6 Nations, Championnats du monde : les dessous de la saison de France U20 racontés par Sébastien Piqueronies
Sébastien Piqueronies, manager de l'équipe de France U20, championne du Monde.

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Les Bleuets ont réalisé une saison incroyable en décrochant le Tournoi des 6 Nations puis la Coupe du Monde. Sébastien Piqueronies est revenu sur les grandes étapes de cette année mémorable.

Stage de développement à Doha du 26 décembre au 10 janvier

C'est le début de la saison avec un nouveau staff (NDLR : Sébastien Piqueronies est le manager, Éric Dasalmartini est en charge des avants et David Darricarrère des trois-quarts). On part avec un groupe élargi en laissant volontairement des joueurs avec France U20 développement car on veut les évaluer en mode compétition lors du match face à l'Italie. Je pense à Guillaume Marchand, Jimi Maximin, Sacha Zegueur... On prend une trentaine de U20 à Doha et des U18 pour stimuler tout ça. Jordan Joseph est d'ailleurs convoqué mais il n'est pas au stage. C'est le premier moment qu'on avait balisé comme développement du joueur en dehors de la période en club et c'est ainsi que l'on a bâti un stage très intensif, très rigoureux où on a vraiment tenté de développer modestement les qualités de nos joueurs. Ce stage a été merveilleux, comme la pierre d'achoppement, l'acte fondateur de la saison. 

La construction du groupe

Après le stage de Doha et l'évaluation des joueurs de France Développement contre l'Italie, on panache les deux et on a un noyau d'une quarantaine de joueurs que l'on va utiliser pendant le Tournoi. On réflechit en synergie avec les clubs à bien harmoniser le temps de jeu de chacun. Il y a un gros point noir lors de la période hivernale, c'est la blessure de Teddy Baubigny (talonneur du Racing 92), on perd un cadre. Hormis cela, le plan se passe à merveille. On a vraiment l'impression d'avoir quarante joueurs de bon niveau, très mobilisés dans un groupe homogène. Laisser des joueurs avec France dév. et prendre des 18 et des 20 ans nous a permis de maintenir une saine émulation avec une bonne quarantaine de joueurs. On balise les sept semaines de Tournoi en sachant qu'il y aura certains joueurs qu'on aura à disposition à 100% et d'autres qu'on va laisser s'épanouir en club car on pense qu'ils vont avoir du temps de jeu en Top 14 ou en PRO D2. On construit nos effectifs pour avoir trente, trente-deux joueurs chaque week-end du Tournoi sur le pont. Tout en acceptant que, comme contre l'Italie, lors du troisième match, on laisse des joueurs à disposition des clubs professionnels pour avancer. Pour le staff, c'est une gymnastique passionnante, qui nous a demandé beaucoup de temps.

Le Tournoi

Sur le premier match, il n'y a pas de doublons avec le Top 14. C'est une entrée poussive contre les Irlandais (victoire 34-24) puis le gros déclic, c'est le match en Écosse où on fait un match très abouti. On gagne de 70 points à l'extérieur avec des intentions de jeu et du volume (victoire 19-69 lors de la deuxième journée). Exactement ce que l'on voulait mettre en place. Au sortir de ce match, on se rend compte qu'il y a vraiment de la qualité, avec Éric et David, que ce soit dans le staff ou chez les joueurs. Qu'on peut produire des choses qui ont de la ''gueule''.

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Les Bleuets remportent le Tournoi

C'est une grosse déception d'avoir perdu l'Angleterre mais c'est une vraie satisfaction d'avoir gagné le Tournoi, c'est une certitude. Sur le match, ils ont été meilleurs que nous, ponctuellement, sur beaucoup de domaines. Ça a entraîné une remise en question et ce qui m'a rendu le plus fier de la part des garçons : six jours plus tard on a vraiment été capable de faire une grosse performance au Pays de Galles (victoire par 24-3 à Colwyn Bay). Il fallait gagner avec le bonus, c'est jamais évident. Après l'Angleterre, on a trois blessés importants, on a deux cartons rouges. Cette défaite nous a surtout permis de nous regarder dans la glace. On s'est retroussé les manches pour bosser. Et malgré tout ça, on produit une grosse performance. Et là, je m'aperçois et j'ai la conviction que ça n'a fait que valoriser les qualités de ce groupe, que ça a exacerbé sa détermination. Je me suis vraiment dit que ce groupe avait des ressources et des qualités pour faire quelque chose d'exceptionnel.

Entre le Tournoi et la Coupe du Monde

Après le Tournoi et avant le début des Championnats du Monde, les joueurs sont en club avec un plan de développement individuel. On est dans la communication, on se déplace dans les clubs, on suit les joueurs. Beaucoup évoluent dans les championnats professionnels, d'autres jouent en Espoirs. Chacun est à son rythme avec pour objectif de se développer puis d'arriver au stage de préparation à la Coupe du Monde. On a réalisé un vrai travail de suivi avec David et Éric. Finalement ces sept semaines ont passé vite : le temps qu'on planifie le stage de préparation et la Coupe du Monde, on est déjà le 10 mai et l'aventure démarre.

L'annonce du groupe pour la compétition

On choisit, pour le stage de préparation, de prendre un groupe élargi de 38 joueurs, dans le but de travailler à beaucoup. Car on est sûr qu'on a besoin de tout le monde. Pour deux raisons principales. D'abord, si on a des blessés, ce sont ces garçons-là, qui vont nous faire gagner. Il faut mobiliser tout le monde. Ensuite, on est persuadé que plus la qualité sera au rendez-vous au stage, meilleure l'équipe sera en compétition. Le groupe est difficile à constituer tant on a vu de qualité pendant le Tournoi. Toutefois, sur plusieurs postes, la hiérachie est déjà établie et déjà ciblée et on est dans la finalisation, on se questionne notamment sur des états de forme de joueurs. Quand on arrive à la Coupe du Monde, on a fait un premier choix très difficile. On doit choisir 28 joueurs comme le réglement nous l'impose. On est donc très sûrs de nos forces mais affectivement touchés car on se sépare de garçons qui méritaient de venir, qui avaient le niveau pour jouer la Coupe du Monde. Mais ça nous renforce dans l'idée que l'on a un groupe fort

Le lancement de la Coupe du Monde

Sur le début de la compétition, on choisit, à mon sens, de manager intelligement en offrant à chacun, sur les deux premiers matchs, l'opportunité de débuter. Notre objectif est de gagner cinq matchs et il faut aussi économiser nos forces. Donc on décide très tôt dans la compétition d'annoncer les compositions d'équipe pour les deux premiers matchs. Les joueurs savent ce qu'ils ont à faire, soit à échéance trois jours pour ceux qui allaient jouer contre l'Irlande, soit à échéance cinq jours pour ceux qui allaient affronter la Géorgie. Cette semaine-là se manage assez facilement car les garçons se projettent sur un certain temps de jeu. Après la Géorgie on a quand même neuf points. Il y a des choses très positives même si on a eu une entrée dans la compétition un peu poussive. Après le deuxième match, avec plein d'artifices, on a réussi à s'enlever cette pression et à se focaliser sur nous-même.

Le duel déterminant contre les Boks

Le match face à l'Afrique du Sud, je le perçois d'abord comme extrêmement bien préparé. Je sens un staff très focus. Je vois David sur les lignes arrières qui captive les mecs avec un plan de jeu précis. Je vois Éric, devant, sur les lancements, qui fait un travail remarquable. De mémoire, on arrive un peu plus tôt que l'heure prévue. En général, vous savez, c'est la hantise des managers, on ne veut pas que ça gamberge. Paradoxalement, le match aurait pu avoir lieu à 21 heures, 22 heures, minuit, deux heures, j'avais l'impression que rien ne pouvait arriver. Je sentais un groupe serein, sûr de ses forces, et vraiment prêt à livrer une belle prestation. Évidemment que l'on n'a pas réussi à tenir le rythme mais sur 35 minutes, ça n'a pas été loin d'être parfait.

La demi-finale face à la Nouvelle-Zélande

Je me rappelle qu'en rentrant de Narbonne après l'Afrique du Sud, à la descente du bus, je vois de suite que les garçons sont focalisés sur la récupération et le match suivant. On décide conjointement de ne pas dire ''All Blacks'' mais ''Néo-Zélandais moins de 20 ans'' pour totalement désacraliser ce que représente l'équipe adverse. Encore une fois, on le prépare très sérieusement, relativement détachés de l'évènement. L'histoire nous montre qu'on le prépare bien, de manière suffisament précise. Les garçons ont vraiment confiance en eux. Ça commence fort mais on arrive à la mi-temps avec seulement trois points d'avance (3-0) en ayant, il me semble, beaucoup dominé. C'est un mélange d'hyper satisfaction d'avoir su proposer cela mais on se dit ''attention, on a que trois points d'avance''. À la pause, on essaie d'avoir un discours très positif et très précis. On se fait le pari de démarrer très fort avec un coaching gagnant pour tenir justement 32, 33, 34, 35 minutes. L'histoire nous montrera qu'on a tenu trente-deux minutes ce qui s'avère suffisant. Dans tous les cas, c'était une grosse performance.  

La finale face aux Anglais

On est dominateurs sans avoir le ballon, ce qui est très différent de l'Afrique du Sud et de la Nouvelle-Zélande. On est très réalistes. On sent une solidarité, une exigence défensive, vraiment remarquables. Là aussi on rentre à la mi-temps avec des certitudes et quelques réglages à faire notamment pour avoir le ballon. Le coaching fait encore la différence avec des garçons qui entrent et qui amènent une plus-value. Pour un résultat exceptionnel. L'écart à dix minutes de la fin est caractéristique de l'état d'esprit (23-8 alors).

L'aventure en trois mots ?

(Il réfléchit). État d'esprit, joie de vivre et insouciance. Je ne sais pas si ce sont vraiment des mots ou plutôt des notions mais ça colle à cette génération qui a été insouciante et qui a pris le rugby comme un jeu et un plaisir, et ça, c'est ma plus grande fierté. Ils ont mis surtout une détermination et une rigueur dans le travail très très très élevée. C'est ce qui fait le panache de cette année.

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Potentiel tricolore

Je les vois prêts pour rentrer dans les squads pros, suffisamment autonomes, matures et déterminés pour faire leurs place. Ça va prendre plus ou moins de temps mais ce qui est sûr, c'est que ce ne sont pas les clubs qui vont leur offrir du temps de jeu, c'est eux qui vont devoir aller le chercher. Ils ont les bases techniques et mentales pour y arriver. Ne nous le cachons pas, c'est un autre niveau mais c'est le challenge qui suit après leurs trois semaines de récupération.

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  • breiz93
    61285 points
  • il y a 2 ans

L'article relate bien ce que nous avons pu ressentir en voyant ce groupe jouer.
Ils ont tout des grands, à eux d'aller bousculer la hiérarchie dans leurs clubs pour qu'on puisse les revoir en bleu.

Vlà un article qu'il est intéressant !
Nonobstant je signale à Sébastien Piqueronies qu'il fait un contresens avec "pierre d'achoppement" : ce n'est pas une pierre sur laquelle on construit quelque chose, mais au contraire un obstacle sur lequel on achoppe, c'est à dire trébucher, buter.

  • Ahma
    95225 points
  • il y a 2 ans
@lelinzhou

Bien, je ne suis plus le seul à nonobster, je n'affronterai plus seul le Lapin Railleur.

@Ahma

Nonobstons donc de conserve ou de concert, puisque l'un et l'autre se disent ou se dit...
Lagomorphou ne se moquera pas, l'est très occupé ce soir, grâce à mon piston il remplace le tigre dans Fort Boyard.

  • Ahma
    95225 points
  • il y a 2 ans
@lelinzhou

Paix à son râble.

@Ahma

C'est la différence avec Marjorie, elle est à deux râbles.

  • Ahma
    95225 points
  • il y a 2 ans
@lelinzhou

La phrase est quelque peu ambigüe.

@Ahma

C'est le mystère Marjorie, celui qui fascine Lapinou : elle est à la fois, d'après lui, à deux râbles et à demi râble. N'a que dans la Bible qu'on trouve des trucs comme ça.

  • breiz93
    61285 points
  • il y a 2 ans
@lelinzhou

@LELINZHOU
Merci Maître Capello, et je remet 100F dans le nourrin... ( tout le monde ne va pas comprendre, trop jeunes, c'est comme les en-avants dans les mains ).

@breiz93

Et les up and under dans la boîte... Depuis, les mouches on changé d'âne, le cochon est dans le maïs et la cabane est tombée sur le chien...

@breiz93

Je plussoie le nonobstage. Je pense qu'il y a confusion avec un autre type de pierre, aka la clé de voûte.

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