoutable malgré des résultats irréguliers dans la compétition. Avec trois revers de rang. Le sélectionneur des Bleus refuse clairement de sous-estimer l’adversaire. Avant cette édition 2026, l'Angleterre, c'était 12 victoires consécutives. "Une équipe qui performait énormément." Et qui est arrivée légitimement dans ce Tournoi avec énormément d'ambitions.
Eux aussi ont traversé des bons moments. Avec le match d'ouverture face au Pays de Galles et des moments plus difficiles. Je crois qu'ils vivent ce que nous vivons. C'est-à-dire que les adversaires sont tellement difficiles à appréhender. Ils sont tellement complexes. Les environnements sont tellement spéciaux. Qu'avant un match, il faut se préparer au meilleur et au plus difficile.
A l'orée de ce Crunch, leurs résultats ne sont pas en phase avec leurs attentes, analyse le sélectionneur français. "Mais ils sont toujours redoutables avec un staff qui travaille très bien. Les joueurs qui composent cette équipe sont très bons. Et leurs résultats sont surtout liés à la difficulté de la compétition." Pour Galthié, le classement ou les critiques ne changent rien : le Crunch reste un match à part. Surtout quand l'une des deux équipes jouent le titre. Et que l'autre peut lui gâcher la fête.
Le XV de France remanié (en urgence) pour décrocher le titre lors du Crunch face à l'AngleterreUne conquête anglaise toujours très solide
Dans son analyse, le sélectionneur français insiste particulièrement sur un secteur : la conquête. L’Angleterre reste l’une des équipes les plus structurées du Tournoi dans ce domaine. "C'est une équipe qui se présente avec des joueurs de grande qualité. C'est une équipe qui a des points forts, remarquables, et qui a une stratégie qui est très claire. Une grosse conquête, des setups très performants sur lesquels ils mettent l'accent, puisqu'ils ont agrandi leur alignement avec une seconde ligne et une troisième ligne. Trois sauteurs potentiels."
Les statistiques du Tournoi confirment cette tendance. L’Angleterre domine les lancers gagnés en touche avec 62 ballons sécurisés, soit la meilleure marque de la compétition. Une plateforme idéale pour installer leur jeu stratégique. Ce travail en touche permet notamment de mettre en place des lancements très structurés, souvent construits autour de leurs grands sauteurs (Coles, Chessum) et d’un jeu au près très organisé.
La pression permanente par le jeu au pied
Autre arme majeure pointée par Galthié : la pression territoriale anglaise. Le XV de la Rose s’appuie historiquement énormément sur son jeu au pied pour installer le chaos chez l’adversaire. "Une pression exercée en permanence sur toutes les zones du terrain, notamment dans les couloirs, par des jeux au pied. Ou des jeux au pied de pression, où l'équipe se projette et cherche à créer le chaos et à utiliser leur niveau d'exécution avec beaucoup de vitesse."
35 plaquages, maladie infantile, préféré à Pollock : qui est ce François Cros de l'équipe d’Angleterre ?Là encore, les chiffres illustrent parfaitement cette stratégie. L’Angleterre est l’équipe qui tape le plus au pied dans le Tournoi avec 123 coups de pied en jeu. Elle est aussi celle qui produit le plus de mètres au pied avec 3398 mètres gagnés, preuve d’un plan de jeu clairement orienté vers l’occupation et la pression territoriale.
Derrière ce jeu d’occupation se cache aussi une volonté de mettre la pression sur la réception adverse. Les Anglais dominent d’ailleurs les réceptions offensives avec 7 ballons récupérés, un indicateur direct de leur stratégie de chasse après les coups de pied. Face à des Bleus qui ont été moins dominateurs dans les airs lors des deux derniers matchs, les duels aériens pourraient être l'une des clés de la rencontre.
Pourquoi ce plan de jeu peut gêner les Bleus
Ce style de jeu anglais n’est pas anodin pour le XV de France. Il cible directement deux zones clés : la bataille aérienne et la discipline territoriale. Si les Bleus dominent offensivement dans le Tournoi – ils sont par exemple premiers au nombre d’essais inscrits avec 24 et leaders en franchissements avec 48 – ils devront répondre au défi stratégique anglais. Car le danger est clair : installer un match haché, très territorial, où la pression au pied et les phases statiques prennent le dessus. Dans ce type de rencontre fermée, l’efficacité des buteurs et la discipline deviennent souvent décisives.
Ce que ça change pour le XV de France
Pour les hommes de Galthié, la clé sera donc double samedi soir. D’abord sécuriser la conquête pour éviter que les Anglais installent leur stratégie. Avec une mêlée qui souffle le chaud et le froid dans cette édition 2026, le pack tricolore se sait (très) attendu sur les phases statiques. Ensuite gagner la bataille de l’occupation afin de ne pas subir la pression territoriale.
Le XV de France possède toutefois plusieurs armes pour répondre à ce défi. Thomas Ramos domine par exemple le classement des points du Tournoi avec 58 unités, tandis que Louis Bielle-Biarrey est déjà à 5 essais, meilleur marqueur de la compétition. Mais face à une Angleterre réputée pour sa capacité à transformer le match en duel tactique, la maîtrise collective sera déterminante. Et c'est sans doute là où les Bleus seront le plus observés (et critiqués) après le match perdu en Ecosse.
Un Crunch qui reste imprévisible
C’est d’ailleurs ce que rappelle implicitement Fabien Galthié. Dans un Tournoi où toutes les équipes se neutralisent et où chaque détail compte, les dynamiques peuvent basculer très vite. Et dans un Crunch, encore plus que dans n’importe quel autre match, les statistiques ne racontent jamais toute l’histoire. Samedi soir, ce sera avant tout une question de précision, de maîtrise… et de nerfs.
Si le Grand Chelem a échappé aux Tricolores à Murrayfield, ils n'en restent pas moins en course pour un deuxième titre de rang dans le Tournoi. Ce qui n'était pas arrivé depuis presque 20 ans. Un potentiel troisième titre en cinq ans qui aurait un impact fort en vue de la Coupe du monde. Si un double bonus pourrait suffire en cas de défaite et d'un succès irlandais contre l'Ecosse, on ne doute pas de l'envie des Bleus de remporter ce match face à notre meilleur ennemi.
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