Deux matchs, 45 offloads. Le chiffre a de quoi impressionner les observateurs. Après deux journées dans ce 6 Nations 2026, le XV de France domine outrageusement ce secteur. Son prochain adversaire, l’Italie, n’en a réussi que 15 sur la même période. Jalibert (10), Ramos (8) et Dupont (5) sont les plus généreux chez les Bleus. Mais aussi les meilleurs dans la compétition devant deux Italiens (Ioane, 5 ; Marin, 4).
Selon les données Opta relayées par The Analyst, les Français ont gagné 149 mètres sur les courses effectuées immédiatement après une passe lors de la 1re journée, soit 90 de plus que n’importe quelle autre nation. Ces actions ont représenté 25,3 % des 590 mètres parcourus face à l’Irlande (36-14). Autrement dit, si les Italiens ne bloquent pas les bras et les mains tricolores dimanche 22 février à Lille, ils pourraient vivre un après-midi très long.
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Ce qui rend la performance encore plus impressionnante, c’est que ces offloads n’ont pas été des passes faciles dans des boulevards. Comme l'explique The Analyst, "mis à part celle qui amène le premier essai contre l’Irlande, aucune autre passe après contact n’a directement débouché sur une percée ou un essai." Et pourtant, les Bleus ont avancé. Beaucoup avancé.
Les statistiques après contact confirment la tendance : 116 mètres gagnés grâce aux seules courses de soutien lors du premier match, soit presque le double de toutes les autres équipes réunies (60). Cela veut dire quoi ? Que l’impact ne se limite pas au geste spectaculaire du porteur de balle. Il se situe dans la continuité, dans la capacité à rester vivant autour du point de collision, à transformer un duel en dynamique collective.
L'ADN français vu par Joe Worsley
Joe Worsley, ancien troisième ligne de l'Angleterre devenu entraîneur, a parfaitement résumé le phénomène pour la chaîne FR-UK Rugby. « C'est tout simplement une différence incroyable. Ça démontre certaines capacités innées que possèdent leurs joueurs, comme Bielle-Biarrey, comme Jalibert. Oui, c'est une part d'eux-mêmes, mais c'est aussi la façon dont ils ont été formés. » Pour lui, ce n'est pas seulement le talent individuel. « C'est le joueur lui-même, sa capacité, ce moment où il se dit que c'est maintenant qu'il faut y aller… après un coup de pied, sur balle rapide. Et parce qu'il y a de l'espace autour d'eux, les autres joueurs le lisent et se portent vers eux. »
La clé, selon lui, réside dans le soutien. « Ce n'est pas seulement le joueur qui fait l'offload, c'est le joueur en soutien et sa capacité à se placer là où la passe va pouvoir arriver. » Là où certaines nations anglo-saxonnes travaillent surtout la technique du porteur, la formation française insiste davantage sur le placement et la communication des joueurs autour de la collision. « Beaucoup d'autres équipes n'auraient pas cet ADN… En France, c'est probablement davantage une affaire de joueurs de soutien. » Voilà pourquoi les chiffres explosent.
Comment contrer cette machine ?
Worsley est clair : pour battre la France, il faut d'abord gagner les collisions. « Il faut dominer ces collisions, ne pas leur laisser de balles rapides, effectuer des plaquages à deux, rester attentif aux offloads. » Traduction pour l'Italie : plaquages à deux, bras actifs pour empêcher la libération, joueurs debout autour du point d'impact pour couper les options immédiates.
Il insiste aussi sur le nombre de turnovers, à savoir 38 au total pour les Bleus sur les deux premiers matchs. Ce volume élevé finira par baisser, mais il reste supérieur à la moyenne internationale. L'espoir pour une équipe comme l'Italie ? Réduire le nombre de franchissements et d'offloads, tout en maintenant un haut taux de turnovers pour attaquer en transition. Et ne pas négliger le jeu au pied : longs coups de pied, contestables, pression aérienne. « Ça vous donnera des opportunités de transition contre l'équipe de France. »
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Côté italien, le message est limpide. Si elle défend en glissant, sans dominer les collisions et sans fermer les bras, elle risque de subir vague après vague. Quinze offloads en deux matchs contre 45 côté français, l’écart n’est pas anodin : il traduit une différence de vitesse d’exécution et de lecture autour du ballon.
Pour le XV de France, ces statistiques confirment une identité forte. Les Bleus ne se contentent pas de jouer large-large ou de multiplier les séquences au près. Ils avancent dans le désordre, transforment chaque contact en opportunité. Et dans un Tournoi où les défenses sont de plus en plus organisées, cette capacité à créer de l’incertitude après impact peut faire basculer une compétition.
Dimanche à Lille, tout se jouera peut-être là, dans ces demi-secondes post-collision. Si les Italiens laissent les bras libres aux Tricolores, le sale quart d’heure pourrait vite se transformer en cauchemar.
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