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RUGBY AMATEUR - Récit d'un arbitre : ''Ah, on est cons quand même, mais ça fait du bien''
Rugby Amateur : récit d'un arbitre.
Découvrez la tribune d'un arbitre de rugby amateur, qui parle des violences entendues en tribunes.

Reprise de la saison après les fêtes, on se dit bonne année, une éclaircie pile pour l’arrivée au stade. Joli cadre d’ailleurs, où j’ai eu plaisir à venir par deux fois. Potentiellement difficile pourtant, avec ses vestiaires derrière la buvette, elle-même sur une butte qui se trouve derrière un en-but, et d’où les spectateurs se dressent comme sur une tribune derrière les poteaux pour admirer, commenter et profiter de leur rencontre.

Grondement progressif au coup de sifflet final.

Comment se tenir face à ces mêmes gens, regroupés sur la butte et qui se serrent devant l’accès aux vestiaires à la fin de la rencontre ? A mesure que je me rapproche, le passage se réduit, mieux vaut s'arrêter et attendre que ça s'écarte. Ils ont tout vu. Ensemble, ils sont forts, ensemble ils sont sûrs, rassemblés sous l’étendard de l’injustice et le blason de leurs couleurs, de leur terrain, de leurs dimanches après-midi.

Ensemble, ils crient pour parler plus fort que mes décisions.

Le but peut-il être que j’entende ? J’entendrais mieux s'ils parlaient chacun leur tour, doucement. Mais le contenu importe peu, l'effet recherché est  peut-être que je retienne un mouvement général et unanime de contestation, un déferlement normal et mérité de violence. Peut-être aussi - comme l’insinue la perle que j’ai placée en titre de l’article - que « ça fait du bien ». Car le détournement de faits reprochés en insultes et menaces permet l’unité.

Bien que cela ne change rien au but de mon propos, ils seraient de moins en moins unanimes, j’en suis persuadé, si l’on rentrait de plus en plus dans le détail, dans le factuel que nous arbitrons. Vider son sac, ne pas se renfermer, dire les émotions et les violences ressentis pour ne pas les emmagasiner. On essaie de le transmettre aux enfants … et aux arbitres.

Alors, je vide, ne serait-ce qu’une fois, ces quelques phrases qui passent à la volée le filtre de protection.

« c’est la deuxième fois que tu nous encules, la prochaine fois c’est pour toi »

« mais t’es vraiment une merde, des mauvais on en voit mais alors toi »

« Mais va revoir ton bouquin, t’es un pourri »

« ah ça, à l’époque il serait parti direct du terrain en courant »

« t’as intérêt d’y rester un moment dans le vestiaire, et attention quand tu sortiras »

« non quand même fais pas ça, tu déconnes »

« mais non, roh ça va je suis pas fou quand même »

« arrêtez les gars merde, après ça nous coûte cher ces conneries. »

« c’est des conneries ! On a le droit de pas être d’accord mais ça c’est des conneries, reculez »

Droit ? Fier ? Résigné ? En larmes ? Que faire, car parler est de toute manière futile. Pourtant, il faudrait bien leur faire ressentir qu’ils ont tort, qu’ils se trompent, si ce n’est sur leurs avis, sur ce qu’ils en font. Le rapport complémentaire, certes, fait que ces situations sont plus rares. Mais alors seulement par la crainte d’une sanction...

Je crois que je préférerais ne pas les entendre, ne pas les retenir. Qu’elles soient aussi dérisoires que pour ceux qui les prononcent. Où mieux encore, que comme pour eux, elles conduisent au rire, à se taper sur l’épaule en disant : « ha on est cons quand même, mais ça fait du bien ». Qu’elles favorisent même la fusion, le rapprochement par une expérience commune.

Deux points pour finir :

  • Remarquable capacité d'élection de la mémoire. Tous se souvenaient d'une rencontre précédente également serrée et tendue sur la fin de match. Personne en revanche de nos deux premières rencontres où j'avais été amplement remercié. L’arbitre que vous félicitez, encouragez, remerciez est le même que celui que vous insultez, rabaissez, humiliez la semaine suivante. De ce point de vue, comme tout acteur sur le pré, nous faisons des bons et des moins bons matchs. Nous ne devenons pas mauvais entre deux rencontres.
  • Ces situations sont normales et font partie du rugby que l’on aime ? Si vous voulez, mais les traces sont diverses et peuvent être durables. De la boule au ventre, à ce que vous voudrez imaginer. Après la rencontre, ces traces restent présentes de longues heures avec violence, de longs jours en arrière plan, de longues semaines par sursaut. Plus longtemps si ce n’est pas digéré, transformé à un moment donné qu’importe soit la manière.

Rien ne se gagne, rien ne se perd, tout se transforme. J’espère par ce récit transformer la violence accumulée ce jour. Bienveillance, rugby plaisir.

Merci à Un Arbitre Anonyme pour cet article ! Vous pouvez vous aussi nous soumettre des textes, pour ce faire, contactez-nous !

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Je suis arbitre depuis cet année et j'ai eu mon baptême du feu à côté de Mont de Marsan. Je me reconnais dans beaucoup des ces paroles. Même si j'ai fait quelques erreurs pour mon premier arbitrage en solo, le flot d'insultes et de commentaires que j'ai reçu était indigne des valeurs que notre sport est censé prodiguer. Le temps dans le vestiaire après le match a paru très long... Maintenant il me tarde de revenir sur le terrain arbitrer mais j'aimerai que ces mentalités changent.

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