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Le rugby indien par Zaffar Khan, joueur international, coach et éducateur au plus près des jeunes
Puisque le rugby lui a énormément apporté, Zaffar cherche à en transmettre le plus à tous et toutes.

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Voici l'interview de Zaffar Khan, un rugbyman indien travaillant beaucoup auprès des jeunes, garçons et filles, dans les quartier défavorisés de Bangalore.

Bonjour Zaffar, pour commencer, peux-tu te présenter brièvement ?

Je m'appelle Zaffar Khan, j'adore le sport et j'aime particulièrement travailler auprès des plus jeunes. Je suis d'origine afghane mais je suis né en Inde, puisque mes parents ont déménagé en Inde en 1979 après que les Soviétiques ont envahi l'Afghanistan. Durant toute ma vie, j'ai toujours eu un grand intérêt pour le sport, mais je n'ai jamais pensé que cela me mènerait à représenter l'Inde sur un terrain de rugby. Maintenant, je vis à Bangalore (au sud de l'Inde) depuis deux ans.

En ce moment, je travaille comme coach sportif dans une salle de gym, The Cult, à Bangalore. Je m'occupe aussi d'un projet d’intégration pour les enfants défavorisés, Khelo Rugby. Ce projet se sert du sport, et plus particulièrement du rugby, pour atteindre les enfants et les amener à travailler ensemble sur des problèmes d'éducation, d'égalité des genres, ou simplement de la vie.

Comment as-tu découvert le Rugby ? En France, on a l'impression que le rugby n'est pas populaire du tout en Inde !

A l'adolescence, j'étais un bon joueur de cricket, mais je me suis blessé au niveau du dos assez gravement. Je ne pouvais plus pratiquer aucun sport pendant deux ans et je ne m'imaginais pas m'y remettre. Puis, un après-midi, je passais à côté d'un terrain de sport et j'ai vu quelques personnes jouer avec un ballon en forme d’œuf. Ça m'a intrigué et ça avait l'air amusant, mais j'étais trop timide pour leur demander si je pouvais jouer aussi. Paul Walsh, leur coach qui est ensuite devenu l'une des personnes les plus influentes sur ma vie et mon mentor, m'a vu et m'a demandé si je connaissais quelque chose sur ce sport. Je lui ai répondu que non et il m'a demandé si j'avais envie de rejoindre l'équipe. J'ai répondu oui immédiatement, et c'était parti … Je n'ai jamais eu de regrets après ça.

Le rugby n'est pas le sport le plus célèbre en Inde, en comparaison avec le cricket et le football qui reçoivent des financements du gouvernement et d'entreprises privées. Mais les choses commencent à changer grâce au programme d'Indian Rugby (la fédération Indienne de Rugby) "Get Into Rugby" (Mettez-Vous au Rugby) et aussi grâce à des clubs comme les Jungle Crows à Calcutta ou les Delhi Hurricanes qui font aussi un travail remarquable pour la promotion de ce sport auprès des enfants de tous âges. Au niveau du 7, Indian Rugby est bien classé au niveau de l'Asie. Au niveau du XV, nous n'avançons pas très bien à cause du manque de "gabarits larges" (les "gros" comme on dit) mais nous sommes montés dans le classement asiatique.

Peux-tu nous raconter tes expériences rugbystiques ?

Ma carrière rugbystique a commencé quand j'avais 16 ans. J'ai joué aussi pour l'équipe nationale d'Inde. Ma première sélection internationale était en 2009 contre l'équipe de Malaisie. J'ai aussi fait partie du centre de formation "Delhi Commonwealth". J'ai participé aussi à fondation de l'équipe nationale d'Afghanistan dont j'ai été entraîneur principal. D'ailleurs, j'ai failli me faire tirer dessus un jour alors que j'allais au terrain d’entraînement de Kaboul. J'ai aussi participé à l’entraînement des clubs au Royaume-Uni, en France et en Allemagne.

Tu as donc joué pour l'équipe nationale d'Inde ! Peux-tu raconter ta première cape ?

Nous avons eu un stage d’entraînement de sept mois et je peux vous assurer que c'était l'un des entraînements les plus durs que je n'ai jamais eu, avec en plus un manque d'équipements. Mais ça m'a permis de devenir plus fort pour la suite. La première fois que j'ai appris que j'étais sélectionné dans l'équipe nationale, c'était en 2009. Je me rappelle, mon nom a été le dernier appelé par le sélectionneur, après 23 autres gars. A ce moment là, j'ai cru que j'allais faire une crise cardiaque ! Quand ils ont dit mon nom, je ne pouvais plus me lever de ma chaise pour répondre. J'ai juste levé la main. Maintenant, je pense qu'ils ont dû croire que j'étais un peu trop relax, alors qu'en vrai, je n'avais juste pas l'énergie pour me lever. Je me souviens qu'après l'annonce de la sélection, je suis sorti en trombe pour aller marcher quelques heures. Je me sentais si fier, je crois que j'ai pleuré un peu.

J'ai joué mon premier match en Malaisie. Je jouais en tant qu'ailier, et après ce stage de sept mois, j'étais beaucoup plus fort et beaucoup plus rapide. Je sentais une flamme en moi qui me poussait à courir. C'est vraiment dommage que ma famille n'ait pas pu venir me voir, mais Paul Walsh, un des dirigeants des Jungle Crows, est venu me voir. Pendant l'hymne national, j'ai cru que j'allais exploser tant j'étais fier. Je me suis senti vraiment fier d'être Indien.

Pourquoi le rugby ? Selon toi, qu'est-ce qui rend le rugby différent des autres sports ?

Aujourd'hui, je me souviens parfaitement de ce que j'ai ressenti après mon premier entraînement. J'étais amoureux de ce jeu. On ne jouait pas avec contact, mais l'environnement du club, les gars autour, la liberté de courir partout comme un fou... Je n'étais pas dans une bonne période de ma vie. J'étais blessé, j'avais abandonné l'école et mes parents n'aimaient pas la manière dont je menais ma vie. Le rugby a apporté de la discipline à ma vie, et m'a permis de trouver une seconde famille. Je me dis parfois que j'ai dû faire quelque chose de bien pour que le rugby me trouve. Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans, ni où je serais. Je suis très fier de là où je suis arrivé et de qui je suis devenu.

Peux-tu m'en dire plus à propos de ton engagement auprès des jeunes, et plus particulièrement à propos de Khelo Rugby et de Jungle Crows ?

J'ai appris le rugby grâce à Jungle Crows, un club de Calcutta (au nord-ouest de l'Inde, dans la baie du Bengale). Après avoir joué plusieurs années dans ce club, j'ai réalisé tout ce que le sport, et plus particulièrement ce club, m'a apporté en terme d'amitié, de vie en communauté et de camaraderie. J'ai voulu en faire de même pour tous les enfants de ma communauté et c'est comme ça qu'est né Khelo Rugby pour l'Inde du sud lorsque je me suis installé à Bangalore. Je fais de la recherche de fonds et de la gestion de projet pour mener à bien ce projet. Actuellement, 300 jeunes, garçons et filles, sont aidés par ce projet.

Jungle Crows, de son côté, est le club où est né Khelo Rugby. Le club compte deux équipes de rugby à XV et trois équipes de 7 en seniors. 1500 jeunes sont impliqués dans plusieurs équipes jeunes.

  • 12 équipes de U10
  • 6 équipes U14
  • 3 équipes U16
  • 2 équipes U18

Quel est ton sentiment sur le rugby à Bangalore et plus généralement en Inde ? As-tu d'autres projets en tête pour le faire grandir, comme par exemple Racing Bengaluru ?

Le rugby à Bangalore a eu une grande influence sur l'histoire du rugby indien, mais moins en ce moment, à cause du manque de popularité. Les organisateurs peinent à maintenir le club déjà existant (BRFC – Bangalore Rugby Football Club) à flot. Au niveau national, les clubs comme Delhi Hurricanes et Jungle Crows font un grand travail auprès de la population mais le manque d'aides gouvernementales ou privées empêche encore un grand potentiel de s'exprimer.

Racing Bengaluru est un club que certains de mes amis et moi sommes en train de fonder. Nous voulons créer un nouveau club à Bangalore qui offrira aux enfants de Khelo Rugby l'opportunité de jouer à un plus haut niveau. Il offrira aussi aux habitants de Bangalore l'opportunité de découvrir un nouveau jeu. J'ai été approché par pas mal de gens qui veulent que je leur apprenne le rugby. Des gens avec des gabarits variés, d'âges différents.

L'autre objectif de Racing Bengaluru est d'organiser des tournois populaires à Bangalore. Et nous voulons aussi, dans un futur proche, emmener une équipe jouer en France.

A propos de la France, est-ce que tu regardes souvent du rugby professionnel ? Quelle est ton équipe internationale préférée (sans les All Blacks, parce que ça c'est du déjà vu !) ? Quel championnat étranger tu regardes ?

Oui, j'en regarde ! J'aime particulièrement le rugby fidjien, et spécialement leur équipe de Seven, même si j'aime aussi beaucoup leur équipe de XV. Je pense qu'ils sont vraiment imprévisibles et qu'ils pratiquent un rugby vraiment excitant. Ils sont très bons à 7 mais je sais qu'ils ont plus de difficultés à XV.

J'aime aussi le concept du Top 14 en France. Je pense que le rugby qu'ils pratiquent est excitant grâce au suspens. Ce que j'aime dans le Top 14, c'est que presque toutes les équipes ont des joueurs géniaux qui font partie des meilleurs joueurs du Monde.

Pour finir, puisqu'on est curieux, on voudrait savoir si tu n'as pas quelques souvenirs amusants à nous raconter ?

Je ne peux pas dire qu'il n'y a pas eu de moments amusants, mais le sport m'a apporté tellement de joies et d'amour à ma vie que je ne pourrais pas choisir un seul moment … Mais si tu devais me demander de choisir une histoire en particulier, ce serait un tournoi de Seven avec mon club à Chennai, avec notre coach qui n'aimait pas trop nous voir faire n'importe quoi. Ce que je veux dire c'est qu'il n'aimait pas qu'on plaisante ou qu'on lui fasse des blagues.

Nous avons passé 38h dans le train Calcutta à Chennai, en pleine chaleur alors que nous étions douze jeunes garçons qui s'ennuyaient rapidement. J'avais comme réputation d'être LE blagueur du groupe, et j'en étais très fier ! Si bien qu'une fois arrivés à l'hôtel, j'ai enlevé mes vêtements et j'ai commencé à courir nu dans l'hôtel ! Et bien sûr, mes copains ne m'ont pas laissé seul ! C'était si drôle ! Notre coach fulminait et le lendemain, le directeur du club nous a passé un sacré savon pour nous faire comprendre ô combien ce n'était pas professionnel … Nous en rions encore aujourd'hui, ça a été un de nos meilleurs tournois de 7.

Sébastien Remoué
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Superbe article !!!
Il est effectivement étrange de voir qu'une ancienne colonie britannique (200 ans de colonisation, tout de même...) ne soit pas plus présente sur la scène rugbystique. Si les dirigeants indiens parviennent à rétablir la paix sociale et religieuse, qui sait...

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